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Didier Robert contre la liberté de la presse

Le Conseil régional de La Réunion gravement discrédité par les dérives de son président

Manuel Marchal / 14 novembre 2011

En France, des campagnes sont souvent menées pour défendre la liberté de la presse. À La Réunion, les actes de Didier Robert montrent qu’il correspond tout à fait aux critères décrivant les adversaires de la liberté de presse. La conséquence, c’est un grave discrédit jeté sur l’institution régionale par son président.

Dans l’édition de samedi de "Témoignages", il a été question de l’inauguration de la réhabilitation du restaurant "La Boucherie" en "Maison des grands chantiers". C’était le 25 octobre dernier.
Didier Robert avait décidé d’exclure "Témoignages" de cette rencontre entre notamment le président de la Région, le Préfet et la presse. Ce comportement n’est pas nouveau. L’événement, c’était que la décision de Didier Robert a également mouillé l’État. Son représentant était en effet présent à côté de l’adversaire le plus résolu de la liberté de la presse à La Réunion. Un comble lorsque l’on sait que l’un des arguments mis en avant par la République française pour soutenir le Printemps arabe, c’est justement la lutte pour la liberté d’expression, et donc pour la liberté de la presse.
Ce 25 octobre 2011, la Région avait même poussé le bouchon jusqu’à mettre des petits drapeaux de l’Europe sur la table, aux côtés du bleu-blanc-rouge. Si l’UE savait que son symbole était utilisé par une personne qui méprise l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, quelle serait sa réaction ?

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Sur cette photo du "Quotidien" du 26 octobre, un représentant de l’État et des drapeaux de l’Europe aux côtés d’un adversaire de la liberté de la presse. Les actes de Didier Robert discréditent la République et l’Europe qui placent la liberté des opinions au cœur de leurs stratégies diplomatiques.

Démocratie en danger

"Témoignages" a pourtant averti plusieurs fois l’institution de ces dérives. Dès le 16 avril 2010, un premier signalement a été fait. Le 14 mai 2010, devant la persistance de ces faits, "Témoignages" a demandé des explications. Sans réponse, notre journal a écrit en recommandé à Didier Robert le 19 mai 2010. Il a fallu que le 4 juin "Témoignages" publie une "une" dénonçant le retour de la censure, et que le boycott de notre journal par la Région soit évoqué au club de la presse pour que la collectivité nous invite comme les autres médias.
Cette accalmie a été de courte durée. Quelques semaines plus tard, Didier Robert laissait son naturel revenir au galop.
Depuis lors, "Témoignages" est systématiquement exclu de toute opération médiatique de la Région.
Ce comportement est un changement radical avec toutes les anciennes mandatures depuis la création de la Région en 1983. Jusqu’alors, les médias étaient alors invités sans sectarisme. La ligne de conduite était également de communiquer dans les trois quotidiens pour informer les Réunionnais sur les avancées des grands projets. C’était notamment l’objet de "Tamarins info", journal de 4 pages diffusé dans les trois quotidiens sous forme de publicité payante.
Mais ce respect des principes fondamentaux n’existe plus à la Région. Et sa direction n’hésite pas à recourir à la menace pour faire taire la presse qui ne lui plaît pas. Or, si le législateur a érigé la liberté de la presse en fondement de la démocratie, alors ne pas respecter cette liberté, c’est bien vouloir mettre la démocratie en danger.

Stratégie délibérée

La semaine dernière, un confrère a dit lui aussi être la cible de telles méthodes. Dans son dernier numéro, "Visu" déplore l’attitude de la directrice de communication de la Région : « parce qu’elle ne supporte pas certains écrits de la rédaction, Corine Peyron-Beaulieu a décidé de nous couper les vivres. En clair la collectivité régionale communique partout, sauf dans Visu, et la jeune femme en fait des gorges chaudes ». Philippe Peyre, rédacteur en chef de "Visu", affirme que « jamais, depuis mars 2010, je n’ai eu à traiter le moindre droit de réponse pour corriger une info erronée ». « Consciente que la crise économique fragilise tous les médias, Corine Peyron-Beaulieu veut nous faire plier », ajoute Philippe Peyre. Et de souligner qu’il n’est pas question de céder au chantage.
Il est clair qu’une simple chef de service d’une collectivité ne prend pas seule la responsabilité d’une telle initiative. Elle est forcément couverte pas son autorité hiérarchique suprême, c’est-à-dire le président de la Région, Didier Robert.
C’est donc une stratégie délibérée de la direction de la Région. Son objectif est d’utiliser des moyens de pression pour empêcher les médias de faire leur travail, celui d’informer l’opinion. Il s’agit donc d’œuvrer pour empêcher le peuple d’être au courant de ce qui a lieu réellement dans son pays. Didier Robert est donc digne de figurer dans le collimateur de tous les démocrates qui luttent pour faire respecter les droits élémentaires.

Manuel Marchal

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Après "Témoignages", c’est au tour de "Visu" d’être la cible de la Région. Il est évident qu’une simple chef de service de cette institution n’agirait pas de la sorte si elle n’était pas couverte par son président, Didier Robert.


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