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Didier Robert-Paulet Payet : les raisons de la discorde

Le Tampon

Geoffroy Géraud-Legros / 5 avril 2011

Principal stratège de l’UMP lors des élections cantonales, le président de la Région sort affaibli de la défaite enregistrée par son camp le 27 mars dernier... et part à la recherche de boucs émissaires.

On savait que depuis un certain temps, des tensions se faisaient jour entre le maire du Tampon Paulet Payet et son prédécesseur Didier Robert, devenu premier adjoint. A cette "nouvelle" responsabilité au Tampon, l’ancien premier magistrat ajoute celle de président de la Région, de président de la Communauté d’agglomérations du Sud (CASUD), de président de la SPLA Maraïna, sans compter les représentations diverses et un poste au bureau national de l’UMP, qui le conduit très régulièrement à Paris.

Défaite au Tampon

Ces responsabilités pléthoriques n’empêchent pourtant guère Didier Robert de s’immiscer en permanence dans la gestion de la commune. Une omniprésence mal supportée par Paulet Payet, qui héritait de surcroît des déficits creusés par son prédécesseur depuis le « coup de force » de ce dernier contre André Thien Ah Koon en 2006. C’est ce même André Thien Ah Koon qui est aujourd’hui au centre de la discorde qui éclate au grand jour entre Paulet Payet et Didier Robert : avec près de 69% des suffrages, l’ancien élu évincé par Didier Robert confirme son retour en force sur la commune du Tampon. La victoire aisée du socialiste Jean-Jacques Vlody dans le 4ème canton est elle aussi source d’inquiétude pour le président de la Région, dont les assises locales paraissent plus que vacillantes à l’issue de la consultation du 27 mars dernier.

Affichage clientéliste

L’analyse développée mardi dernier par Didier Robert impute à Paulet Payet une part conséquente de la responsabilité de la défaite tamponnaise. Outre des affaires de placement assez opaques — M. Robert n’apprécierait guère la directrice générale des services en fonction —, l’ancien maire reproche à son successeur son manque de diligence dans la réalisation de travaux sur la commune du Tampon, à laquelle la Région a, rappelle-t-il, fait passer une somme rondelette dans la perspective du scrutin.
Cette déclaration, rapportée par notre confrère “Le Quotidien”, met une fois encore en lumière les conceptions empreintes de clientélisme développées par le président de la Région en matière électorale. Des pratiques qui tranchent avec la mandature passée, au cours de laquelle les moyens mis à disposition des communes par l’institution régionale étaient strictement indexés sur la stratégie de développement, sans que des considérations d’opportunité électorale n’interviennent dans les choix d’affectation des fonds. Ainsi, ce sont précisément Le Tampon et Sainte-Marie, alors dans l’opposition à la majorité régionale, qui ont le plus bénéficié de l’intervention régionale au cours de la mandature Vergès (2004-2010).
A l’observation, les reproches adressés par le premier adjoint du Tampon à “son” maire ne paraissent guère suffisants pour expliquer la défaite de La Réunion en Confiance.

Stratégie perdante et critique des pairs

Didier Robert a publiquement endossé l’uniforme de stratège au cours de cette campagne : au Tampon comme ailleurs, c’est lui qui a auditionné, choisi et fait ratifier les candidatures par les instances du parti sarkoziste... une discipline qui n’a d’ailleurs pas été du goût de tous, et laisse des plaies ouvertes au sein de l’UMP réunionnaise. Presque partout, les candidats de Didier Robert ont été défaits : de mauvais résultats qui interpellent nécessairement les choix individuels et tactiques opérés par l’ancien maire du Tampon, qui comptait visiblement sur cette campagne pour s’affirmer en tant que leader incontesté de la droite réunionnaise... ou, à tout le moins, espérait établir durablement sa position de chef. L’issue du scrutin attestant d’un courant inverse, M. Robert tente d’enrayer la baisse de légitimité qui le frappe au sein de son propre camp en faisant endosser à ses collaborateurs la responsabilité d’un échec qui pourrait bien saper sa position pour les échéances futures. L’avenir dira de quelle manière ces critiques sont acceptées par leurs destinataires.

Geoffroy Géraud-Legros


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