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Didier Robert, stratège coûteux

Élections régionales

Geoffroy Géraud-Legros / 13 mars 2010

Depuis son accession à la Mairie du Tampon, Didier Robert s’est imposé comme stratège de la Droite réunionnaise. Ce parcours a été marqué par des cahin-caha dans le rapport à Paris, et surtout par une série d’échecs sur le terrain électoral.

En mars 2007, un coup de force échouait lamentablement au Conseil général. Sans en expliciter les raisons, Didier Robert dirigeait l’assaut, Jean-Louis Lagourgue en tête, contre la présidente de l’Assemblée départementale, Nassimah Dindar. L’échec fut cuisant : le 23 mars, la présidente se maintenait à la tête d’une majorité renouvelée. Didier Robert, pourtant, ne fit pas son examen de conscience. Prenant à partie la Direction centrale de l’UMP, il rassemblait les protagonistes sur une ligne de rupture avec Paris : Objectif Réunion était né. Les buts de cette association de putschistes déçus : refonder une Droite radicale en-dehors de toute tutelle centrale. « Paris commande pa nous » : telle aurait pu être, avant l’heure, la devise de ce nouveau mouvement. Après quelques mois, Didier Robert retrouvait un certain goût au joug parisien. En échange d’une place aux instances nationales de l’UMP, le député-maire du Tampon réintégrait l’UMP. Malgré ce retour en grâce, le député-maire s’employa à couler les États-généraux de l’Outre-mer, pourtant initiés par un président de la République UMP comme lui. Dès le lancement de cette grande consultation, Didier Robert interdit autoritairement aux membres d’Objectif Réunion d’y participer… sous peine — déjà — d’être exclus de la liste qu’il mènerait aux Régionales.

Le prix de la défaite

Entre août et octobre, l’annulation de quatre élections — trois Municipales et une Cantonale — permit à Didier Robert d’étendre son contrôle : s’imposant comme stratège des élections auprès de Paris, il parvint à imposer ses vues aux dépens d’autres chefs de la Droite réunionnaise, dont Jean-Paul Virapoullé. Il pesa particulièrement pour imposer Alain Bénard avec l’aide d’émissaires parisiens, Éric Raoult et Jean Simonetti, au grand déplaisir de l’ancien maire de Saint-André. Cette orientation de campagne s’est avérée fort coûteuse pour l’UMP : immédiatement, la Droite perdait les batailles de Saint-Paul, Saint-Louis, Saint-Leu. En aval, elle portait le germe de l’explosion de la Droite, consacrée par le départ de Jean-Paul Virapoullé de la liste d’« Union » proclamée le 13 décembre dernier.
Le 6 novembre, date de la restitution des États-généraux par le Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM), marque un nouveau stade dans le parcours de Didier Robert. À la suite du discours présidentiel, on aurait pu attendre du député-maire du Tampon qu’il applique les recommandations d’un président dont, depuis son retour à l’UMP, il reconnaissait à nouveau l’autorité. Il n’en fut rien.

La victoire de l’UMP coûterait 2 milliards aux Réunionnais

Immédiatement après son retour de l’Elysée, le fondateur d’Objectif Réunion réunissait ses troupes et s’en prenait violemment à la politique de la Région, pourtant largement validée par le CIOM dans le domaine du développement durable. Didier Robert opérait donc le choix de la radicalité à droite, et s’imposait auprès de Paris par une opposition sans concession aux grands projets.
C’est de ce parcours que vient la stratégie qui consiste à mettre le tram-train et les grands projets en première ligne de la campagne. Si elle atteignait son but, cette stratégie de promotion personnelle coûterait aux Réunionnais leur développement et leur seule chance de répondre à la crise. En refusant le tram-train, Didier Robert et son double rival Jean-Paul Virapoullé se proposent en effet d’abandonner 2 milliards et 200 millions d’euros de crédits obtenus par un accord entre Paul Vergès et Dominique de Villepin en 2007, paraphé de surcroît par Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidence de la République. Ainsi, en pleine période de crise, alors que l’État racle le fond de ses tiroirs, le député-maire du Tampon se fait valoir auprès de Paris comme celui qui pourrait, en sacrifiant les grands projets, faire économiser plus de 2 milliards au Gouvernement. En orientant la bataille et en poussant à l’affrontement à Paris comme à La Réunion, Didier Robert, stratège exorbitant, a coûté à son camp la crédibilité, la victoire aux partielles, et lui coûtera sans doute les élections régionales.

