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Des élus soufflent sur les braises de l’explosion sociale

Comment le peuple peut-il avoir confiance dans les élus après le coup de force à la tête du SIDÉLEC ?

Manuel Marchal / 14 mars 2012

Pendant plusieurs jours, La Réunion a été secouée par des émeutes. Durant cette période, chacun a pu constater l’impuissance des notables à dialoguer avec la population révoltée par l’injustice. C’est bien la traduction d’une rupture entre la population et ceux qui sont censés la représenter. La pantalonnade qui a permis la désignation d’Alamélou à la tête du SIDÉLEC va encore accentuer ce fossé. Les auteurs de ce coup de force accélèrent la faillite de la classe politique issue de l’assimilation.

Pendant plusieurs jours à partir du 21 février dernier, La Réunion a été touchée par des émeutes. Partis de quartiers populaires du Port et de Saint-Denis, le mouvement s’est étendu à plus de la moitié des communes. Jamais notre île n’avait vécu une telle révolte, car jusqu’alors, quand des émeutes avaient lieu, elles étaient circoncises aux centres urbains de Saint-Denis et du Port.
Cette radicalisation de la contestation faisait suite à l’incapacité de Didier Robert et du préfet de répondre à une revendication très simple : exiger des pétroliers qu’ils baissent leur profit de 25 centimes par litre de carburant. À partir du moment où le représentant de Sarkozy à La Réunion et celui de l’État disaient à la population qu’ils étaient incapables de faire, le sentiment d’injustice a été tel que la situation s’est brusquement embrasée.

Des politiques décrédibilisés

Aussitôt, le pouvoir a été dépassé. Au lieu d’aller chercher à dialoguer avec les émeutiers, des élus se sont empressés de courir à la préfecture pour élaborer une riposte. Pendant que plus de 500 policiers étaient amenés de France pour assurer la répression, il y eut plus de 200 arrestations et plus de 20 condamnations à la prison ferme. De leurs côtés, des élus aux côtés du préfet ouvraient grand les caisses des collectivités pour tenter d’acheter la paix sociale. Les présidents de la Région et du Conseil général ont décidé de verser des subventions aux monopoles pour que ces derniers baissent les prix, juste de quoi espérer calmer la situation jusqu’à l’arrivée de Sarkozy début avril.
Quant à l’État, il augmente brutalement sa subvention pour les emplois aidés afin de favoriser des embauches massives avant les élections.
C’est cette solution qui est maintenant vendue à la population, mais malgré tous les moyens déployés, cela ne passe pas. En effet, la crise est telle qu’il est impossible d’en sortir en préservant les structures actuelles. De plus, la classe politique apparaît chaque jour plus décrédibilisée, car totalement coupée des réalités du pays. Ce qui s’est passé lundi au Conseil syndical du Syndicat d’électricité de La Réunion (SIDÉLEC) va encore aggraver cette défiance.

Le PCR seul rempart de la population

Il y eut en effet six mois plus tôt le précédent des Sénatoriales. Pendant 10 ans, le peuple à une large majorité vote contre l’UMP à chaque scrutin. Mais les électeurs issus de ces scrutins décident, eux, de voter majoritairement pour l’UMP. Comment alors avoir confiance en des élus qui disent combattre Sarkozy, mais qui, une fois dans l’isoloir, votent pour les candidats UMP ?
C’était l’illustration d’un danger imminent de crise.
Quand le mouvement contre la vie chère s’est radicalisé, la population n’a même pas cherché à discuter avec les élus, car après les mascarades des Régionales et des Sénatoriales, elle a estimé n’avoir plus rien à attendre de ces politiciens.
Au plus fort des émeutes, un seul parti a affirmé sa solidarité pleine et entière avec la population en révolte. C’est le Parti communiste réunionnais. C’est le seul parti qui a proposé des mesures en rapport avec les attentes immédiates de la population : une prime de vie chère de 200 euros pour les plus démunis, et la libération immédiate de tous les Réunionnais emprisonnés pour leur participation aux émeutes. Cette singularité s’explique par un fait : le PCR a décidé sa refondation pour être l’outil sur lequel la population s’appuiera pour sortir de la crise. Au contraire d’autres organisations ou personnalités politiques, le PCR ne peut être coupé des masses, car il confie au peuple la responsabilité de trancher les questions en recours ultimes, comme à Sainte-Suzanne.

