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Des députés élus par une minorité d’électeurs à La Réunion ?

Demain, second tour des élections législatives

Manuel Marchal / 17 juin 2017

Plus de 600.000 électeurs sont appelés à se prononcer demain lors du second tour des élections législatives. Près de 65 % des électeurs avaient boudé les urnes lors du premier tour à La Réunion, le résultat du premier tour et la tenue du débat de l’entre-deux tours ne laisse guère présager un retour massif des électeurs dans les bureaux de vote alors que l’enjeu est important : donner ou pas une majorité à un gouvernement pour qu’il puisse appliquer son programme.

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Dimanche dernier, La Réunion avait connu un événement. Aucun député n’a été élu lors du premier tour des élections législatives. La raison est une participation en chute libre. À peine 35 % des électeurs ont participé au scrutin. Mis à part Ericka Bareigts, tous les candidats ont subi les effets de cette importante augmentation de l’abstention. Même ceux qui sont arrivés largement en tête sont loin de retrouver le même nombre de voix que leur camp avait réalisé voici 5 ans. Le manque de participation interdit aussi la présence de plus de deux candidats au second tour. Ce seront donc 7 duels qui seront proposés.

Le principal enjeu de ces élections est de savoir si le gouvernement aura une majorité pour mener le programme d’Emmanuel Macron. La feuille de route est connue. La priorité du nouveau gouvernement est de remettre en cause le Code du Travail. Son but est d’inscrire ces changements dans la loi d’ici le mois de septembre. Pour cela, il recourt à la procédure des ordonnances. Cela interdira aux députés et sénateurs le dépôt du moindre amendement. Les parlementaires devront juste dire s’ils sont d’accord avec la procédure, puis s’ils adoptent le projet de loi proposé.

7 députés par défaut ?

À La Réunion, plusieurs candidats affichent un soutien inconditionnel à cette méthode et ce contenu. Ce sont Ericka Bareigts, Monique Orphé et Thierry Robert. Pour convaincre les électeurs, ils affirment qu’ils siègeront dans la majorité.

Au cours de la semaine de l’entre-deux tours, une des tâches des candidats a été de convaincre les nombreux abstentionnistes. Mais la tenue des débats de la semaine écoulée n’a pas été rassurante. En effet, personne ne propose un changement structurel pour La Réunion. Rien n’est donc avancé pour mettre fin au chômage de masse et à la grande pauvreté qui touche de nombreux Réunionnais. De plus, l’absence de plusieurs candidats lors de l’assemblée plénière de la Région n’est pas de nature à motiver. En effet, à quoi bon se déplacer et glisser un bulletin dans l’urne pour permettre à une personne d’être élue si cette personne juge qu’il existe une chose plus importante que participer à un débat où la question principale était l’engagement d’une dépense supplémentaire de 250 millions d’euros pour un seul projet ? Quelle garantie ont alors les citoyens qu’un candidat adepte de ce comportement puisse se consacrer totalement à son mandat de député ?

Compte-tenu de l’important taux d’abstention du premier tour, la possibilité est grande que les 7 candidats qui arriveront en tête des duels du second tour soient désignés par un scrutin où le taux de participation sera inférieur à 50 %. Cela voudrait dire que les 7 députés auraient alors été élus par une minorité d’électeur. Autrement dit, ils ne seraient qu’un choix par défaut.

Crise d’un système politique

L’élection de députés par une minorité d’électeur poserait un grave problème de légitimité. Ce ne serait qu’une nouvelle illustration d’un système arrivé au bout de ses possibilités, et qui serait responsable d’une grave crise de confiance entre les citoyens et ceux qui sont chargés de les représenter à l’Assemblée nationale.

Le changement de mode de scrutin et la fin du cumul des mandats apparaissent alors comme des mesures nécessaires. Si les élections législatives étaient à un seul tour et à la proportionnelle, la participation ne pourrait qu’augmenter car chaque électeur pourrait avoir le sentiment que le bulletin qu’il glisse dans l’urne pourrait entraîner l’élection d’un député. En effet, l’élection à la proportionnelle a pour but de représenter le plus fidèlement possible la diversité des opinions. Enfin, obliger les candidats à un poste de député à n’avoir aucun autre mandat au moment de la campagne électorale apportera la garantie aux électeurs que les élus se consacreront pleinement au mandat pour lequel ils ont obtenu la confiance des participants du scrutin.

Faute de cela, la crise politique du système actuel va continuer à s’amplifier, ce qui ne permettra pas de régler les problèmes de la population.

M.M.


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