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Didier Robert : « la Région et l’Etat vont dans la même direction en termes de politique économique »

Derrière la com’, un incroyable acte d’allégeance à la politique de casse sociale

Manuel Marchal / 22 septembre 2010

« Pour la première fois, la Région et l’Etat vont dans la même direction en termes de politique économique » : voici la déclaration faite hier par Didier Robert dans les colonnes du "JIR" à la suite de son entrevue avec François Baroin, ministre du Budget. Pour la première fois, le président de la Région affirme qu’il est un exécutant des décisions du gouvernement. Mais pouvait-on attendre moins d’un membre du bureau politique de l’UMP ? Tous ceux qui vivent une situation économique catastrophique ne manqueront pas de tirer les leçons de propos d’une telle franchise.

Après l’île Maurice, c’est à Paris que Didier Robert a donné rendez-vous à la presse à l’occasion d’une rencontre lundi avec François Baroin, le ministre du Budget. Cette rencontre a lieu dans un contexte particulier.
Dans "Les Echos" du 9 septembre, François Baroin a assuré que les subventions de l’État à l’investissement via la défiscalisation ne verront pas leurs règles changer : « La remise en cause de la défiscalisation en Outre-mer serait un désastre économique pour ces territoires et nous avons pris des engagements vis-à-vis de l’Outre-mer qui ne seront pas remis en cause ».
C’est à ce moment qu’il est acquis que la rencontre de lundi aura lieu. Car à en croire "Le Quotidien" du 16 septembre, « Didier Robert affirme qu’il avait envisagé d’annuler son entretien avec François Baroin lundi, satisfait de la mise au point de ce dernier sur le non-rabotage de la défiscalisation outre-mer ».

La récréation est finie

Mais, entre temps, le 15 septembre, dans les colonnes du "Figaro", Christine Lagarde, ministre de l’Économie, contredit François Baroin. Elle annonce que 4 dispositifs concernant l’investissement outre-mer vont être rabotés de 10% : « les niches concernant l’investissement locatif et productif outre-mer seront bien rabotées de 10%. Concrètement, cela signifie que le taux de réduction d’impôt de 60% passera à 54%, celui de 50% à 45%, etc ».
Le lendemain, Didier Robert fait donc sa sortie virulente dans les colonnes du "Quotidien", annonçant qu’il veut « combattre Lagarde ».
Mais voilà, le vendredi, François Baroin annonce qu’il soutient la position de sa collègue, et confirme donc le coup de rabot de 10%. Mais alors pourquoi Didier Robert a-t-il maintenu ce rendez-vous puisque le ministre du Budget venait de revenir sur sa « mise au point sur le non-rabotage de la défiscalisation outre-mer » ? Tout simplement parce que la défense de l’investissement à La Réunion n’est pas son problème, puisque « la Région et l’Etat vont dans la même direction en termes de politique économique ». Il s’agit avant tout pour lui de faire un acte d’allégeance après ses propos virulents contre un membre du gouvernement.
Ces propos étaient une réaction non pas aux menaces sur le financement de l’investissement, mais à la création du Haut Conseil de la commande publique présidé par Margie Sudre, que Didier Robert avait pourtant exclue du Conseil régional. Mais devant le champ de ruines qui résulte de la politique menée par la nouvelle Direction de la Région, Paris a décidé de siffler la fin de la récréation.
Le gouvernement a donc décidé de rétrograder Didier Robert au rang d’un simple maire, devant, comme les autres, rendre des comptes à Margie Sudre sur la mobilisation des fonds publics destinés à l’investissement. La présentation des restrictions budgétaires par la ministre de l’Économie a été alors le prétexte choisi pour tancer le gouvernement en espérant utiliser la rencontre avec François Baroin pour mieux le diviser. Mais la volte-face de ce dernier a changé la donne, et c’est la corde au cou que Didier Robert a dû venir faire amende honorable. Et avec son acte d’allégeance, il est de retour au bercail.

Un exécutant

Dans les propos tenus à la sortie de cette rencontre, il confirme tout ce que "Témoignages" annonçait depuis longtemps, à savoir qu’il n’est qu’un simple exécutant des décisions prises par le gouvernement. Mais que peut-on attendre de moins venant d’un membre du bureau politique de l’UMP ?
Nombreux sont ceux qui vivent une situation économique catastrophique, c’est à eux de tirer les leçons d’une telle franchise.
Car quand le gouvernement met en difficulté la défiscalisation, Didier Robert vote pour. Quand le gouvernement casse l’investissement dans le logement, le président de la Région est d’accord. Quand Paris décide de donner un coup d’arrêt à la dynamique des énergies renouvelables, il ne bronche pas. Et quand le gouvernement refuse de financer la continuité territoriale et demande à la Région de le faire, Didier Robert s’empresse de signer une déclaration d’intention au nom de la collectivité.
La situation est tellement critique que même René-Paul Victoria a fait part à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire à Paris, de son exaspération. Mais quand il est à Paris, Didier Robert ne prend pas de telles positions. Au contraire, il est fidèle au rôle qui lui est attribué en tant que membre du bureau politique de l’UMP : être l’exécutant zélé de la politique du gouvernement, quel que soit le prix à payer par la population réunionnaise.

Manuel Marchal


Une explication à l’effacement des archives de la Région

Si l’on suit le raisonnement du président de la Région, quand Dominique de Villepin, Premier ministre, a signé au nom de l’État le Protocole de Matignon avec Paul Vergès, président de la Région, l’État et la Région n’étaient pas d’accord sur la politique économique. Pourtant, un document signifiant un engagement de plus de 2 milliards d’euros, valeur 2007, a été signé devant les caméras de télévision.
Un mois plus tard, c’est Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et candidat à la Présidentielle, qui est venu spécialement à La Réunion pour signer le même document, qui plus est au siège de la Région. Là aussi, cette signature engageant l’État dans le co-financement de deux projets pour plus de 2 milliards d’euros serait donc, selon Didier Robert, une illustration d’un désaccord sur le fond.
C’était en effet plus de trois ans avant que Didier Robert déclare : « pour la première fois, la Région et l’Etat vont dans la même direction en termes de politique économique ». Cela explique sans doute pourquoi Didier Robert a ordonné d’effacer tout ce qui concerne le Protocole de Matignon des archives de la Région. Il croit que ceci étant fait, il puisse être autorisé désormais à raconter n’importe quoi.
Mais il est un fait auquel Didier Robert ne peut échapper. Depuis que « la Région et l’Etat vont dans la même direction en termes de politique économique », aucun protocole de financement concernant des grands chantiers n’a été signé, tout est arrêté, et les Réunionnais sont submergés de publicités mensongères. Deux projets engageant l’État, et qui devaient créer des milliers d’emplois à La Réunion, ont été arrêtés : le tram-train et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Quant à la route du littoral, il y a peu de chance que le premier coup de pioche du chantier puisse être donné d’ici la fin du mandat du président de la Région. Où sont les 3 milliards d’euros investis en 4 ans ? Où sont les 320 millions engagés depuis le mois de mars ?
Ce qui signifie bien que le travail de Didier Robert, c’est d’appliquer des décisions prises à Paris et qui conduisent à l’effondrement de l’économie réunionnaise. Voilà où se situe l’accord sur la politique économique.


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