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Déjà un voile noir sur les promesses du gouvernement ?

Seulement 15 postes sur 1.000 obtenus pour la rentrée

Témoignages.re / 22 juin 2012

À de nombreuses reprises ces deux dernières années, des manifestations ont eu lieu pour s’opposer aux fermetures de classe et aux classes surchargées dans les écoles élémentaires. Cela explique la déception exprimée par les syndicats, les parents d’élèves et le PCR. Mais certaines qui manifestaient à l’époque sont devenues députées. Elles restent silencieuses ou se disent en partie satisfaites. Est-ce le début de l’application d’une discipline de groupe pour les parlementaires se disant de la majorité présidentielle, une discipline qui fait passer les intérêts de La Réunion en dernier ?

Le 11 avril 2011, la municipalité de Saint-Denis organise une manifestation pour protester contre la fermeture de 11 classes à Saint-Denis. En tête de la manif, Ericka Bareigts, deuxième adjointe au maire de Saint-Denis et future candidate du PS aux législatives, Monique Orphé, une autre adjointe qui sera aussi désignée candidate aux législatives.
Le petit groupe se trouve devant une école du Chaudron, et devant les caméras, Ericka Bareigts déploie un voile noir sur le panneau indiquant le nom de l’école. Personne ne peut nier que cet événement à permis de mieux faire connaître à l’opinion celles qui allaient plus tard être les candidates du PS dans le Nord et le Nord-Est. Il tente en tout cas d’accréditer l’idée selon laquelle si la population refuse les fermetures de classe, elle n’a qu’à voter pour le PS aux législatives.
Trois jours après les élections, le ministère de l’Éducation nationale publie la répartition de 1.000 postes d’enseignants supplémentaires affectés à la rentrée. Sur la base des propos tenus une année auparavant, affirmant que l’Académie de La Réunion était l’avant-dernière de France, tout le monde s’attendait à ce que La Réunion soit une des académies les mieux dotées, voire peut être dans les deux premières. Et cela d’autant plus que d’après Ericka Bareigts, le nouveau gouvernement est déjà sensibilisé sur cette question par un courrier qu’elle a adressé aux ministres concernés le 19 mai dernier, soit un mois avant la répartition des 1.000 postes. Ce courrier faisait état d’une « situation catastrophique » à La Réunion.

Résultat décevant

Mais à la publication de la liste, c’est la déception. La Réunion est en 19e position, loin derrière Versailles et Créteil. Notre Académie n’obtient que 15 postes, alors que rien qu’à Saint-Denis, ce sont 11 postes qu’il faudrait pour rouvrir les 11 classes qui avaient fait l’objet de l’opération "voile noir".
Alors quand on voit ce résultat, de deux choses l’une.
Soit l’opération "Voile noir" était destinée à tromper l’opinion et à faire voter la population sur de fausses promesses.
Soit les députés de La Réunion se disant de la majorité parlementaire sont incapables de se faire entendre, et donc de défendre les intérêts du pays, et ils préfèrent se plier à la discipline de groupe par solidarité avec le gouvernement, mais pas avec les Réunionnais.

Inquiétude

Dans les deux cas, c’est extrêmement inquiétant. Car plus les jours passent et plus fuitent des informations affirmant que le nouveau gouvernement aura toutes les peines du monde pour appliquer les engagements du président de la République, pour qui 71% des Réunionnais ont voté.
Savoir qu’après un coup pareil, des députés préfèrent se taire plutôt que protester n’est guère rassurant pour l’avenir de la défense des intérêts de notre pays à l’Assemblée nationale.

M.M. 

Le fossé

• 11 avril 2011 : opération "voile noir" pour réclamer 11 postes rien que pour Saint-Denis

Ericka Bareigts, Monique Orphée, Virgile Kichenin, élus de la Ville de Saint-Denis étaient présents devant l’établissement scolaire du Chaudron, ce lundi 11 avril 2011. Farouchement opposés à la suppression de onze postes à la rentrée prochaine dans le chef-lieu, ils sont venus manifester leur mécontentement. « Ce n’est pas ici qu’il faut faire des économies. Notre Académie est l’avant-dernière de France ! », a lancé Ericka Bareigts, rappelant au passage ce chiffre : 120.000, nombre d’illettrés que compte La Réunion.

