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Décrétons l’année de l’urgence sociale

Tribune libre de Claude Hoarau – Maire de Saint-Louis

Témoignages.re / 5 septembre 2011

Sur la situation financière de Saint-Louis, Claude Hoarau, maire de cette Ville, apporte les précisions suivantes.

Fréquemment, Saint-Louis est placé au centre de l’attention médiatique. Particulièrement, la situation financière de la commune s’est bien souvent retrouvée en « une » de l’information dans notre pays, suscitant des commentaires et parfois — on ne peut que le regretter — des malentendus et des polémiques.

Aujourd’hui, en tant que premier magistrat de Saint-Louis, il me semble pertinent de tenir l’opinion informée des dernières avancées du plan de redressement mis en œuvre par l’équipe municipale depuis fin 2009 début 2010.

S’agissant de la réalisation de ce plan de relèvement des finances, la Chambre régionale des comptes a constaté, dans un récent rapport, les progrès enregistrés par la municipalité dans la réduction du déficit. Déficit qui ne concerne que la seule section de fonctionnement du budget principal. Celui-ci est passé de 18 millions en 2010, pour atteindre 13, 450 millions au budget 2011. Ce résultat va d’ailleurs au-delà des projections de la Chambre régionale des comptes, ce qui constitue un signe encourageant de rétablissement.

Mais nous n’oublions jamais le coût de ces avancées, qui passent par un effort partagé et aujourd’hui compris par une large majorité. Chaque jour également et à tous les degrés, nous travaillons pour limiter les effets de la rigueur sur les plus faibles.

Surtout, les progrès enregistrés sur le plan budgétaire ne peuvent occulter les obstacles qui se dressent devant les élus dans l’accomplissement quotidien de leur tâche ; ils sont immenses, et tous conséquences du même fléau : le chômage.

On le sait : de toutes les régions, c’est La Réunion qui affiche le plus haut pourcentage de demandeurs d’emploi. Plus de 30% des Réunionnais sont chômeurs. À Saint-Louis, ce taux avoisine les 50%. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que les maires soient devenus les premiers employeurs dans notre île.

À Saint-Louis, nous nous efforçons, par un ambitieux programme de travaux et de développement, de créer les conditions d’un véritable bassin d’emploi. Mais comme tous les élus réunionnais, nous devons faire face à l’urgence sociale immédiate. Notre choix est celui de la volonté : résolument, nous saisissons toutes les occasions et employons tous les outils existants, afin de permettre à nos concitoyens d’assurer, au moins, leur subsistance.

Ces moyens d’action, qui se rétrécissent sans cesse, vont de l’utilisation des dispositifs de contrats aidés à la répartition des aides sociales en direction du nombre croissant de Saint-louisiennes et de Saint-louisiens qui rencontrent des difficultés ne serait-ce que pour se nourrir.

Avant d’être économique, l’enjeu est humain : il n’est pas de dignité sans le droit, effectif pour le plus grand nombre, de travailler, de subvenir à ses besoins et à ceux de la famille, de vivre dans un logement décent, d’avoir accès aux loisirs… ou seulement de manger à sa faim, car notre île vit désormais à l’heure des colis alimentaires.

L’homme et la femme réduits au chômage et à la survie, sont exposés à toutes formes d’exploitation. Contraints de béquer la clef, sans protection sociale, ou, intolérable régression, de monnayer leur suffrage contre un emploi, tombant ainsi dans la soumission aux détenteurs du pouvoir politique.

Ce schéma de politique et de société est à l’opposé de celui que je porte. Convaincu qu’une autre société, plus juste et plus humaine, est possible, je me suis engagé dès mon plus jeune âge dans les combats du progrès social. Maire, je m’engage avec mon équipe auprès de la population, afin de la protéger au mieux des maux du monde tel qu’il est, toujours plus dur, plus précaire, plus injuste.

On a beaucoup parlé, à Saint-Louis et ailleurs, des obligations des maires en matière budgétaire. Puisse-t-on, en ces temps de détresse, parler aussi de leur engagement auprès de ceux qui souffrent. Plus que jamais, face à la gravité il y aurait lieu de décréter pour La Réunion : 2011-2012, année de l’urgence sociale.

Claude Hoarau, maire de Saint-Louis


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