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Des mesures relativisées par la situation spécifique de La Réunion

Rencontres territoriales sur le plan pluriannuel contre la pauvreté

Manuel Marchal / 30 octobre 2013

Hier matin, François Chérèque a présenté le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté lors d’une rencontre avec les élus, les associations et les services de l’État. Le débat a permis de souligner l’ampleur de la crise dans notre île, et a relativisé les mesures présentées, car elles ne s’inscrivent pas dans la dynamique d’accroissement de la population de La Réunion.

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Rencontre avec les élus et les associations sur le thème de la pauvreté hier au Parc des expositions de Saint-Denis. Au premier rang : Gilles Leperlier (AJFER), Maurice Gironcel (maire de Sainte-Suzanne), Paulet Payet (maire du Tampon), Paul Vergès (sénateur de La Réunion), Nassimah Dindar (présidente du Conseil général), le préfet Jean-Luc Marx et François Chérèque.

Ce matin, représentants d’association et élus étaient invités à la présentation du plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, suivi par un débat. La CGTR avait organisé un rassemblement devant l’entrée. Par cette action, le syndicat a rappelé que la lutte contre la pauvreté passe aussi par une revalorisation des salaires, et plus de droits pour les travailleurs.

Le préfet a ouvert la Rencontre territoriale. La parole a ensuite été donnée à François Chérèque, inspecteur général des Affaires sociales. L’ancien secrétaire général de la CFDT a présenté la mission que lui a confiée le gouvernement.

5 milliards pas utilisés

Les travaux sont engagés, le plan est rédigé. L’objectif de la mission est de faire des propositions qui seront examinées fin janvier par le Comité interministériel de lutte contre l’exclusion fin janvier. Ce plan est aussi un moyen pour la France de se conformer aux Objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU.

Ses objectifs visent notamment à faire participer les victimes à la recherche de solutions, et d’informer au mieux sur les dispositifs existants. François Chérèque indique que le non-recours d’ayant droit à des prestations sociales représente 5 milliards d’euros. Cette somme est engloutie dans le remboursement de la dette plutôt qu’être donnée aux pauvres.

Outre la "garantie jeunes" qui sera expérimentée à La Réunion, le chargé de mission a évoqué une mesure actuellement en vigueur, qui pourrait être étendue partout en cas d’avis favorable. Dans le département du Doubs, le Conseil général est non seulement responsable du versement du RSA, mais aussi de l’insertion professionnelle des travailleurs touchant ce revenu minimum.

Les données de la crise

Hervé Legrand de l’INSEE, et Denise Nong Hoc Cheong, directrice de la DJSCS, ont ensuite présenté le contexte social à La Réunion. Il s’agissait d’une synthèse des études réalisées en partenariat avec le Conseil général. Les participants aux rencontres ont pu ainsi bien s’imprégner de la situation "hors norme" de notre île : 343.000 personnes sous le seuil de pauvreté, des quartiers où le taux de chômage dépasse 50%, 240.000 personnes qui survivent avec les minima sociaux, 30% des salariés en dessous du seuil de pauvreté en 2008, 75% des demandes de logement social insatisfaites chaque année, près de 150.000 Réunionnais couverts par la CMU, et 275.000 par la CMU-complémentaire. Enfin, un taux d’illettrisme sans comparaison avec aucun département de France.

Limites des propositions

La matinée s’est ensuite poursuivie par un échange avec la salle. François Chérèque, Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, Stéphane Nicaise, vice-président de l’AREP, et Thierry Hergault, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre étaient à la tribune.

Les interventions ont permis de faire ressortir la gravité de la situation vécue par les pauvres à La Réunion, soit la moitié de la population. Quant aux mesures proposées, force est de constater qu’elles n’intègrent pas une donnée fondamentale : l’accroissement de la population de 10.000 Réunionnais par an. La version définitive prendra-t-elle en considération cet aspect décisif ?

M.M.

Paul Vergès : changer le système pour être efficace

Le sénateur s’interroge sur l’efficacité d’un tel plan face à l’avenir, car il ne dit pas que La Réunion comptera 150.000 habitants de plus en 15 ans.

Le maintien du système actuel fait que les inégalités vont continuer à augmenter.

Pour Paul Vergès, tout cela pourrait avoir son efficacité à condition de changer tout l’ensemble.
Nassimah Dindar : le moment d’agir

La présidente du Conseil général met le doigt sur une ébauche encore très incomplète. Elle estime qu’il faut mettre en place les propositions qui ont été présentées, sur la base des études co-financées par le Conseil général.

Autrement dit, le moment est venu d’agir sur des solutions à apporter.
Paul Vergès, le seul parlementaire présent

Paul Vergès était le seul parlementaire présent à cette journée, ainsi que deux maires sur 24. Ces absences ont fait réagir le sénateur. Comment se fait-il que des parlementaires, relais du gouvernement, aient décidé de ne pas participer à une rencontre sur la pauvreté ? Pourquoi des maires, qui mettront en œuvre les mesures du plan contre la pauvreté, ont-ils préféré privilégier d’autres tâches que ce grand débat sur ce qui va les concerner directement ?

Ces choix ont sans doute une explication…


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