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Didier Robert à Paris : un retour en arrière

Indignation face à la régression

Geoffroy Géraud-Legros / 2 avril 2010

Reproduisant la posture des hommes politiques d’autrefois, Didier Robert est allé prendre ses ordres à Paris. Un signe de régression, après une décennie passée à construire des rapports républicains basés sur l’égalité et le respect mutuel… et un recul annoncé, s’il obtient de ses maîtres la mise en panne du Tram-train

A peine élu, Didier Robert se rend à Paris. Sans nul doute, le nouveau Président de la Région y a-t-il recueilli les louanges de Nicolas Sarkozy. Ne vient-il pas, par la grâce d’une triangulaire, de remporter une élection qui évite à l’UMP d’afficher une défaite totale ? Au-delà des congratulations entre camarades et des échanges d’amabilités, cette visite renoue avec une tradition ancienne, qui consiste pour le candidat officiel du pouvoir à aller rendre des comptes aux autorités centrales, et à y prendre ordre et feuilles de route. Un usage hérité du long passé colonial de notre pays, qui lie les instances locales bien ou mal élues aux décisions des pouvoirs parisiens.

Egalité et respect, des combats réunionnais

C’est ce rapport de subordination qui a été combattu pendant plus d’un demi-siècle par les forces de progrès. L’abolition du statut colonial, conquête de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche, en 1946 ; la lutte contre la fraude électorale, la répression culturelle, et l’embrigadement de l’information ; le combat pour l’Egalité dans la décennie 1980 ; ce sont autant d’étapes qui ont hissé les Réunionnais à la responsabilité dans leur pays. Au cours de la période récente, cette évolution a pris une forme politique et institutionnelle, par le règlement d’égal à égal entre les représentants de La Réunion et les responsables français.

La Réunion dans la République : le partenariat Etat-Région

Les accords de Matignon conclus en 2007 ont été l’un des points culminants de cette transformation : sur la base d’un partenariat entre l’Etat et la Région, La Réunion obtenait des fonds d’un montant jamais atteint par le passé, dont l’utilisation devait transformer radicalement l’organisation du territoire réunionnais et leur vie quotidienne. D’un rapport de dominé à dominant, la relation entre les Réunionnais et les autorités centrales allait vers un échange fondé sur l’égalité et le respect mutuels.

L’UMP manque sa décolonisation

Le caractère décisif de cette évolution n’a échappé à personne. Didier Robert a lui-même entrepris de la singer, en créant “Objectif Réunion”, déchirant sa carte de l’UMP et proclamant très haut que “Paris” ne faisait pas la loi. Couplet repris par le chœur des Fouassin et des Lagourgue, qui assénaient eux aussi que désormais, la droite de La Réunion avait un mouvement qui pensait en Réunionnais et n’attendrait plus de “Paris” ses lettres de créances. Il suffit pourtant à “Paris” de pourvoir Didier Robert d’un poste au sein direction nationale pour mettre fin à la décolonisation de l’UMP réunionnaise.

Paris i komand minm

A l’approche des Régionales, la rencontre du promu et de Nicolas Sarkozy lors de la mémorable inauguration de la forêt de palmiers du Tampon a signifié le retour à une vieille habitude d’Etat : la nomination d’un candidat officiel, à la dévotion du pouvoir central. Grand perdant de cet arrangement, Jean-Paul Virapoullé en vint à son tour à se refaire une santé politique à coups de « Paris commande pa nous ». Le sénateur fit beaucoup de bruit pour pas grand-chose : à l’approche du second tour, il suivit comme les autres les consignes de l’UMP, et appela à voter pour un Didier Robert dont il dénonçait quelques jours auparavant la servilité envers la Métropole. “Paris”commandait donc bien Jean-Paul Virapoullé.

Deux pas en arrière

Le voyage de Didier Robert s’analyse aujourd’hui comme une régression : arrivé au pouvoir après plus d’une décennie passée à conquérir pied à pied un rapport de respect et d’égalité avec le centre, le nouveau Président de la Région s’en va faire allégeance à Nicolas Sarkozy. Pire encore : le but affirmé de sa visite est de supprimer le projet du Tram-train, obtenu par la majorité sortante sur la base du partenariat Etat-Région. Au recul des rapports entre les Réunionnais et la République s’ajoute une régression technique et sociale.

Geoffroy Géraud-Legros


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