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Déjà 800 millions d’euros de surcoûts prévisibles

La NRL : sans raison impérative d’intérêt public majeur

Céline Tabou / 14 novembre 2013

Quatre associations ont dénoncé la Nouvelle Route du Littoral (NRL), qui entraînera « des ravages, trop peu d’emploi et un coût qui dérape », en raison de ses impacts budgétaires et environnementaux.

L’ATR-Fnaut, le Collectif « Non à la NRL », le Collectif pour la protection de la Petite et de la Grande Ravine des Lataniers et l’Association « Réagissons ! », ont tenu une conférence de presse, pour dénoncer un projet qui « nous ruinera alors qu’il existe des tracés sûrs et moins pénalisants pour la nature de l’île et qui épargnent nos ressources minérales comme notre potentiel et nos emplois, y compris agricoles » .

Hausses compensées par les Réunionnais

Présidé par Jean-Paul Panechou, d’ATR-Fnaut, le rapport du Groupe d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), met en évidence la certitude que « la surface supérieure de l’océan s’est réchauffée de 1971 à 2010 » , provoquant une hausse des températures de la surface des océans ayant donc, une tendance à avoir des cyclones plus violents.

De son côté, Armand Gunet, de « Réagissons ! » est revenu sur le choix fait de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) par la mandature actuelle et l’État. «  La Région ne dit que la moitié de la vérité puisque le projet en pleine mer est un choix beaucoup plus récent (après 2010) que celui de l’État qui validait un tracé en pied de falaise  », a expliqué ce dernier. Ajoutant que la Déclaration d’Utilité Publique de 2012 « n’a plus aucune validité de facto, car l’actuel projet en pleine mer ne correspond plus du tout à l’utilité publique déclarée par le préfet de l’époque » . D’autant plus que « le coût reviendrait cette année à quasiment 1,8 milliard d’€ et atteindrait, au minimum si le chantier démarrait maintenant, pas loin de 2,4 milliards d’€ avec une hausse prévisible normale de 30% ».

Cette hausse serait compensée par l’augmentation de l’octroi de mer et des taxes sur les carburants, « ça devrait sortir de la poche des Réunionnais » , a alerté Armand Gunet. Pour lui, les enquêtes publiques étaient «  des enquêtes trompeuses  », car «  les avis critiques émis n’étaient même pas examinés et toute proposition, même constructive  » étaient rejetés.

Pour «  Réagissons !  », « quelle indépendance (peut avoir-NDLR) un commissaire enquêteur payé par la Région Réunion peut avoir pour livrer librement, seul et sans aucune contrainte un avis sur un projet aussi complexe » . Armand Gunet a demandé une enquête constructive, car « au vu des tous les changements intervenus depuis une dizaine d’années, une étude comparative sérieuse et exhaustive des deux autres tracés doit être menée à bien » .

Insuffisances dans les études menées

Au-delà des enquêtes publiques défaillantes, pour Stéphanie Gigan, du Collectif pour la protection de la Petite et de la Grande Ravine des Lataniers , « l’étude d’impact du projet est insuffisante et donc non réglementaire puisqu’elle n’inclut pas l’impact de l’extraction et du transport des matériaux qui représentent une partie importante du projet quant à son approvisionnement et à ses impacts environnementaux ». Cette dernière a expliqué que « la Région tente de pallier cette insuffisance en incluant dans le dossier soumis à consultation une appréciation des impacts liés à l’approvisionnement en matériaux ». Cependant, « cette appréciation n’est qu’un leurre », parce qu’il ne s’agit pas d’une étude d’impact, mais d’une simple appréciation. Une appréciation « réduite aux impacts de l’approvisionnement en enrochements », qui « ne concerne pas la totalité des matériaux » et qui s’est « réduite aux impacts sur les espèces protégées » .

Selon les données de Stéphanie Gigan, « cette appréciation a été faite sur la base de sources d’informations non à jour » et de « prospections plus que minimalistes », car la « Région indique se baser également sur des pré-diagnostics écologiques effectués par un bureau d’étude en environnement (« Cyathéa »), chaque site ayant fait l’objet de prospections écologiques sur 1 à 6 jours selon l’ampleur du site, de 20 à 320 ha, entre septembre et novembre 2012 » . Cette dernière dénonce une négligence de la part de la Région, car elle « ne fait au final que démontrer ses contradictions et son profond malaise sur le sujet ».

Quels matériaux ?

Car la collectivité ne respecte pas « les principes et orientations » définis par le schéma départemental des carrières (SDC) de 2010, concernant une utilisation économe et rationnelle des matériaux « quand on sait qu’aucune étude d’impact n’a jamais évalué les conséquences du prélèvement de ces volumes colossaux sur la population, les paysages et les milieux naturels d’une petite île comme la nôtre ? » Mais aussi une réduction des impacts sur l’environnement, « puisque certains sites d’extraction pressentis sont situés en zones rouges au SDC de 2010, zones protégées au biotope exceptionnel et où il est en principe interdit d’exploiter des carrières » .

