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Deux conférences de presse de Paul Vergès ébranlent toutes les certitudes

Canne à sucre, projet de route en mer et union de la droite à La Réunion

Manuel Marchal / 28 août 2015

Paul Vergès a tenu deux conférences de presse au cours de ces sept derniers jours. Force est de constater que cette initiative a déstabilisé des plans déjà établis à La Réunion. La canne à sucre est revenue dans le débat des élections régionales. C’est ce que montrent les présidents des deux collectivités qui ont écrit au président de la République pour lui rappeler ses engagements. Quant au scandale à venir sur la nouvelle route du littoral, il fait interroger sur le maintien de l’union de la droite sous direction de Didier Robert. À La Réunion, toutes les certitudes sont donc ébranlées, et ce n’est pas fini.

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Le tram-train sera au coeur du débat des régionales : l’empressement des candidats à présenter des projets de train ne montre-t-il pas qu’ils n’ont qu’une croyance limitée dans la réalisation de la route en mer de Didier Robert.

Le 21 août dernier, Paul Vergès a tenu une conférence de presse. Au début de la rencontre avec les journalistes, il a précisé qu’une série de trois rendez-vous de ce type est prévue. Une seconde s’est tenue depuis et la troisième aura lieu prochainement.

Au bout de deux conférences sur trois, l’impact sur la situation politique à La Réunion est indéniable. À trois mois des élections régionales, les lignes ont enfin commencé à bouger.

Le 21 août, le thème choisi par le sénateur était la filière canne-sucre. Paul Vergès a présenté une analyse, montrant que la filière va droit dans le mur. L’urgence posée aux candidats aux élections régionales est donc de proposer des solutions concrètes aux 18.000 familles concernées, soit 100.000 personnes a précisé le sénateur de La Réunion.

Région et Département interpellent François Hollande

La situation est en effet critique à La Réunion. Il reste moins de deux ans avant que le sucre réunionnais entre en concurrence directe, et sans protection, avec les autres productions sur le marché européen. Pour compenser la perte du quota et du prix garanti, la filière canne-sucre avait demandé une augmentation de 38 millions d’euros de l’aide annuelle versée par l’État, et l’exclusion des sucres roux de canne des négociations entre l’Union européenne et des pays tiers. Le 21 août 2014, le président de la République s’était engagé à soutenir ses deux demandes.

Force est de constater qu’un an après, la situation n’a pas évolué favorablement. Le sénateur a souligné en particulier qu’au sein du gouvernement, des voix s’élèvent contre la promesse des 38 millions d’euros supplémentaires, ce qui explique le retard pris. La crise de l’élevage montre ce qui attend les planteurs dans deux ans. Paul Vergès a donc informé sur l’ampleur du problème, et sur l’inaction des candidats aux élections régionales sur cette question qui touche 100.000 personnes. Cela a eu des conséquences.

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4 jours après la conférence de presse de Paul Vergès sur la crise de la canne à sucre, les présidents de la Région et du Département ont écrit à François Hollande pour lui rappeler ses engagements dans ce domaine.

4 jours après cette conférence de presse, les présidents de la Région et du Département de La Réunion ont écrit à François Hollande. Ils rappellent « l’urgence à concrétiser les engagements », notamment « compenser financièrement la fin de la préférence communautaire et de la politique des quotas sucriers ». Ils regrettent que la Commission européenne ait négocié un accord commercial permettant au Vietnam d’exporter vers l’Europe des sucres spéciaux. « S’il devait être confirmé, cet accord ne manquerait pas d’affecter le marché européen des sucres spéciaux et de déstabiliser un peu plus notre filière. Ces conséquences seraient rendues encore plus graves du fait que nous sommes dans un contexte de multiplication des accords de libre-échange susceptible d’accroitre encore la concurrence dans ce secteur. Conclusion : « il convient, sous votre autorité politique, que l’Union européenne sache qu’elle ne peut brader un modèle qui a prouvé son efficience ». Et de rappeler les milliers d’emplois en jeu.

Retrait de Didier Robert ?

Le 25 août, Paul Vergès a tenu une conférence de presse pour expliquer les conséquences d’un scandale qui sera bientôt révélé à La Réunion et en France. Il touche aux conditions d’attribution des marchés de la nouvelle route du littoral. Cela fait déjà plusieurs mois que des gendarmes sont venus perquisitionner à la Région Réunion. Le président de la Région a été entendu. Des articles de presse ont annoncé la mise en cause d’élus.

Paul Vergès a donc proposé à Didier Robert de se constituer partie civile pour avoir accès au dossier.
Le 26, au lendemain de la conférence de presse, le Journal de l’île a consacré son éditorial à l’affaire. Hier le 27, le Quotidien a évoqué une conséquence possible. C’est la fin de l’union de la droite sous la direction de Didier Robert. Notre confrère précise que du côté du Sud, certains seraient prêts à reprendre le leadership.

Tous sont pour le train à La Réunion

À La Réunion, une coïncidence vient encore renforcer l’impact des propos tenus le 25 par le sénateur. C’est la publication hier dans le JIR d’un dossier sur les réseaux ferrés. Les candidats déjà proclamés à un poste de président de Région ne peuvent faire l’impasse sur un tel équipement. C’est bien la confirmation que le train se fera, ce qui rend plus hypothétique encore la poursuite du projet de la route en mer. Les crédits ne sont pas extensibles, et chacun sait que l’argent englouti dans la réalisation d’une nouvelle route du littoral rendra impossible le financement d’un chemin de fer à La Réunion.

Deux conférences de presse sur les trois annoncées se sont déjà tenues. Elles ont amené à des actions et des prises de position qui font bouger les lignes, et ce n’est qu’un début.


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