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Didier Robert : beaucoup de bruit pour rien

Bilan d’un premier mois de mandature à la Région

Geoffroy Géraud-Legros / 26 avril 2010

En remplacement des grands travaux lancés par la majorité sortante, Didier Robert avait annoncé toute une série de mesures ambitieuses pendant la campagne des Régionales : bus par milliers, démarrage immédiat de chantiers routiers, cases à terre pour tout le monde, distributions diverses, etc.
Il y a un mois que la nouvelle présidence UMP est entrée en fonction. Un mois au cours duquel les bruitages de la communication ont essayé de couvrir les destructions bien réelles des projets de développement et le sur-place qui les accompagne dans la mise en œuvre des promesses de campagne.

« Immédiatement », « au plus vite », « répondre à l’urgence », « tout de suite »… Le langage de la rapidité, de l’efficacité et de la performance est au cœur de la communication de Didier Robert, où il va de pair avec l’énormité des promesses. Trois mois avant le scrutin, lors du lancement de l’éphémère « union » le 13 décembre 2009, le candidat UMP annonçait qu’en mobilisant des moyens incomparables, il réglerait en un temps record les problèmes de La Réunion. On se souvient que Didier Robert balayait alors d’un revers de main les 2 milliards de crédits inscrits au Protocole de Matignon en vue de réaliser la route du Littoral et le tram-train, et se faisait fort d’obtenir immédiatement rien moins que 4 milliards pour mettre en œuvre son programme fondé sur le tout-automobile. Le déroulement de la campagne vit la multiplication des promesses et des assurances de rapidité dans la mise en œuvre du « changement ».
Un mois après son élection, le Président UMP de la Région Réunion est toujours en campagne électorale : occupation des médias, mise en scène des déplacements, Didier Robert met tout en œuvre pour produire une image d’efficacité et de dynamisme. But : faire oublier que la destruction des projets engagés par l’ancienne majorité ne s’accompagne pas de la rapidité d’action et des résultats immédiats promis. La complexité des dossiers, la difficulté du contexte et la composition hétéroclite de l’équipe ont eu vite fait de rappeler Didier Robert à la réalité.

Couacs et ralentissements institutionnels

Sur le plan institutionnel, le « changement » annoncé a pris la forme immédiate d’un ralentissement et une perte d’efficacité. Alors que l’ancienne majorité n’avait mis que quatre jours pour composer les commissions, il a fallu près d’un mois aux nouveaux élus pour s’acquitter de cette tâche. Selon une source proche de la Direction régionale, ces retards seraient dus autant aux graves déficits de compétences de nombreux membres d’une équipe qui n’était pas destinée à arriver au pouvoir qu’aux ambitions démesurées de certains d’entre eux, dont Fabienne Couapel-Sauret, d’ores et déjà réputée « ingérable » parmi ses collègues. Selon le même informateur, ces lenteurs ont déjà des répercussions sur de nombreux dossiers, mis hors délais par les dysfonctionnements de la nouvelle assemblée.

Après les promesses, le sur-place

Face à l’opinion, le nouveau président de Région s’est employé à donner le maximum de retentissement aux déplacements qu’il a effectués dans la capitale. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose : parti deux fois en un seul mois à la rencontre de Nicolas Sarkozy et de François Fillon dans le but d’amputer les Accords de Matignon du volet “Chemin de fer”, Didier Robert n’a rien rapporté de concret de ces entrevues au sommet de l’Etat. Reçu à l’Elysée le 1er avril, il a dû se contenter de congratulations politiciennes, d’un dîner d’une vingtaine de minutes et d’une promesse de rencontre formulée entre la poire et le fromage. De retour à Paris deux semaines plus tard, le Premier adjoint du Tampon n’a pas vraiment été plus efficace. Fidèle à sa ligne de communication à outrance, il n’a pourtant pas manqué de transformer en évènement médiatique un voyage dont il est retourné sans détenir d’engagement signé, ni de véritable assurance. Quelques jours plus tard, le groupe Tram-tiss chargé de la construction du chemin de fer réunionnais rappelait le président de la Région aux obligations minimales dans les relations contractuelles, menaçant la nouvelle Direction régionale de pénalités astronomiques en cas d’arrêt du tram-train.

La communication, écran de fumée

En un mois, celui qui prétendait aller plus vite que tous les impératifs politiques et techniques n’a finalement posé que des actes négatifs : effacement des archives web de la Région ; ruine d’un projet culturel de grande envergure avec l’abandon de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) ; dépenses supplémentaires au profit de l’Etat dans le domaine de la continuité territorial. Gravement menacée sur le plan économique par l’arrêt des grands travaux, appauvrie culturellement, La Réunion ne s’est pour l’instant enrichie que de shows médiatiques à répétition et d’un projet pharaonique de viaduc marin ; il y a belle lurette qu’on ne parle plus des 4 milliards, et malgré les effets d’annonces à répétition, on ne voit guère venir les 2.000 bus promis. En revanche, l’écran de fumée de Didier Robert ne suffit guère à dissimuler les faillites et les bonds bien réels du chômage et de la précarité.

Geoffroy Géraud-Legros


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