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Desserrer l’étau de la rigueur

Mesures de casse sociale du gouvernement

Geoffroy Géraud-Legros / 10 août 2010

Allongement de la retraite, attaques sur les impôts des classes moyennes, écrasement des pauvres : la rigueur est là. L’affaiblissement du Gouvernement fournit aujourd’hui une occasion historique de faire reculer la politique de casse sociale.

Ironie de l’histoire, c’est le 4 août, date symboliquement liée à l’Abolition des privilèges par la grande Révolution française, que les Woerth et bon nombre de ceux qui sont — encore — ministres dans le Gouvernement Sarkozy ont pris la route des vacances. Des congés, a prévenu Nicolas Sarkozy, qui resteront sous haute surveillance de l’Elysée : les membres du Gouvernement ont été priés d’être discrets, de ne pas trop faire étalage des signes extérieurs de richesse, de séjourner en France. Et on laisse entendre que les éventuels écarts de conduite pourraient peser dans la balance, lors du remaniement ministériel prévu au mois de novembre prochain.

La crise n’est pas en vacances

Plus de 260.000 emplois ont été détruits en France pour la seule année 2009 ; avec environ 10.000 suppressions supplémentaires au premier semestre 2010, l’onde de choc continue à se dérouler, malgré un tassement temporaire dont la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, n’a pas hésité à se réjouir.
Tous les regards se portent aujourd’hui vers la rentrée. Le temps des pirouettes est passé, et il est désormais clair que le Gouvernement va engager la France sur la voie d’un plan de rigueur comparable à ceux qui se profilent en Grèce, au Portugal, en Italie et au Royaume-Uni. Comment pourrait-il en être autrement ? Le puissant FMI n’a pas manqué de rappeler à Nicolas Sarkozy que les mesures annoncées jusque-là n’allaient pas assez loin.

La rigueur s’avance…

Un point de vue relayé à droite, mais parfois aussi à « gauche », où l’on a pu entendre un Jacques Attali déplorer le manque d’ambition de Nicolas Sarkozy en matière de rigueur. On peut, sans trop se risquer, prédire que ce dernier ne se fera pas trop prier pour céder à ces « pressions » presque amicales. Objectif affiché : réintégrer les critères fixés par le Traité de Maastricht, en ramenant à la limite de 3% un déficit qui s’élève aujourd’hui à 8%. Les scandales à répétition et l’affaire Woerth-Bettencourt ont fait éclater au grand jour la réalité d’une société où l’Etat rend de l’argent aux riches, alors que les classes moyennes et populaires subissent la crise.

… mais pas pour tout le monde

Un contexte de scandales à répétition qui fragilise la position d’un Gouvernement qui a ouvert deux fronts majeurs : allonger le temps de travail et faire supporter le poids de la rigueur par la population.
Car le dispositif annoncé par Bercy pour mettre les plus riches à contribution ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan, comparé aux charges qui vont écraser le plus grand nombre. Ensemble, les hauts revenus, les stock-options et les ménages aisés vont être sollicités à hauteur de 1 milliard d’euros. Pas grand-chose en comparaison des 15 milliards qui seront pris sur presque toute la population par l’augmentation de la CSG et l’alignement de la CSG des retraites sur le régime salarial. Des mesures difficiles à avaler pour une population qui, alors que ses revenus s’effondrent, apprend que les apôtres de la rigueur voyagent en jet privé avec ses impôts, fument 12.000 euros de cigares à ses frais et font le plus légalement du monde des cadeaux de 30 millions d’euros à des milliardaires. Malgré de dérisoires efforts pour faire oublier ces scandales pendant les vacances, c’est donc affaibli que le Gouvernement français abordera la rentrée.
Du côté des syndicats, on mobilise en vue de l’épreuve de force. Et c’est la réforme des retraites qui sera le premier élément du bras de fer engagé avec le Gouvernement lors de la manifestation du 7 septembre 2010 à laquelle appellent tous les syndicats. Un moment que nous devons tous saisir.

Geoffroy Géraud-Legros


A La Réunion : convergence des luttes

Avec 52% des Réunionnais pauvres et 35% de chômeurs, La Réunion apparaît comme une terre où la défense des droits des plus faibles est inséparable de celle des travailleurs. Dans ces conditions, la création d’un front du refus de la casse sociale apparaît comme une évidence. C’est à cette « union sacrée » qu’a appelé avant-hier l’Alliance des réunionnais contre la pauvreté (ARCP), par la voix de Jean-Hugues Ratenon. Dénonçant la « pire des politiques réactionnaires », celui-ci a rappelé avec force que la cause des plus pauvres rejoint celle des salariés, tant les intérêts du plus grand nombre sont liés face à la politique du Gouvernement. Même son de cloche du côté d’Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR, qui insistait récemment, au cours d’une conférence de presse, sur les effets « surdéterminants » de la crise. Tout se tient, rappelait-il, et la catastrophe du chômage est liée à celle qui guette les retraités. Dénominateur commun : la politique de casse sociale menée par le Gouvernement Sarkozy en France hexagonale, avec un zèle particulier à La Réunion. Et une réponse d’union à apporter aux côtés de l’ARCP le 29 août et de l’intersyndicale, pour la grande manifestation nationale du 7 septembre.

G.G-L


La Réunion, cobaye de l’UMP

En quelques mois, la situation de La Réunion face à la dépression économique qui frappe le monde semble s’être dramatiquement renversée. Pris dans une crise de longue durée, notre pays pouvait pourtant affronter la crise en limitant les dégâts. Cela, grâce au programme de grands travaux engagé par la Région Réunion et ses partenaires au cours des précédentes mandatures. L’arrivée de l’UMP au Conseil régional a complètement changé la donne, et en quelques mois, Didier Robert et son équipe ont scrupuleusement réalisé leurs annonces : démolition du transport réunionnais, avec la suppression du Tram-train et le renvoi de la route littorale aux calendes grecques. Démolition des projets énergétiques, avec entre autres la fin de la géothermie. Economies « d’échelles » au profit du Gouvernement, à qui la nouvelle Région rendra environ 3 milliards. On pourrait dire : Sarkozy l’a rêvé, Didier Robert et son équipe l’ont fait. Car il ne faut pas s’y tromper : ni « l’incompétence », ni le « manque de sérieux », et encore moins « la crise » ne sont à l’origine de cette volonté de détruire les grands projets. Au contraire, celle-ci a pour source un programme réfléchi et étudié, qui vise à laminer l’appareil de production et l’emploi à La Réunion. Un programme que chacun peut voir à l’œuvre en France et dans le reste de l’Europe, qui vise à faire baisser les salaires pour permettre plus de profits, et à favoriser les entreprises multinationales. Dans l’Hexagone, la présence des forces de progrès à la tête des Régions offrira un bouclier — même limité — aux ambitions du Gouvernement. Ici, elles pourront se déchaîner. Hier seule Région de la République dotée d’un plan de relance anticipé, La Réunion, unique Région acquise par l’UMP, est aujourd’hui un terrain d’expérimentation pour le sarkozisme.

GG-L


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