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Didier Robert doit des explications aux travailleurs et aux entrepreneurs poussés à la faillite

Après les révélations de "l’Express" sur GERRI, machine électorale au service de l’UMP

Manuel Marchal / 2 mars 2011

Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire "l’Express" publie pour son supplément régional un dossier sur le coup d’arrêt infligé aux projets permettant d’aller vers l’autonomie énergétique. Il est notamment question du GIP GERRI. Et c’est l’aveu : GERRI était le moyen de favoriser l’élection de Didier Robert à la Région. Didier Robert doit désormais des explications : aux travailleurs jetés au chômage, aux entrepreneurs poussés à la faillite, aux jeunes qui ont suivi des formations aujourd’hui sans débouché, à tous les militants du développement durable qui ont travaillé avec l’État et la Région dans GERRI, et à tous les citoyens-contribuables qui savent désormais qu’un projet piloté par l’État n’avait pour seul objectif que de servir à la victoire d’un membre du bureau politique de l’UMP à une élection régionale.

Dans le dossier que "l’Express" de cette semaine consacre à GERRI, une révélation : « le GIP avait été créé pour faire adhérer le Conseil régional à l’affaire tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre. Didier Robert ayant été élu, il paraît plus acceptable de lui laisser les mannettes » : cette confidence d’une « partie » impliquée dans GERRI sonne comme un aveu, voilà l’objectif du groupement d’intérêt public piloté par l’État. Lorsque l’on rapproche les faits de cette déclaration, il s’avère que GERRI était donc une machine électorale au service de l’UMP chargé de freiner tous les projets impulsés par la Région.
Lors de sa création, GERRI (Green energy revolution in Reunion Island) avait en effet suscité de nombreuses interrogations. Pourquoi l’État voulait-il faire un PRERURE-bis ? Il faut se souvenir qu’en 2008, cela faisait déjà 10 ans que la Région avait engagé une politique visant à concrétiser un mot d’ordre proclamé par son président Paul Vergès : l’autonomie énergétique de La Réunion en 2025. Pour atteindre cet objectif, plusieurs outils ont été mis en œuvre. Cela a été la création de l’Agence régionale de l’énergie Réunion (ARER). La création d’une industrie des énergies renouvelables à La Réunion a été soutenue par les pouvoirs publics sous l’impulsion de la Région.

Six ans après le PRERURE de la Région…

Puis en 2002, c’est la présentation du PRERURE, feuille de route vers l’autonomie énergétique en 2025 associant de nombreux partenaires.
À partir de là, une nouvelle industrie commence à émerger et les toits de La Réunion se couvrent de chauffe-eau solaires. Puis c’est au tour des centrales photovoltaïques de devenir une réalité. C’est la marche vers l’autonomie énergétique pour 2025, avec de nombreux projets dans les cartons : géothermie, énergie thermique marine, énergie des courants marins et de la houle, couverture de la route des Tamarins en panneaux photovoltaïques pour alimenter les voitures électriques, création du tram-train…
Les perspectives sont florissantes. Rassemblés au sein de TÉMERGIE, les professionnels des énergies renouvelables annoncent la création possible de 15.000 emplois à La Réunion.

L’aveu

C’est à ce moment que l’État présente le lancement de la préfiguration de GERRI, le 12 février 2008. Contrairement aux usages républicains en vigueur depuis l’entrée dans l’ère de la décentralisation, le rôle de l’État n’était pas d’accompagner la collectivité compétente en matière d’énergie. Pour faire court, il s’agissait de prendre la main sur tout ce qui a été fait par la Région et ses partenaires depuis près de 10 ans, et de packager le tout dans un projet "Réunion 2030" rebaptisé GERRI. Et l’objectif politique est clairement identifié : faire gagner les régionales à l’UMP par tous les moyens, quitte à abattre la politique de développement de La Réunion. C’est l’aveu fait par cette confidence à un journaliste de "l’Express" : « Le GIP avait été créé pour faire adhérer le Conseil régional à l’affaire tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre. Didier Robert ayant été élu, il paraît plus acceptable de lui laisser les mannettes »
On ne peut pas être plus clair. Ceci signifie également qu’un projet piloté depuis la préfecture servait donc les intérêts de l’UMP et de son candidat à la présidence de la Région. GERRI s’inscrivait dans cette stratégie d’affrontement institutionnel.