L’attitude suicidaire d’élus dépassés

À l’opposé de cette attitude, des élus s’arrogent encore des fiefs, sans tenir compte du vote de la population, et en ignorant royalement l’ampleur de la crise. Les électeurs de Sainte-Suzanne disent à Alamélou qu’il n’a plus rien à faire au SIDÉLEC, mais Alamélou s’accroche à son siège de président du syndicat, piétinant la démocratie. Il va demander au maire de Saint-Leu de le désigner pour représenter la commune de l’Ouest et il décide de se présenter contre l’élu de Sainte-Suzanne à qui doit échoir la présidence du SIDÉLEC au titre des accords passés entre les 24 communes élues au lendemain des Municipales de 2008.
La candidature est présentée par le représentant de Saint-Paul, quant à ses soutiens, il suffit de se reporter au nouveau bureau qui illustre le partage du pouvoir : derrière Saint-Paul, il y a notamment Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-André ou Le Tampon.
Tous ces élus ont donc décidé de mépriser le vote de la population de Sainte-Suzanne. Ils ont aussi voulu sanctionner ceux qui sont venus à ce Conseil pour faire respecter la démocratie. Voilà donc comment de minables combines discréditent la classe politique, car le peuple a clairement compris qu’il a été volé par des fraudeurs. Désormais, la coupure paraît tellement profonde que la classe politique ne pourra faire l’économie d’une profonde remise en cause pour échapper à sa faillite.

M.M. 

Les représentants de Saint-Benoît, de Sainte-Suzanne et du Port ont-ils démérité ?

Pour vendre à l’opinion l’étonnante délégation de Saint-Leu à Alamélou, le maire de cette commune aurait déclaré, selon la presse, qu’Alamélou n’a pas démérité.

Si cet argument est vrai, alors l’opinion peut se demander pourquoi le bureau du SIDÉLEC a été recomposé. Comment expliquer que les représentants du Port, de Saint-Benoît et de Sainte-Suzanne aient été évincés ? Loulou Hyppolite et Dominique Atchicanon, anciens premiers vice-présidents, ont-ils démérité ? Maurice Gironcel, tout juste auréolé d’une brillante élection comme maire, est-il déméritant ?

Qu’attendent Alamélou et ses complices pour justifier une telle décision ? Veulent-ils laisser prospérer dans l’opinion qu’en plus d’être les adeptes de manœuvres frauduleuses, ils sont aussi des sectaires ?

Le PCR seul parti solidaire des victimes de la crise

Au cours des émeutes, un seul parti a fait part de sa solidarité avec les victimes de la crise. C’était lors de la conférence de presse du 24 février dernier. « Notre solidarité est totale, sans réserve, avec cette moitié de la population », avait déclaré Paul Vergès, « c’est le début de cette prise de parole, nous ne pouvons qu’encourager cette prise de parole, il faut qu’ils parlent, ce sont les sans-voix qui entrent sur la scène politique et qui effraient tellement le gouvernement et les élus ».

Depuis, cette solidarité s’est réaffirmée. Le PCR est ainsi la seule organisation à demander la libération des Réunionnais emprisonnés pour avoir participé aux émeutes. Le 4 mars, le rassemblement de Saint-Louis a adopté à l’unanimité une résolution allant dans ce sens.

Le PCR a aussi été le seul parti à proposer une solution permettant aux plus démunis d’avoir droit à une hausse de leur pouvoir d’achat : le versement d’une prime de vie chère de 200 euros en attendant des réformes structurelles.

La discrétion avec laquelle ces revendications sont reprises dans les médias montre que la classe politique n’est pas la seule à être coupée de la réalité. Car ce sont des revendications pleinement soutenues par la population.


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