Geoffroy Géraud-Legros


L’UMP brouillée par les luttes de personnes

À l’UMP, la répartition des places semble plus obéir au bon vouloir des chefs qu’à des considérations véritablement politiques — pour ne rien dire du souci de l’intérêt général, dont il n’est même pas question du côté des Robert, Virapoullé et consorts.
Ainsi, Didier Robert a mis les attaques contre le tram-train au centre de sa campagne. On comprend donc qu’il ait exclu Roland Hoarau, conseiller général et premier adjoint au Maire de Saint-Pierre : celui-ci, soucieux des intérêts du Sud, n’avait-il pas commis le crime de voter en faveur de ce projet ? Comment, en revanche, expliquer la présence en position éligible de Jean-Louis Lagourgue, qui louait hier encore le tram-train et saluait le Protocole de Matignon ? À l’inverse, pour quelle raison Didier Robert a-t-il exclu sans ménagement Thierry Sam-Chit-Chong, pourtant adversaire du tram-train et pilier de la ligne d’affrontement dictée par le député-maire du Tampon lui-même ?

G.G-L


Quel programme ? Du côté socialiste, la clarification n’a pas eu lieu

Jeudi, les ténors du PS réunionnais ont réuni la presse à l’hôtel Le Saint-Denis. Après un sobre exposé de Gilbert Annette, Érika Bareigts a défini ce qu’elle considère comme « le point central » du programme du PS : un plan pour l’éducation dont elle a souligné l’ampleur « historique ».
Prenant la suite, Jean-Jacques Vlody assurait quant à lui que le « logement » serait au cœur de l’action du PS en cas de victoire.
Après avoir affirmé que la « route du Littoral se ferait », il a donc annoncé la construction d’une « voie rapide Saint-Benoît-Saint-Pierre » par les Plaines, omettant malheureusement de préciser quels financements seraient mobilisés pour accomplir cette prouesse technologique… et renforçant l’impression de “bricolage” du programme.
Prenant la suite de ses camarades, Michel Vergoz y est allé lui aussi de son « point central ». À cela, affirmant la volonté de mettre la « route du Littoral » « au centre » de la politique régionale, et son intention de le démarrer « immédiatement » après sa victoire. Quid des études toujours en cours ? Mystère…
Tout cela n’arrive pas à faire oublier l’essentiel : l’opposition de la liste socialiste au tram-train dès le début de la campagne. Cet alignement sur la position des listes de droite n’a pas fini de troubler, et la dernière conférence de presse tenue jeudi n’a pas permis de clarifier la situation.


Le soutien de Mongin fait une belle jambe à Arnachellum

Joël Mongin l’a déclaré hier à sa manière très personnelle : pour lui, Johnny Arnachellum est l’homme de la situation. Voilà qui fait une belle jambe à Johnny Arnachellum, qui n’a pas pu compter sur le soutien du transporteur pendant sa campagne. Car s’il disait soutenir son collègue, Joël Mongin ne s’est guère manifesté à ses côtés ces derniers temps, préférant papillonner entre les candidats, allant jusqu’à jouer les parrains de liste auprès de Jean-Paul Virapoullé… sans doute pour bénéficier à peu de frais d’un accès aux caméras. Face à la déroute pressentie des “gros” candidats auprès desquels il s’affichait, Joël Mongin ne voit-il pas plutôt en Johnny Arnachellum l’occasion de tirer son épingle du jeu à la dernière minute ?

G. G-L


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