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Départementales : quelle réponse au BTP et à la filière canne ?

Contexte des élections départementales à La Réunion

Manuel Marchal / 11 février 2015

Les deux derniers secteurs importants de l’industrie réunionnaise sont en crise. Le BTP a déjà perdu 10.000 emplois en moins de 5 ans et prévoit la suppression de 3.000 autres cette année. La filière canne voit arriver avec inquiétude la fin des quotas et du prix garanti du sucre : que deviendront les planteurs, les ouvriers d’usine, les transporteurs et tous les services qu’ils font vivre ? Seul le PCR soulève ces questions importantes. Les autres partis sont-ils indifférents au glissement de La Réunion vers un pays où il y aura plus de chômeurs que de travailleurs ayant un emploi ?

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En septembre 2010, le BTP annonçait ses craintes. Elles se sont malheureusement concrétisées. Comment les futurs conseillers départementaux comptent-ils s’impliquer dans la bataille pour sauver le BTP ?

Le Conseil général et l’INSEE ont publié en août 2013 une étude portant sur la situation sociale de La Réunion. Notre île est qualifiée de département « hors normes ». Les indicateurs traduisent une crise qui dure depuis des décennies, voici les principaux : près de 30 % de taux de chômage, plus de 40 % de nos compatriotes vivant sous le seuil de pauvreté, plus de 110.000 illettrés, plus de 20.000 familles en attente d’un logement social.
Cette étude était basée sur des données fournies par le Conseil général. Cette institution est en effet responsable de l’action sociale, elle a notamment pour compétence de gérer des minima sociaux tels que le RSA. Elle a aussi mis en place des mesures pour atténuer la pauvreté, comme l’aide à la mutuelle pour les personnes âgées, ou la gratuité des Cars Jaunes pour les plus de 60 ans.
Au mois de mars, une nouvelle assemblée sera élue pour un mandat de 6 ans. C’est le Conseil départemental. Il n’est pas sûr de subsister au-delà de 2020. La réforme territoriale lancée par le gouvernement veut en effet simplifier l’organisation administrative, et renforcer considérablement la puissance des Régions. L’objectif est que ces dernières puissent être au niveau des régions allemandes en termes de population, et de compétences. Ce renforcement se fait au détriment de l’assemblée qui succèdera au Conseil général. De toutes les responsabilités assurées par le Département, le Conseil départemental aura la certitude de continuer à exercer celles relatives à l’action sociale. Pour le reste, c’est l’incertitude. L’affaire sera tranchée quand les députés auront voté la loi NOTRe, qui fixera les compétences respectives des collectivités.

Déjà 10.000 emplois perdus

Cela n’empêche que les candidats aux départementales de mars prochain veulent être des élus. Ils aspirent donc à devenir des représentants du peuple, ce qui les amènera à défendre les intérêts de la population. Dans une assemblée ayant une durée de vie de 6 ans, les conseillers départementaux n’auront pas à penser à leur réélection, ce qui devra leur permettre de faire autre chose que de gérer la liquidation de l’ex-Conseil général.
La Réunion vit actuellement deux grandes crises qui s’ajoutent à celle de la grande pauvreté : l’effondrement du BTP et la menace sur la filière canne.
Le BTP a déjà perdu 10.000 emplois depuis 2010, essentiellement à cause de décisions politiques prises à la Région, dans quelques communes et à Paris. Les organisations patronales de ce secteur annoncent que 3.000 emplois seront supprimés cette année si la politique ne change pas. Une telle chute représente la moitié des effectifs du BTP en 2009, avant la casse des grands projets.
La filière canne sera confrontée en 2017 à la concurrence mondiale. Elle n’aura plus un accès garanti au marché européen pour le sucre qu’elle produit à La Réunion. Selon les acteurs de la filière, le coût de production du sucre réunionnais est plus élevé que ses concurrents. Ils demandent donc que l’État compense la différence en versant une aide supplémentaire de 38 millions d’euros par an à partir de 2017, tout en obtenant de l’Union européenne qu’elle refuse d’autoriser les importations de sucre roux de canne venant du Brésil, des États-Unis ou de Thaïlande. Sans ces garanties, l’avenir des planteurs, des ouvriers d’usine, des transporteurs et des services autour est compromis. Ce sont bien plus de 10.000 emplois qui sont menacés.

Qui défendra l’intérêt des travailleurs aux côtés du PCR ?

Le futur Conseil départemental sera responsable de l’action sociale. Il sera donc en première ligne pour faire face aux conséquences des crises qui secouent ce qui reste de l’industrie.
Il est donc important de connaître la position des candidats aux élections sur ces questions.
À un mois et une semaine du scrutin, le Parti communiste réunionnais est le seul parti qui informe la population sur ces questions et qui propose des actions.
Le silence des autres candidats est donc inquiétant. S’ils ne prennent pas position sur ces dossiers aussi décisifs, à quoi serviront-ils quand tout se jouera ?
Souhaitons donc que la défense du BTP et de la filière canne prennent donc toute leur place dans la campagne, et que du débat d’idées puisse émerger une solution partagée.


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