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Départementales 2015 : le PCR affirme son redressement

Malgré la crise de confiance envers les élections, et le clientélisme de maires qui profitent de la misère

Témoignages.re / 23 mars 2015

Près de 60 % des électeurs ont refusé de voter, c’est une crise de confiance entre les Réunionnais et le système des élections. Cela s’explique par une campagne où la plupart des candidats ont parlé de tout sauf de l’essentiel. Pour sa part, le PCR a des propositions aux préoccupations de la population. C’est pourquoi malgré le poids des appareils municipaux, le PCR a affirmé son redressement. La majorité des suffrages pour le binôme d’union Ensemb pour de vraies solutions de Michelle Caniguy et Maurice Gironcel à Sainte-Suzanne/Cambuston/Petit Bazar, la première place d’Anne-Laure Deveaux et Philippe Robert à La Possession devant les candidats de la mairie, les plus de 30 % obtenus au Port par Firose Gador et Jean-Yves Langenier sont autant de victoires possibles dimanche prochain. Partout ailleurs, le PCR s’est battu pour faire progresser l’union pour la justice sociale et le développement durable et solidaire, un programme qui montre aux Réunionnais qu’une alternative existe à ce système qui exclut tellement que la majorité de nos compatriotes ne croit plus aux élections.

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À La Possession (à gauche), au Port et à Sainte-Suzanne notamment, c’est la mobilisation pour le second tour.

Le premier tour des élections départementales permet de tirer plusieurs conclusions.

Contexte : une grave crise démocratique

Contrairement à la France où l’abstention a diminué par rapport à 2011, elle a augmenté à La Réunion, avec plus de 56 % des électeurs qui ne se sont pas déplacés. L’abstention, les bulletins blancs et nuls représentent plus de 61 % des inscrits. Près de deux tiers des Réunionnais en âge de voter n’ont reconnu aucun candidat susceptible de recueillir leurs suffrages. C’est une situation très grave, elle montre que la majorité des Réunionnais n’ont plus confiance aux élections.

Ce pourcentage est à rapprocher des indicateurs sociaux de La Réunion. Le chômage est record, plus de 170.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi pour chercher un travail. Le BTP est en crise profonde, et le plus dur est encore devant. La crise de la filière canne-sucre est aussi devant nous. Cela représente 20.000 emplois directs et indirects. Il manque toujours plus de 20.000 logements sociaux pour répondre aux demandes des ayants-droits. Les prix continuent d’augmenter. Près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Mis à part les candidats soutenus par le PCR, le seul parti à avoir publié et diffusé par écrit ses propositions pour ces questions, personne n’aborde ces problèmes qui préoccupent la population. C’est pour cela que les électeurs refusent le vote, ils n’ont plus confiance dans les candidats qui sont devant eux, car ils parlent de tout, sauf de l’essentiel.

C’est une crise démocratique qui peut encore s’aggraver. Elle amène à une profonde remise en cause. En effet, la crédibilité du premier Conseil départemental serait posée d’entrée de jeu s’il était désigné par une si faible proportion du corps électoral.

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À l’échelle de l’île, le poids des différents partis par rapport à celui de l’abstention et des bulletins nuls.

Contexte : le poids des appareils municipaux pour la droite

Les succès de la droite et la première place de PLR au Port s’expliquent par le poids des appareils municipaux. Dans un pays où le chômage fait des ravages, les mairies sont souvent les premiers employeurs directs, ou par le biais d’associations qu’elles financent.

C’est donc un moyen de pression considérable car quand le candidat de la mairie promet un emploi ou une aide sociale, il a la possibilité de concrétiser cette promesse dans la limite des finances communales disponibles. Mais quand il fait son porte à porte, le candidat de la mairie ne fait pas état de ces limites.

C’est cette influence considérable qui permet au PS de limiter la casse à Saint-Denis, Saint-Benoît et Saint-Joseph (avec 20 points de participation au-dessus de la moyenne) et qui a empêché PLR de disparaître du paysage politique réunionnais dès hier. Quant à LPA, c’est grâce aux mairies de Saint-Leu et des Avirons qu’il réalise l’essentiel de son score.

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À La Réunion, 4 formations ont dépassé 10.000 voix : PCR et Union, PS, LPA et Union UMP/UDI/Objectif Réunion

La progression du PCR

Malgré le poids des méthodes clientélistes de la plupart des mairies, le PCR réussit à se redresser.

À Sainte-Suzanne, l’Union conduite par Michèle Caniguy et Maurice Gironcel a obtenu la majorité des suffrages dès le premier tour. Les conditions sont donc réunies pour une grande victoire dimanche prochain contre le candidat de la droite qui peine à franchir les 30 % malgré le soutien de la mairie de Saint-André.

À La Possession, Philippe Robert et Anne-Laure Deveaux sont devant les candidats soutenus par Miranville. C’est un grand résultat dans la ville dirigée par le communiste Roland Robert de 1971 à l’année dernière. Malgré les pressions, la population a choisi le chemin de la liberté. Philippe Robert et Anne-Laure Deveaux ont de grandes chances de succès dimanche.

Au Port, Jean-Yves Langenier et Firose Gador ont aussi en face d’eux la machine municipale qui tourne à plein pour fournir des emplois aidés et autres promesses. Malgré les pressions et le retour aux vieilles méthodes, les candidats communistes franchissent la barre des 30 % et défieront la mairie au second tour.