Coquille vide

À partir de là, il est facile de comprendre pourquoi GERRI est et restera une coquille vide. Car trois ans après la présentation de GERRI, les énergies renouvelables à La Réunion sont en crise. Si l’objectif de GERRI correspondait à l’ambition affichée, jamais un tel recul n’aurait dû avoir lieu. Et désormais, les Réunionnais sont à la merci des caprices des compagnies pétrolières et des importateurs de charbon, englués dans des embouteillages sans fin.
Puisque la clarification est faite sur le rôle de GERRI, son bénéficiaire Didier Robert doit désormais une explication à tous ceux qui ont investi dans le projet d’autonomie énergétique : les jeunes qui suivent ou ont suivi une formation désormais sans débouché, les travailleurs licenciés, les entreprises poussées à la faillite, les investisseurs qui ont vu fondre leur épargne, et la population qui avait l’espoir d’être libérée de la facture pétrolière.

Manuel Marchal


GERRI : une machine au service d’une élection

Voici l’extrait révélateur du dossier de "l’Express" :

« Le sort du GIP GERRI illustre très concrètement cette situation en trompe-l’œil. Le groupement d’intérêt public n’a toujours pas de président ni de bureau ou de secrétariat, encore moins de budgets. Une coquille vide ! Jean Ballandras sur le départ a du mal à cacher son amertume.
Pour sauver GERRI, puisque l’État est aux abonnés absents, l’idée consiste aujourd’hui à confier le bébé à la Région. Confidence d’une des parties : « le GIP avait été créé pour faire adhérer le Conseil régional à l’affaire tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre. Didier Robert ayant été élu, il paraît plus acceptable de lui laisser les manettes ».
Evidemment, le nouveau président de la Région ne s’est pas fait prier ».


Jean Ballandras « sur le départ »

"L’Express" publie un dossier révélant les dessous de GERRI. Notre confrère écrit que le porteur de ce projet à la Préfecture, le secrétaire général pour les affaires régionales Jean Ballandras « sur le départ, a du mal à cacher son amertume ». Il est pour le moins inhabituel qu’un haut fonctionnaire laisse apparaître publiquement des sentiments. Si "l’Express" dit vrai, quelle sera alors la prochaine responsabilité exercée par le futur ancien SGAR de la préfecture de La Réunion ?


Une faillite organisée par l’UMP contre l’intérêt du peuple réunionnais

Depuis la création de GERRI, tout ce qui a été mis en œuvre pour favoriser le développement du peuple réunionnais a été freiné puis démoli par l’UMP.

La phase de progrès avant GERRI :

- 1999 : lors du colloque organisé par le syndicat des Énergies Renouvelables au siège de l’UNESCO, la Région Réunion lance le défi : une autonomie énergétique de l’île, à l’horizon 2025.

- 2000 : la Région crée I’ARER (Agence Régionale de l’Énergie Réunion) : elle centralise les informations. Son dynamisme est reconnu tant en Europe que dans la zone.

- 2002 : la Région élabore le PRERURE (Plan Régional des Énergies Renouvelables et de l’utilisation Rationnelle de l’Énergie).

- 2002 : lancement avec 9 cosignataires de la démarche « Agenda 21 de La Réunion ».

- 2005 : la Région Réunion accueille la réunion des experts du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat)

- 2005 : lors du Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de la COI, la Région Réunion initie en partenariat avec l’ONERC un programme d’adaptation aux changements climatiques pour les îles de la zone.

- 2007 : les deux premières fermes photovoltaïques, situées au Port et à Saint-Pierre, sont mises en fonctionnement ; la première ferme éolienne est livrée à Sainte Suzanne.

- 2007 : Lors des 3 rencontres réunionnaises du développement durable (en février), un protocole d’accord a été établi entre la Région Réunion et I’ONERC (Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique) pour l’élaboration d’un plan climat régional.

- 2008 : dans le cadre du partenariat engagé entre la Région Réunion, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et I’ONERC, la Région accueille une conférence internationale rassemblant l’ensemble des iles de l’Union Européenne (RUP et PTOM), relative à la double problématique du changement climatique et de la préservation de la biodiversité.

La phase de démolition après le lancement de GERRI :

- 2008 : création de GERRI piloté par l’État.

- 2010 : élection de Didier Robert à la présidence de la Région

- 2010 : la Région arrête la géothermie.

- 2010 : GERRI confié à la Région.

- 2010 : remise en cause des projets sur les énergies de la mer.

- 2010 : EDF annonce son intention d’importer deux turbines au fuel à La Réunion.

- 2010 : arrêt de la construction de centrales photovoltaïques.

- 2010 : diminution de 20% des poses de chauffe-eau solaires.

- 2011 : le prix des carburants atteint un pic sans précédent.


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