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« Des défis historiques posés devant les Réunionnais »

Paul Vergès et l’heure des choix

Céline Tabou / 31 juillet 2012

A l’occasion d’une conférence de presse au siège de l’Alliance, Paul Vergès, co-fondateur du Parti communiste réunionnais et président de l’Alliance, a évoqué l’ouverture par le gouvernement d’une « réflexion et concertation sur des problèmes fondamentaux pour l’avenir de La Réunion ». C’est l’heure des choix : « va-t-on amorcer le "changement maintenant" en véritable changement pour les vingt années à venir, ou va-t-on simplement aménager la situation post coloniale existante comme on le fait depuis 1946 ? ».

Paul Vergès a évoqué la prise en compte des problèmes de l’Outre-mer, depuis l’élection du Président de la République a eu lieu le 6 mai 2012, la mise en place de la nouvelle majorité a l’Assemblée nationale, le 17 juin : « nous devons mesurer que durant le trimestre qui a suivi, tous les problèmes de l’Outre-mer ont été posés par le gouvernement ».

Anticiper les problèmes de l’Outre-mer

La hausse démographique est l’un des enjeux majeurs de la société réunionnaise, actuellement, La Réunion compte près de 850.000 habitants, à la fin du quinquennat de François Hollande en 2017, notre île abritera plus de 900.000 habitants, et « dans l’éventualité d’un double mandat présidentiel, nous serions en 2022 à la porte du million d’habitants ». Cette progression démographique est une « donnée fondamentale », car selon le sénateur « c’est un rendez-vous inévitable qui pèsera sur toutes les politiques publiques ».
Autre défi cité par Paul Vergès, « un phénomène que nous avons constamment souligné, qui a longtemps été sous-estimé, mais qui s’impose maintenant à tous, c’est l’impact des changements climatiques ». Les échecs des Sommets mondiaux sur le climat — les conférences de Copenhague, Cancún, Durban — et celui du Sommet Rio+20, ont montré les priorités des dirigeants, qui sont de répondre aux besoins immédiats, sans prendre en compte les perspectives à venir.
« Alors que des phénomènes climatiques extrêmes frappent déjà partout sur la planète : recrudescence des tornades, des cyclones intenses, des inondations, ou de la sécheresse comme à La Réunion. Demain, c’est le phénomène de la montée du niveau des océans et de leur acidification qui provoquera des bouleversements non maitrisables », qui inquiètent tous les experts. Ces derniers tentent de tirer la sonnette d’alarme auprès des responsables politiques et économiques, mais en vain, les préoccupations fondamentales restent l’immédiateté et des calendriers électoraux.
Le 3e facteur d’inquiétude et dont sont confrontées toutes les économies, « c’est la mondialisation des échanges ». Paul Vergès a expliqué que « nous sommes en pleine crise de l’économie mondiale, crise économique, financière et monétaire », qui a des conséquences sur tous les plans social, économique et politique. Celle-ci dure depuis 2009 et ne devra pas s’améliorer, particulièrement en Europe. « En France, les problèmes rencontrés par des grands groupes comme PSA, Air France, Alcatel s’inscrivent dans ce contexte. Il est bien évident que cette situation aggravée par la crise financière des États en Europe, réduit leurs marges de manœuvre budgétaire » a-t-il précisé.

« L’heure des choix »

Le co-fondateur du PCR a salué les « initiatives prises par le gouvernement pour appréhender l’ensemble des problèmes des Outre-mer même si elles peuvent apparaitre fractionnelles » à travers un calendrier gouvernemental précis. Les principales thématiques de la vie chère, la surrémunération, l’environnement et les institutions sont des sujets qui « touchent au fond même des problèmes de La Réunion. Quel est le bilan des politiques menées, quelles sont leurs conséquences et quelles sont les perspectives pour l’avenir ? » s’est interrogé le sénateur PCR. Ce dernier a ajouté : « compte tenu de la certitude des défis posés durant la décennie et des rendez-vous proposés par le gouvernement, la question centrale est la suivante : Va-t-on amorcer le « changement maintenant » en véritable changement pour les vingt années à venir, ou va-t-on simplement aménager la situation post coloniale existante comme on le fait depuis 1946 ? »

Céline Tabou

Le problème de la vie chère et des prix

Paul Vergès a évoqué « le problème de la vie chère et des prix » qui reflète le fonctionnement de toute l’économie et de la société réunionnaise. « La politique d’intégration nationale et communautaire dans laquelle est inscrite La Réunion », depuis la loi du 19 mars 1946 est « un exemple spécifique d’intégration d’une île à une métropole éloignée de 10.000 kilomètres ». Cette intégration a eu pour conséquence le développement d’une « économie de comptoir », d’après l’expression de François Mitterrand, alors président de la République.

Le poids de l’intégration et de l’assimilation a eu pour conséquence une économie réunionnaise dépendante de la France pour « tous les produits de consommation courante ou de long terme, nonobstant les progrès de production locale et de l’import substitution ». Cette dépendance a créé les monopoles de la grande distribution et des pétroliers, et « c’est en définitive, l’organisation volontaire d’un coût de la vie obligatoirement supérieure à tout l’environnement régional et à l’environnement national ». Face à cette situation et prenant en compte la cherté de la vie, l’État a décidé « d’instaurer pour les fonctionnaires, des majorations de rémunération » créant ainsi un « flux financier croissant et un marché dans lequel se sont engouffrés des grands groupes de la distribution, générant des situations de monopoles ou d’oligopoles ». Dans de telles conditions, « parler de lutte contre une politique de monopoles que l’on a créés volontairement ou mécaniquement, c’est un vœu pieux ou une illusion sur un marché étroit captif des grandes marques de distribution » a-t-il indiqué.

C.T.

Quel avenir pour les jeunes ?

« La crise structurelle de l’économie réunionnaise, combinée avec l’impact de la crise mondiale, notamment en Europe, fait qu’à La Réunion, en dépit d’une croissance régulière, mais aujourd’hui essoufflée », les problèmes économiques et sociaux persistent, avec plus de 155.000 demandeurs d’emploi toutes catégories, plus de 30% de la population active au chômage, « une augmentation du chômage de longue durée frappant les seniors et 60% des jeunes de moins de 26 ans privés d’emploi dont de plus en plus sont formés et diplômés ». Le nombre d’emplois créés annuellement est insuffisant pour faire face à l’arrivée des classes d’âge sur le marché du travail. « A la fin du quinquennat, La Réunion aura 50.000 bacheliers supplémentaires : quel est leur avenir ? » a demandé Paul Vergès.

C.T.

Un calendrier gouvernemental précis

Le 25 juillet, une communication du Conseil des ministres sur la vie chère a été faite autour d’un projet de loi sur cette question et une déclaration du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, aux parlementaires de l’Outre-mer, aujourd’hui, la ministre de la Réforme de l’État, de la décentralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu et le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, rencontreront les parlementaires afin d’échanger sur la fonction publique dans les Outre-mer.

De plus, le gouvernement a annoncé les 14 et 15 septembre, une conférence nationale environnementale sur la transition énergétique et la protection de la biodiversité, « deux thèmes concernant directement les Outre-mer » a indiqué Paul Vergès, ainsi que les 4 et 5 octobre, des états généraux du territoire avec un atelier pour l’Outre-mer.

Au cours du mois d’octobre, un projet de loi sur la régulation économique (vie chère) sera présenté et une conférence économique sur l’Outre-mer organisée. « Il est également prévu une déclinaison territoriale, à La Réunion, de la conférence sociale qui s’est déroulée sur le plan national les 9 et 10 juillet », a précisé Paul Vergès.


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