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Derniers soubresauts d’un conservatisme en fin de cycle à La Réunion

Trois semaines après le discours de Nicolas Sarkozy au CIOM

Geoffroy Géraud-Legros / 27 novembre 2009

Au fondement des manœuvres contre le Tram-train, la réaction de forces menacées par le changement.

Depuis plusieurs années, les signes se multiplient d’une transformation des rapports entre les Outre-mers et l’Hexagone. De manière croissante, les ultramarins ont manifesté leur volonté d’être débarrassés des insupportables pesanteurs héritées de la période coloniale, qui asphyxient la vie économique, politique, culturelle de leurs pays.
Dans notre île, les Réunionnais ont relevé le défi du développement et élaboré une voie de transition vers le développement durable. Des grands chantiers ont été lancés, plus particulièrement dans le domaine des transports, de la culture, des énergies renouvelables… C’est une véritable révolution de rattrapage du retard hérité de la colonisation qui a été engagée dans notre pays. Route des Tamarins, Tram-train, développement de l’énergie photovoltaïque… Ces grands travaux ont été élaborés sur la base d’une entre La Réunion, l’Etat, l’Europe.

La consécration de l’ambition réunionnaise

Dans les Outre-mers, la contradiction entre les aspirations des populations et la lenteur des transformations a abouti, au début de l’année, à de grandes mobilisations sociales en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion.
Face à la crise, le Président de la République a organisé les Etats généraux de l’Outre-mer. Ces derniers ont donné aux populations l’opportunité d’exprimer leurs doléances et de proposer des projets pour le développement et l’avenir de leurs pays… certains acceptant d’y participer, d’autres non.
Le 6 Novembre, au cours d’une cérémonie qu’il avait voulu solennelle, le Président de la République, en présence du Premier ministre et de l’ensemble du Gouvernement, présentait les grandes orientations retenues par l’Exécutif, devant plusieurs centaines de personnalités issues des Outre-mers. Du coté Réunionnais, les visages des représentants d’ "Objectif Réunion" présents lors de la cérémonie présentaient tous les signes de l’abattement. Et pour cause : au fur et à mesure que le Président de la République énonçait les principes pour une sortie de crise dans notre pays, il devenait évident que les autorités centrales intégraient les orientations du projet d’ensemble initié par le peuple à l’issue des Régionales de 1998, réaffirmé lors du scrutin de 2004, et présenté conjointement par le Conseil Régional et le Conseil Général en Août 2009, après la fin des consultations des Etats généraux à La Réunion. A l’issue de la présentation, le Président confia à Madame Penchard le soin d’organiser la mise en œuvre des conclusions de l’Exécutif, en l’élevant au statut de ministre.

La conjuration des misérables

Loin de prendre acte de la position gouvernementale, les perdants adoptèrent une posture de conjurés. A contre-courant des orientations du Président de la République, ils se raidirent sur une position revancharde, comparable à celle que leur avait inspiré l’échec du putsch contre la Présidente UMP du Conseil général en 2008.
La semaine suivant le Conseil interministériel, ils attaquèrent le Président de la Région, et entamèrent une campagne de dénigrement systématique des projets de développement durable, pourtant régulièrement entérinés par la majorité présidentielle… à laquelle ils appartiennent pourtant nominalement. A cette offensive verbale, les conjurés de l’ordre ancien ont ajouté une pratique déjà éprouvée : la manipulation des programmes des membres du Gouvernement, lors de leur passage dans notre île.
Cette stratégie a connu ces jours derniers un nouveau développement. Aujourd’hui, c’est Marie-Luce Penchard, à peine nommée au poste de Ministre déléguée à l’Outre-mer, qui est victime de la manoeuvre. Dès son arrivée, celle-ci a dû assumer un débat sur le tram-train à laquelle elle n’était manifestement pas préparée… donnant ainsi l’impression de contradictions à l’intérieur du Gouvernement. Lobbying, désinformation…peu importe les moyens par lesquels le jeu a été mené en coulisses. Une chose est certaine, c’est que seuls peuvent espérer en bénéficier les chevaliers à triste figure qui furent désavoués, le 6 Novembre, à l’Elysée même… et voudraient faire payer aujourd’hui, non seulement aux Réunionnais, mais à leur propre Gouvernement, le prix de leur conservatisme. N’y aurait-il là qu’une répétition ? Tout porte à le croire, tant ce comportement évoque celui de Didier Robert, qui l’année dernière faisait déjà endosser à Paris la responsabilité de ses échecs.

Geoffroy Géraud


Un archaïsme ancré dans l’histoire
A La Réunion même, les conservatismes ont tenté d’enrayer le progrès social et le développement à chaque étape de notre histoire. Il n’y a ici ni complot, ni conspiration, mais la résistance naturelle de ceux qui ont tout à perdre au changement.

Les Réunionnais ont toujours dû se mobiliser pour obtenir des autorités centrales les mesures d’émancipation, l’égalité et le respect. A chaque étape de cette lutte, ils ont dû aussi surmonter un obstacle aussi dur, sinon plus, que l’éloignement géographique et culturel des pouvoirs métropolitains : la résistance opposées par les conservatismes locaux.

• Opposition à l’Abolition de l’esclavage.
Ainsi, en 1796 les colons Réunionnais opposés à l’Abolition de l’esclavage parvinrent à empêcher le débarquement des commissaires de la République envoyés pour abolir l’Esclavage. Moins d’un demi-siècle plus tard, c’est le mouvement des "Francs-créoles", constitué des propriétaires qui envisageaient une autonomie à contenu réactionnaire, dans le but là encore de conserver l’esclavage. L’Abolition fut elle-même en partie sabotée par les pressions des maîtres réactionnaires, qui réussirent à imposer à Victor Schoelcher le versement d’une indemnité infâmante, dégradant ainsi considérablement l’esprit de justice et d’humanité de l’Emancipation.

• Refus de la décolonisation.
Cette tendance se manifesta encore après la loi du 19 Mars 1946 portant abolition du statut colonial. Afin de sauvegarder leurs privilèges, les colonialistes locaux s’engagèrent dans une dynamique de radicalisation, afin de contraindre un pouvoir central peu au fait des affaires réunionnaises à intervenir en leur faveur. Le contexte, marqué par les guerres coloniales, s’y prêtait : agitant l’épouvantail de l’indépendance, les adversaires de la transition d’alors purent obtenir de Paris la nomination d’un Préfet de combat, Jean Perreau-Pradier. On sait les conséquences de cette stratégie : un demi-siècle de retard accumulé dans la conquête de l’Egalité, une division artificielle des réunionnais, des fantasmes durablement ancrés dans les consciences collectives…..

• De troublantes similitudes
Sans être identique, la situation d’aujourd’hui présente des traits communs avec cette constante historique. Aujourd’hui encore, ce sont ceux qui ont tout à perdre d’une transformation des rapports entre les Réunionnais et Paris qui entrent en dissidence ultra-conservatrice. Aujourd’hui encore, le détournement violent des institutions de l’Etat et la manipulation des hommes sont les moyens privilégiés par les partisans du « statu-quo »…qui tirent profit des retards et des injustices qui perdurent dans notre pays.

Geoffroy Géraud


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