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Didier Robert, démolisseur du tram-train, s’autoproclame expert-ès-transport aérien

Une illustration du sous-développement d’une partie de la classe politique

Manuel Marchal / 17 janvier 2012

Juste après s’être octroyé la présidence d’Air Austral, Didier Robert a affirmé qu’il va dicter une stratégie à la Direction opérationnelle de la compagnie. Jamais un président de Conseil de surveillance d’Air Austral ne s’était autoproclamé expert-ès-transports aérien. Avec le démolisseur du tram-train aux commandes, que va-t-il rester d’Air Austral dans quelques semaines ?

Des professionnels du transport aérien proposent une stratégie que le Conseil de surveillance valide, voilà le fonctionnement normal d’une compagnie aérienne. C’est ce fonctionnement qui a permis à Air Austral de devenir à La Réunion le premier créateur d’emplois dans ce secteur, bien loin devant les autres sociétés qui font se poser des avions ici. C’est ce qui a permis à la compagnie réunionnaise de devenir une fierté des Réunionnais, car aucun pays de 800.000 habitants n’a aujourd’hui une telle ouverture sur le monde.
Sous les présidences successives de Pierre Lagourgue et de Paul Vergès, une stricte séparation existait entre le Conseil de surveillance, émanation des actionnaires, et le Directoire, l’équipe de professionnels chargée de diriger Air Austral. Comme l’avait rappelé Paul Vergès le 26 décembre dernier, jamais un président d’Air Austral n’est intervenu auprès de la Direction opérationnelle pour faire embaucher quelqu’un, faire sanctionner un salarié, ou pour imposer des choix stratégiques.
Vendredi, lors de la conférence de presse suivant la prise de pouvoir de Didier Robert à la tête de la compagnie, ce dernier a affirmé que les méthodes vont changer. Il a dit que le 3 février prochain, il va donner une feuille de route à la Direction opérationnelle de la compagnie. Autrement dit, c’est un pro de la politique politicienne qui vient donner des leçons de stratégie à des professionnels de l’aérien qui ont fait entrer Air Austral dans le top 10 mondial. Il a déjà commencé sa manœuvre, car la presse a constaté que des personnes payées par la Région, et donc pas employées par Air Austral, se sont chargées de remettre aux journalistes la nouvelle liste des membres du Conseil de surveillance.
Ce très grave mélange des genres montre bien l’ampleur du sous-développement d’une partie de la classe politique réunionnaise.

Pourquoi pas à Air France ?

En France, la compagnie nationale est en crise. Mais qui pourrait imaginer que Nicolas Sarkozy décide de s’en octroyer la présidence pour dicter ses choix politiciens à la direction du groupe Air France-KLM ? Qui pourrait croire qu’un jour, la direction de la communication de l’Élysée donne aux journalistes la composition du Conseil de surveillance d’Air France-KLM ?
L’annonce d’une telle éventualité ne pourrait s’accompagner que de vives réactions. Non seulement tous les représentants des professionnels feraient part de leur indignation, quant à la presse, elle ne manquerait pas de dénoncer la catastrophe en perspective : un responsable politique s’autoproclame expert ès transport aérien et décide de dicter la stratégie à la Direction opérationnelle du groupe.
Mais, ce qui est impossible pour le chef de l’UMP en France est possible pour le représentant de Sarkozy à La Réunion. Et c’est donc une personne totalement incompétente dans le domaine du transport aérien qui vient s’autoproclamer meilleur spécialiste que ceux qui ont fait d’Air Austral une compagnie au top mondial. Tout le monde connaît le bilan de cet expert autoproclamé (voir encadré). Voilà qui n’est guère rassurant pour la pérennité d’Air Austral, compagnie réunionnaise.

Manuel Marchal 

Un bilan de démolisseur

Lorsque l’on connaît le bilan de Didier Robert en tant que décideur, il est évident qu’il va démolir la compagnie réunionnaise. Il n’a pas hésité à démolir le double-chantier Tram-train/route du Littoral avec les milliers d’emplois qui vont avec, il soutient la politique de Sarkozy qui a provoqué la casse de milliers d’emplois dans le BTP, et qui a brisé le développement prometteur du photovoltaïque. Avec pareil tableau de chasse, que vont peser les 900 emplois durables d’Air Austral face à un pareil démolisseur ?

Quant à sa vision stratégique, elle est manifestement de soutenir les concurrents d’Air Austral. Didier Robert n’a eu de cesse de s’afficher à leurs côtés. Chacun se souvient en particulier de sa participation à l’inauguration d’une agence d’Air Mauritius en Chine. Ce soutien est dans son intérêt, car le modèle de ces compagnies, ce sont des prix élevés qui sont prétextes à la distribution de subventions par la Région Réunion, les aides à la "continuité territoriale".

Il est évident que l’arrivée prochaine de l’Airbus A380 low cost donnera d’un coup plusieurs décennies d’avance à Air Austral, car avec cet avion, elle sera capable de vendre des billets d’avion 30% moins chers sans subvention.

Cette éventualité privera d’un coup Didier Robert d’un moyen de pression sur l’électorat, ce qui explique pourquoi il veut une "remise à plat" de l’A380. Ce sont quasiment les mêmes termes qu’il employait au sujet du tram-train, car il ne voulait pas dire à l’opinion que son objectif était de le démolir. Pourtant, les faits sont là, et c’est le propriétaire d’un bilan de démolisseur qui s’est octroyé la présidence d’Air Austral.


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