Pour conclure, Stéphanie Gigan a exposé que la Région reconnaissait elle-même que « la stratégie d’approvisionnement en matériaux est encore en cours de mise au point » , et qu’elle « ne sait pas encore quels sites seront retenus et qu’au minimum 20% des besoins devront faire l’objet d’importation dont on ne connaît à ce jour ni l’origine, ni le coût » .

Céline Tabou

Des espèces ignorées par la Région

De son côté, Jean-Pierre Marchau, du Collectif « Non à la NRL », a pointé du doigt la méconnaissance des espèces protégées et de leurs habitats, par la Région, qui aurait dû solliciter le CSRPN (Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de La Réunion) pour évaluer les impacts du projet NRL sur les espèces protégées. « Elle ne l’a pas fait, le CSRPN a dû s’autosaisir pour donner son avis qui n’a pas été pris en compte » , a indiqué ce dernier.

En effet, le CSRPN a relevé de « nombreuses erreurs et approximations que l’on retrouve dans le dossier » . Cependant, Jean-Pierre Marchau met en doute « la sincérité des avis qui sont émis » , en raison de trois principes en matière d’autorisations accordées pour des dérogations aux espèces protégées, de maintien des espèces protégées dans un état de conservation favorable et d’une alternative à la digue et à la route elle-même.

Il a expliqué comment les espèces protégées, mais aussi toutes les espèces marines et végétales pourraient disparaître avec la construction de la NRL. En effet, le Pétrel Noir n’existe qu’à La Réunion et est l’un des plus rares et des plus énigmatiques au monde. Ses sites de reproduction n’ont toujours pas été découverts et figurent sur la liste rouge des espèces en danger critique d’extinction. Cet oiseau pourrait être décimé par les travaux, tout comme « les 20 espèces de mammifères répertoriées comme susceptibles d’être victimes des impacts sont toutes concernées par des risques de mortalité liés au chantier » .

De plus, le Grand Dauphin de l’Indo-Pacifique est aussi menacé. Animal endémique, on compte moins de 200 individus isolés des autres espèces de l’océan Indien. Avec les travaux, c’est la perte totale de son habitat qui est « enjeu et en phase d’exploitation c’est la disparition de l’espèce » . Idem pour la baleine à bosse, mais aussi sur le plan de la flore, car « la falaise abrite l’une des plus importantes populations au monde de Bois de Paille en Queue, espèce en danger critique d’extinction » .

Un troisième principe est essentiel dans les dossiers de demandes de dérogation, elles ne sont acceptées que si aucune autre alternative n’existe. Or, la Région a elle même « sous le coude » , une alternative, c’est le tout viaduc. Sans parler d’autres alternatives qui n’ont pas été réellement étudiées. Enfin, concernant l’alternative, Jean-Pierre Marchau a expliqué qu’il existait des alternatives à la NRL à travers les anciens tracés. « Ce dossier de dérogation ne remplit pas les conditions prévues par les textes. Il ne constitue pas une raison impérative d’intérêt public majeur, ni ne permet le maintien des espèces protégées dans un état de conservation favorable et il existe d’autres solutions dont certaines n’ont jamais été ni étudiées, ni évaluées sérieusement » , a conclu ce dernier.

Céline Tabou
L’Agriculture menacée

Pour Stéphanie Gigan du Collectif pour la protection de la Petite et de la Grande Ravine des Lataniers, « la mauvaise gestion des carrières met également en péril un monde agricole déjà en crise » , car les terres se dégradent progressivement à cause de l’extension d’une carrière de granulats alluvionnaires. Au-delà des risques d’inondation des terres dus à une carrière en bordure de la Rivière du Mât, par exemple, « l’extension se fait parfois même en méconnaissance du droit de préemption pourtant reconnu à certains de ces agriculteurs sur les terres exploitées » , a noté la jeune femme. Cette dernière a évoqué les possibilités d’une même situation avec « les nouveaux sites de carrière envisagés par la Région où sont également répertoriés des espaces agricoles ou des zones de pâturage » . Parmi lesquels, les sites envisagés de la Ravine du Trou (Saint-Leu), de Dioré (Saint-André - l’ensemble du site étant occupé par des cultures, cannes et autres), de Beaufonds à Saint-Benoît (espaces agricoles, enclos de cerf sur une 60aine d’hectares) ou encore de Mahavel (espaces agricoles).
Demain dans Témoignages

Retrouvez l’analyse de François Payet, d’ATR-Fnaut, concernant « les ravages » de cette route, le peu d’emploi créé et le coût financier qui « dérape ».


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