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Démanteler l’apartheid économique !

Nout journal n°3

Témoignages.re / 7 septembre 2012

« Apartheid social », le terme employé par notre camarade Paul Vergès trouve sa source dans l’économie. A l’heure où le gouvernement s’apprête à présenter au Parlement le projet de loi Lurel sur la régulation économique des Outremer français, tous les experts le reconnaissent : notre île reste soumise à une économie de comptoir, au seul bénéfice de quelques grands groupes dont les profits repartent hors du territoire.

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Comment peut-on parler de « régulation » alors que les remèdes qui ont été apportés depuis la Départementalisation n’ont fait qu’empirer un processus qui ne peut être enrayé que par des mesures structurelles ? Des expériences radicales sont pourtant menées avec succès dans nombre de pays de notre zone… Les Sud-Africains ont consacré dans leur Constitution le principe de la réparation économique aux Populations Historiquement Défavorisées (PHD), grâce au BEE (Black Economic Empowerment). N’est-il pas temps, à La Réunion, d’abolir ces héritages coloniaux par une Loi de décolonisation économique ?

Une loi de décolonisation économique urgente

Le constat est sans appel : les principaux secteurs de notre économie (industrie sucrière, grande distribution, services) sont entre les mains d’intérêts extérieurs. Comment renverser la tendance ? En consacrant le principe de discrimination positive (Affirmative Action) à un niveau constitutionnel, l’Afrique du sud a permis aux populations historiquement défavorisées (Noirs, Métis, Indiens et Asiatiques) d’acquérir des richesses dans leur propre pays. Ainsi, toute société de droit Sud-africaine doit leur réserver 30% de leur capital. De même, en matière d’accès à l’emploi ou aux marchés publics, une part doit obligatoirement revenir à la majorité noire. Beaucoup reste à faire ; néanmoins on constate l’émergence d’une classe moyenne et d’une classe supérieure noires, prélude à une meilleure redistribution des richesses.
La consécration de ce principe chez nous ouvrirait aux Réunionnais le débouché préférentiel des emplois publics. Cela libérerait une partie du capital des grosses et moyennes sociétés en faveur d’actionnaires Réunionnais. Aussi, l’accès aux marchés publics pourrait être réservé aux entreprises à capitaux réunionnais. Pour mettre en œuvre ces mesures, un Fonds d’Investissement public réunionnais accompagnerait la levée de ces capitaux pour des investisseurs Réunionnais et leur réinvestissement dans notre économie. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! A quand un « Reunion Economic Empowerment Act » (en français : Loi programme de responsabilisation économique réunionnaise) ? Le débat est lancé !

 Christophe Rocheland 


Kanalreunion.com