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Détournement démocratique

Geoffroy Géraud-Legros / 29 mars 2010

Sans un minimum de loyauté dans la compétition politique, sans respect des électeurs, la démocratie n’est pas grand-chose. Sans volonté d’aborder les vrais problèmes, sans interrogation lucide sur le bien public, les élections se résument à un jeu de pouvoir, sans autre objet que les ambitions personnelles. Le débat de fond entièrement noyé par la le discours « anti », l’élection régionale a donné lieu à une grave régression démocratique .

L’expérience démocratique est assez récente à La Réunion : pendant plusieurs décennies, elle a été contrecarrée par la fraude, étouffée la répression coloniale, muselée par le verrouillage systématique des médias. Longtemps, la pratique politique a mis en avant des individus plutôt que des idées, des « chefs » plutôt que des programmes, des hommes forts plutôt que des projets. Le Parti communiste réunionnais (PCR) a contribué à changer cette situation marquée par l’héritage colonial : des thèses de 1959 au « plan de survie » de 1975, jusqu’au pacte de développement solidaire de 2006, les communistes se sont efforcés de mettre leur conceptions du développement au centre de l’exercice du pouvoir politique.Cette conception a abouti à la constitution de l’Alliance, entièrement fondée sur un projet partagé et non plus sur les appartenance politiques.

Il n’est pas exagéré de dire que cette démarche a fini par transformer le champ politique réunionnais : aujourd’hui, tous les candidats à une élection font campagne sur des propositions. Bien entendu, cette évolution positive troue en pratique des limites évidentes : trop souvent, les programmes avancés n’existent que pour servir de façades à des ambitions politiciennes.

Démocratie dévoyée

La campagne de Didier Robert et de ses alliés a été marquée par un détournement bien plus profond des usages démocratiques. Esquivant tout débat sur le fond, le candidat UMP a entièrement fait campagne “contre” les projets engagés par son principal concurrent, l’Alliance et son représentant, le Président sortant Paul Vergès. A peine dissimulé derrière un programme bricolé à la dernière minute auquel il ne semble guère croire lui-même, Didier Robert a enchaîné les attaques contre le tram-train, contre la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), contre la plupart des projets construits par l’équipe sortante…
Pourtant, tout montre que la politique de grands travaux est bien reçue par l’opinion. S’ils ne font pas vérité d’Evangile, les sondages en faveur du tram-train et de la MCUR ont montré une adhésion et une attente certaines au sein de la population. Il en va de même dans le monde économique, où travailleurs et PME du BTP n’en peuvent plus d’attendre le lancement des grands chantiers. Rien de surprenant dans ces prises de position : face à la crise, les grands travaux se multiplient aux quatre coins du monde.

La démagogie en actes

La Réunion est probablement la seule région de l’Union Européenne, et peut-être même le seul endroit sur terre, où des représentants politiques mènent une campagne active pour retirer des crédits, fermer des chantiers et abattre des réalisations. Au lieu d’alimenter une confrontation des points de vue, des stratégies de développement et de réponse à la dépression économique, la campagne du candidat UMP s’est limitée à un discours démagogique de casse, enrobé d’attaques personnelles.
N’ayant d’autre programme que la démolition, Didier Robert a montré dès son investiture qu’il irait au bout de sa logique. Sans prendre en compte la nécessité de la relance et de l’emploi, le nouveau Président de la Région a unilatéralement annoncé l’arrêt des travaux de la MCUR et l’abandon de la géothermie. Il a aussi clairement fait comprendre que le tram-train n’aurait pas lieu. Outre la régression qui s’annonce en matière de développement, cette élection fait d’ores et déjà apparaître une fracture dans la démocratie réunionnaise.

Geoffroy Géraud-Legros


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