Sont concernées par ces fermetures de classes des écoles situées dans les secteurs du Chaudron (dont une classe élémentaire à Herbinière Lebert), des Camélias, de Sainte-Clotilde, du Centre-ville, de la Montagne et de Montgaillard. Des fermetures qui, selon l’élue, n’augurent rien de bon pour La Réunion et sont en complète opposition avec l’ambition de faire de l’Académie de La Réunion une des dix premières de France. « Sans moyens, pas d’éducation ; pas éducation, pas de démocratie et pas de réussite de la société réunionnaise », a affirmé l’adjointe au maire. Ericka Bareigts a entre autres demandé que des moyens conséquents soient mis au service de l’éducation à La Réunion « pour que nos enfants soient parmi les meilleurs de France ».

Même si le rendez-vous de ce lundi 11 avril 2011 n’a pas réuni grand monde, les élus attendent beaucoup de la seconde étape de cette protestation. Ils appellent, en effet, les parents d’élèves, les personnels éducatifs et tous ceux qui se sentent concernés à les rejoindre devant les grilles du Rectorat ce mercredi 13 avril 2011 à 9 heures. Leur objectif : obtenir un entretien avec le Recteur de l’Académie de La Réunion, Mostafa Fourar, qui, jusque-là, a fustigé Mme Bareigts, « ne nous répond pas sur le fond ». Appel d’ores et déjà entendu par cette maman présente à la sortie des classes : « Il faut se battre pour nos enfants et pour nous aussi ».

(Source Imaz Press Réunion)

• 20 juin 2012 : 15 postes pour toute La Réunion sont un « effort conséquent »

Dans un communiqué, une ancienne manifestante devenue députée affiche une satisfaction mesurée et salue un « effort conséquent » du gouvernement qu’elle soutient. Extraits du communiqué diffusé par Ericka Bareigts.

« Je tiens à marquer aujourd’hui ma satisfaction mesurée à l’annonce faite par le Ministère de l’Éducation nationale de la répartition des 1.000 postes supplémentaires, créés dans l’urgence, de professeurs des écoles dans les différentes académies, conformément à la communication faite suite au Conseil des ministres du 30 mai dernier.

Satisfaction car après cinq années pendant lesquelles notre académie a subi des suppressions de postes systématiques, voilà un premier signe de changement ! J’avais pris soin d’alerter les ministères concernés dès le 19 mai dernier par courrier sur la situation catastrophique de notre académie. Il me semble que cette situation a été prise en compte au regard des dotations sur l’ensemble des académies selon trois critères :

- le niveau d’encadrement et l’évolution des effectifs des élèves

- les difficultés sociale et scolaire

- la ruralité et les dégâts causés par les précédentes fermetures de classes sur les territoires

Ce changement de philosophie dans la répartition des moyens attribués aux différentes académies est porteur d’espoir pour les prochaines rentrées.

15 postes supplémentaires pour l’Académie de La Réunion sont un effort conséquent vu la taille de notre académie et nous permettront d’assurer une rentrée scolaire convenable dans le primaire malgré ce qu’avait préparé le précédent gouvernement.

Satisfaction mesurée, car il ne s’agit là que d’une première mesure d’un plan d’urgence pour la rentrée 2012 qu’il a fallu mettre en œuvre pour pallier aux fermetures de postes déjà réalisées. (…)

Il nous faut surtout travailler à la loi programme sur l’éducation que nous discuterons à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année. C’est par ce document que l’État s’engagera dans une nouvelle politique éducative pour notre île. C’est par ce document que nous voulons mettre en œuvre les bases de la Haute Qualité Educative pour La Réunion. »


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