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Droit à la dotation ferroviaire : la dignité des Réunionnais ne se discute pas

Nou lé pa plis, nou lé pa moin, respèkt anou

Manuel Marchal / 9 juin 2010

En 1986, Jean-Paul Virapoullé avait dit au gouvernement de repousser l’égalité et de donner la parité. 24 ans plus tard, c’est un autre parlementaire réunionnais qui dit au gouvernement que les Réunionnais n’ont pas droit, comme les autres régions de France, à un tram-train et à la dotation ferroviaire qui va avec. Dans les deux cas, c’est un argument financier qui est utilisé. Mais comme Jean-Paul Virapoullé, Didier Robert sera battu. Et tout comme l’égalité sociale, l’égalité collective sera conquise et un argument fondamentalement raciste sera à nouveau battu.

Le refus de la dotation ferroviaire a fait réagir Paul Vergès. Lors de la dernière conférence de presse de l’Alliance, il a évoqué la bataille pour l’égalité. La dignité des Réunionnais ne se discute pas, elle est ou elle n’est pas. En France, toutes les régions ont droit à une dotation ferroviaire. La demande de La Réunion est l’application de cette égalité collective à partir de la date de mise en service du tram-train. L’argument invoqué pour refuser est d’ordre financier, tout comme l’égalité sociale. Mais justement, cet argument ne tient pas, car l’égalité sociale, c’est dix fois le montant de la dotation ferroviaire. Et comme lors de la bataille pour l’égalité sociale, il se trouve des élus réunionnais qui vont à l’encontre du respect du principe de l’égalité collective.
En effet, 750 millions d’euros au moins rien que pour les prestations et minima sociaux : c’est la somme qui aurait été économisée sur le dos des Réunionnais en 2008 si la parité voulue par Jean-Paul Virapoullé et entérinée par une loi en 1986 avait triomphée. En effet, en 1986, la parité prévoyait de donner à un Réunionnais la moitié des prestations sociales auxquelles avait droit un travailleur de France, quand cette prestation était versée à La Réunion…
Mais c’est l’égalité sociale qui a été obtenue. Résultat, au lieu de 750 millions d’euros, les Réunionnais ont eu droit en 2008 à 1,5 milliard d’euros. Ce sont donc 750 millions d’euros supplémentaires qui ont été injectés en 2008 dans l’économie réunionnaise. C’est un acquis que personne aujourd’hui ne veut officiellement remettre en cause, et pourtant il est le résultat d’une longue lutte.
La parité demandée par Jean-Paul Virapoullé et votée par le gouvernement dans la loi-programme de 1987 voulait enterrer le droit des Réunionnais à l’égalité inscrit dans la loi du 19 mars 1946, qui devait être effectif dès le 1er janvier 1947.

L’égalité sociale obtenue

Pour refuser aux Réunionnais l’égalité, ce sont des arguments financiers qui ont été opposés. Mais dans le budget global du quatrième pays le plus riche du monde, l’application de l’égalité est loin de représenter un effort insurmontable. Cela explique pourquoi en 1986, la parité a été combattue sur le plan d’un principe : c’est une loi raciste qui fait du Réunionnais un inférieur au sein de la République.
Le vote de cette loi a provoqué un événement considérable : la démission de Paul Vergès et d’Élie Hoarau de leur mandat de député. Et c’est toujours pour faire respecter le principe de l’égalité que Laurent Vergès a prononcé à l’Assemblée nationale cette phrase restée célèbre lors de la discussion sur la création du RMI : « nou lé pa plis, nou lé pa moin, respèkt anou ».
Quelques années après cette démission, l’égalité sociale allait enfin être appliquée. Sans cela, ce sont des centaines de millions d’euros qui seraient retirés chaque année aux travailleurs les plus pauvres. Comment feraient-ils aujourd’hui pour survivre sans l’égalité sociale avec un coût de la vie aussi cher ?
Aujourd’hui, c’est une nouvelle bataille qui commence. Pour la réalisation du tram-train, l’application de l’égalité collective représente 80 millions d’euros. C’est près de 10 fois moins que ce que les Réunionnais ont obtenu en faisant triompher l’égalité sociale. Cette égalité sociale a été obtenue au bout de 50 ans de luttes, nourris par l’histoire de ce combat, les Réunionnais ont l’expérience pour eux. Cela veut dire qu’il ne faudra pas attendre 50 ans pour avoir droit à cette égalité collective.

Manuel Marchal

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En 1990, le SMIC à La Réunion était plus de 20% inférieur au salaire minimal versé en France.
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Le mot d’ordre lancé par Laurent Vergès est plus que jamais d’actualité : « nou lé pa plis, nou lé pa moin, respèkt anou ».


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