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Egalité réelle : le gouvernement veut-il continuer les mêmes erreurs que depuis 70 ans ?

Intervention d’Ary Yée Chong Tchi Kan au rassemblement du PCR Sainte-Suzanne

Manuel Marchal / 5 septembre 2016

Ary Yée Chong Tchi Kan a donné hier le point de vue sur le projet de loi d’égalité réelle présenté par le gouvernement le 3 août dernier. Il sera débattu à l’Assemblée nationale à partir du 3 octobre. Pour le PCR, ce texte ne contient pas d’analyse des causes de la crise et reprend la même orientation d’intégration qui a conduit à la situation qui fait de La Réunion un département socialement hors-norme.

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Ary Yée Chong Tchi Kan, co-secrétaire général du PCR.

Ary Yée Chong Tchi Kan a commencé par rappeler quelques chiffres. La Réunion compte près de 180.000 demandeurs d’emploi, le taux de chômage est proche de 30 %, près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la liste des demandeurs de logement social compte 30.000 inscrits, et près de 120.000 Réunionnais sont touchés par l’illettrisme.

Ces chiffres font dire à l’INSEE que La Réunion est un département « socialement hors-norme », et que notre île détient le record des inégalités.

Deux événements vont aggraver cette situation. La crise de la canne à sucre menace 18.000 emplois à cause de la suppression du quota sucrier et du prix garanti l’année prochaine. Les accords de partenariat économique (APE) ouvrent la voie à des exportations vers l’Union européenne, et donc vers La Réunion, de tous les produits venant des pays de notre région. « Tous les secteurs sont menacés ».

Pourquoi 70 ans après le vote de la loi du 19 mars 1946 en est-on arrivé à cette situation ? « Cette analyse n’est pas dans le projet de loi égalité réelle, le risque est de reproduire la même politique dans une nouvelle loi ».

Quelle égalité ?

Car pour le PCR, la crise actuelle est le « résultat d’une politique d’intégration ». Le co-secrétaire général du PCR cite trois décisions qui ont marqué cette orientation.

« Le 1er janvier 1947, le gouvernement considère que la vie est plus chère qu’en France. Il donne un complément aux fonctionnaires mais pas aux autres. C’est la création de l’inégalité, de l’apartheid social ».

La seconde décision est « la destruction du chemin de fer ». Cela a mis « des milliers de travailleurs au chômage » et ouvert la voie au tout-automobile avec en moyenne l’importation de 25.000 véhicules par mois. Cet achat de voitures coûte 400 millions d’euros par an, alors que l’importation de carburant s’élève à 600 millions d’euros. Les Réunionnais consacrent donc chaque année 1 milliard d’euros à ces dépenses.

Enfin, l’implantation de monopoles dans la grande distribution siphonne les revenus des Réunionnais.

Le projet de loi égalité réelle prévoit l’égalité dans 20 ans. Or, cet objectif n’a pas été réalisé au cours des 70 dernières années. « On peut en douter, car les objectifs sont considérables ». Et de quelle égalité parle-t-on ?

L’égalité des prix avec la France passe par une véritable continuité territoriale. Qui prendra en charge le coût du transport des marchandises ?

400.000 personnes sont en dessous du seuil de pauvreté. Combien coûtera la mise au niveau de vie français de ces 400.000 personnes ?

Des manques

Ary Yée Chong Tchi Kan a noté que le projet de loi sur l’égalité réelle est un projet d’intégration, qui ne dit rien sur le changement climatique, la démographie et la mondialisation. « Le gouvernement ne tient pas compte des leçons de ces 70 dernières années ». Le projet de loi reste silencieux sur les inégalités.

Le co-secrétaire général du PCR a rappelé la lettre envoyée par Paul Vergès au président de la République, dans laquelle il fait part de son analyse, et la réponse de François Hollande indiquant que ses remarques seront prises en compte. « Le projet de loi sera-t-il modifié ? »

Et de conclure en revenant sur la contribution du groupe outre-mer du Conseil économique social et environnemental qui confirme la justesse de la position du PCR.

M.M.


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