À Saint-Pierre, le PCR en union avec le PS est la première force d’opposition au sénateur-maire UMP. À La Ravine des Cabris, Gélita Hoarau et Axel Maho ne sont pas loin derrière un binôme LPA doté de moyens très conséquent. Dans le centre-ville, Nazir Valy et Virginie Gobalou seront au second tour face aux sortants UMP.
Dans d’autres cantons, les candidats PCR étaient face à une voire plusieurs mairies. En livrant des luttes courageuses, les communistes ont fait entendre les propositions du Parti pour lutter contre la crise. Ce sont donc autant d’efforts pour progresser encore davantage demain. Ainsi à Saint-André, Jacky The Seng et Mylène Mulot ont fait avancer la lutte pour la justice sociale.

À Saint-Leu et Trois-Bassins, Simone Yée Chong Tchi Kan et Denis Comorassamy ont plaidé la cause des planteurs de canne. À Saint-Louis, Annie Pattiama et Serge Rangama permettent au PCR de repasser devant le LPA. À Grand Bois-Petite Île-les Lianes, Colette Gonthier et Jean-Hugues Suzanne ont confirmé le retour du PCR dans le secteur. À Saint-Joseph, Betty Grondin et David Lebon se sont battus contre des candidats disposant des moyens de la mairie et de la Région, dans un canton où un taux de participation supérieur de 20 points à la moyenne réunionnaise profite surtout au Progrès et à la droite.

À Saint-Paul, les binômes d’union ont lutté dans un contexte difficile, face à une mairie de plus de 100.000 habitants disposant donc de grands moyens, et un PLR bénéficiant de l’aura médiatique de sa créatrice. Ils ont montré qu’une voie sociale et humaniste existe, le sillon est tracé.

Seulement deux élus, partout ailleurs des duels au second tour

Compte tenu de l’abstention et du mode de scrutin qui désigne les conseillers par paire, il n’y a que deux élus dès le premier tour. C’est une rupture avec les élections cantonales. Ce scrutin connaissait toujours plusieurs élus au premier tour. Mais cette fois, un seul binôme a pu dépasser 25 % des inscrits, celui composé de Nassimah Dindar, présidente du dernier Conseil général, et Serge Hoarau, conseiller général sortant.

Partout ailleurs, ce sera un second tour, bien que plusieurs binômes aient dépassé quelquefois de plus de 10 points la barre des 50 % des exprimés.

L’impact de la politique du gouvernement : deux députés au tapis

Trois députés de la majorité gouvernementale étaient candidats comme titulaire ou remplaçant. Le seul titulaire et par ailleurs conseiller général sortant sera battu dimanche prochain, c’est Jean-Jacques Vlody au Tampon.

Les autres députés étaient remplaçants de deux binômes à Saint-Denis. Une est en tête au Chaudron-Sainte-Clotilde dans le ticket Audrey Belim-Gérard Françoise, c’est Monique Orphé. Quant à Ericka Bareigts, remplaçante de Brigitte Adame binôme de Jacques Lowinski, elle est en difficulté dans le canton La Source-Camélias-Le Brûlé.
Plus largement, les candidats du PS et du Progrès ont été sanctionnés.

Saint-Denis est une ville dirigée par le PS. Ce parti a d’ores et déjà perdu un canton dès le premier tour. Il est en ballotage défavorable dans un second, et devant dans les deux autres.

A Saint-Benoît, le successeur du maire au Conseil général, Daniel Huet, est binôme aux côtés de Melissa Mogalia. Ils sont en ballotage très défavorable derrière le binôme de droite Marco Boyer-Sabrina Ramin. Il se qualifie d’un souffle pour le second tour au détriment d’un autre binôme de droite.

Dans l’autre canton de Saint-Benoît, le binôme comprenant le premier secrétaire de la Fédération socialiste de La Réunion n’a pas convaincre que 39 % des votants exprimés.

Ce bilan détonne, car partout ailleurs sauf à La Possession, le poids des appareils municipaux permet aux candidats soutenus par la Mairie d’arriver en tête.

Recul des créations médiatiques

Aussi bien Miranville, que PLR et LPA font un résultat en deçà de leur attente. LPA se maintient à Saint-Leu et aux Avirons mais recule nettement à Saint-Louis, et n’est plus en seconde position à Saint-Pierre. Pour PLR, c’est la fin annoncée de ses élus saint-paulois. Dans la ville que dirigeait encore l’an dernier sa présidente Bello, PLR n’aura sans doute aucun conseiller départementaux. Plus généralement, sans les moyens de la mairie au Port, PLR n’aurait eu aucun espoir dimanche prochain.
Quant à Vanessa Miranville à La Possession, elle est distancée par Philippe Robert et Anne-Flore Deveaux. Malgré l’appareil municipal et son statut de favorite des médias, la maire de La Possession est derrière.

L’impact de la France pour dimanche prochain

En France, l’UMP est arrivée en tête avec 30 % des suffrages. L’extrême droite est en seconde position, le PS derrière avec 20 %.
En France, de nombreux départements vont basculer. C’est la conséquence de la politique de Hollande qui a plombé le PS et les autres partis de gauche.
Une grande question était posée : le FN premier parti de France ? L’extrême droite a échoué alors qu’elle était pourtant en tête des sondages.
À La Réunion, l’extrême droite a été encore inexistante. La situation est donc plus claire.

En France, il est reproché à François Hollande de ne pas avoir tenu ses engagements. Ici c’est pire. La gauche a été trahie aux élections régionales par la liste socialiste. Le candidat Hollande avait promis de rétablir le tram-train et de relancer le projet Perben de la route du littoral. Car sans la trahison des régionales, les Réunionnais seraient en train de terminer le tram-train, le chantier de la route Perben serait lancé et on serait en pleine bataille pour défendre les intérêts des Réunionnais face à la crise de la canne à sucre.

Redressement du PCR, poids des municipalités de droite, recul du PS et du Progrès, scrutin difficile pour LPA et PLR : les dynamiques se mettent en place parmi les votants. Face à cette situation, la crise de confiance envers le système des élections va-t-elle s’atténuer dimanche prochain ?


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