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Des Rose, à La Réunion, il y en a des milliers…

Témoignages.re / 2 novembre 2012

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Il a fallu du temps pour que Rose me laisse entrer chez elle. Chez elle : une case en bois sous tôle et sur terre battue, une cour en ordre avec quelques pots de fleurs. Nous sommes à Sainte-Marie, au bout de l’un de ces longs chemins qui se déroulent, à l’abri des regards, jusqu’au cœur de ce grand quartier. Une voie où éclate l’inégalité de la société réunionnaise : à l’ombre des maisons immenses, garages, dépendances et parfois même piscines, des cases comme celle de Rose, où le dehors est arrangé pour masquer la misère du dedans. Car c’est bien la misère qui écrase Rose et ses proches : veuve d’un mari planteur, elle a à sa charge son fils handicapé, sa mère âgée et malade. A part quelques ménages « au noir », précise-t-elle, Rose ne travaille pas.

 Les politiciens paternalistes…

 Nous parlons des aides sociales, des papiers à n’en plus finir qu’elle a tant de mal à remplir, de la difficulté qu’elle rencontre ne serait-ce que pour faire ses courses. Car rose n’a rien, mis à part sa case « ma la gagne ça dans le temps du maire Kichenin ». Ce sera la seule allusion à la politique. Car nous n’en parlons pas, cela n’aurait pas de sens. Non pas parce que la misère éloigne de la politique, idée répandue chez ceux pour qui les citoyens ne sont rien d’autre que des machines à voter pour eux. Non pas parce qu’elle ne comprendrait pas – contrairement à ce que s’imaginent les politiciens paternalistes. Mais simplement parce qu’il n’y a, en l’état, rien d’autre à faire que d’aider cette dame à faire ses courses et à remplir ses papiers. Sans tenir de grands discours, parce que des Rose, à La Réunion, il y en a des milliers.

 Quels horizons ?

 Ce portrait est ordinaire. Son but n’est pas de propager le défaitisme, mais de faire émerger, par un cas concret, une question adressée à la reconstruction. Quels horizons apportera-t-elle à son issue ? Comment reconstruire une organisation capable d’aider concrètement cette population, sans la considérer comme une masse souffrante passive ? Comment faire entendre la nécessité de « rompre avec le système », « inventer un nouveau modèle », et celle du développement et des grands travaux, sans avoir fait la preuve de la capacité d’aider au jour le jour ? Mais comment, aussi, faire savoir, accepter et comprendre qu’il ne sera pas possible d’aider véritablement, dans le cadre étriqué d’une commune, d’un Département, d’une Région ?

 

Geoffroy Géraud Legros


Kanalreunion.com