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Élie Hoarau : « À travers “Témoignages” et le PCR, les Réunionnais ont été au rendez-vous de l’Histoire »

La reconnaissance par le président de la République de la répression du 17 octobre 1961

Céline Tabou / 20 octobre 2012

À l’occasion d’une conférence de presse, Élie Hoarau est revenu sur la « La manifestation des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris : De la solidarité du PCR, à la reconnaissance de la répression par le Président de la République ». Le secrétaire général du PCR a rappelé « l’Histoire à laquelle les Réunionnais ont pris part ».

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Photo de Paul Vergès à la "une" de Témoignages du 26 octobre 1964. Pour avoir publié la photo de son directeur, cette édition de Témoignages a été saisie.

La conférence de presse du PCR s’est tenue hier en présence de Roland Robert, alors jeune enseignant de 24 ans. Ce dernier a assisté aux évènements d’octobre 1961 et a pu rendre compte des tensions entre les autorités françaises et la diaspora algérienne. De son côté, Camille Dieudonné, âgée d’une dizaine d’années, a pu assister à la clandestinité de Paul Vergès, suite à la publication dans “Témoignages” de deux articles relatant le drame du 17 octobre 1961 à Paris.

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(photo C.T.)

Camille Dieudonné, Elie Hoarau, Yvan Dejean, Roland Robert, et Faaïza Ibrahim : le PCR est revenu sur la répression du 17 octobre 1961. Cet événement allait entrainer la clandestinité de Paul Vergès.

Des exactions contre le peuple algérien

« C’est un retour de l’Histoire qui nous ramène 51 ans en arrière et qui illustre l’intervention du PCR, sa solidarité vis-à-vis du peuple algérien et le combat menée pour la liberté d’expression et de la presse », a introduit Élie Hoarau. En 1961, le général de Gaulle allait annoncer la fin de la guerre d’Algérie (1954-1962), mais les partis politiques ne savaient pas quand et se préparaient pour pouvoir peser dans les négociations.

Sur le terrain, les opérations françaises s’intensifiaient et le FLN (Front National de Libération) menait des actions diplomatiques et des mobilisations auprès de la diaspora algérienne, a-t-il expliqué. Pour caser la mobilisation de la diaspora, le préfet de police, également administrateur de la ville de Paris, Maurice Papon, a décidé d’instaurer un couvre-feu contre les Algériens. « Un couvre-feu au faciès ».

Pour protester contre ces discriminations, le FLN lance une mobilisation pacifique à Paris. « Le mot d’ordre avait été donné, pas d’arme pour ne répondre aux provocations de la police ». Interdite par Maurice Papon, les policiers ont été encouragés à être « impitoyables » , lors de la manifestation. Le bilan fait état de trois morts suite tués par des policiers en légitime défense, mais les derniers constats mettent en évidence des centaines de morts, certains jetés dans la Seine, et dont les corps ont été repêchés puis étiquetés « NPB, Noyé par balle. Voyez le cynisme de Papon », a précisé Élie Hoarau. D’autres personnes ont été arrêtées puis torturées.

Face à ces violences, une partie de la presse parisienne dénonce ce qui s’est passé, soutenue par des personnalités religieuses, universitaires, syndicales, mais aussi étudiantes, « j’étais étudiant UNEF et je me souviens du soutien fait lors de drame », a indiqué Élie Hoarau.

Dans ce contexte, “Témoignages” publie deux articles des quotidiens “Le Monde” et “L’Humanité”, qui dénoncent les violences faites aux Algériens lors de cette manifestation. Suite à la publication de ces deux articles, sans commentaire a précisé Élie Hoarau, Paul Vergès, alors directeur de “Témoignages” est poursuivi en justice.

La clandestinité de Paul Vergès

Trois mois de prison ont été requis contre Paul Vergès par le procureur de la République pour délit de presse. La défense de ce dernier portait sur le fait que les journaux parisiens avaient publié les articles, mais ni le directeur des journaux, ni les auteurs n’ont été poursuivis, contrairement à Paul Vergès. La justice, par la voix du procureur, indique qu’il s’agit d’un délit de presse et demande, après la relaxe en 1re instance, une condamnation de quatre mois. Le procureur de l’époque avait écrit au Garde des Sceaux pour indiquer qu’il s’occupera de condamner Paul Vergès afin qu’il perde tous ses droits, « Paul Vergès a eu un double de cette lettre et l’a transmise à l’élu au Sénat, Jacques Duclos, qui l’a lue devant les sénateurs » , a indiqué le secrétaire général du PCR. Par la suite, Paul Vergès est condamné à trois mois de prison fermes et non quatre comme voulu par le procureur. Après un pourvoi en cassation, la Cour confirme la condamnation.

Une fois informés, les membres du Parti Communiste Réunionnais décident, en concertation avec Paul Vergès, d’inciter ce dernier à la clandestinité. D’autant plus qu’une plainte avait été déposée en 1962 pour fraude lors des élections, par Paul Vergès et le PCR. «  Tant que les fraudeurs n’avaient pas été arrêtés, ni condamnés, Paul Vergès serait resté en clandestinité. Autrement, il se serait soumis à la justice  », mais la plainte portée devait aboutir. Durant 28 mois, du 17 mars 1964 à 1966, Paul Vergès est abrité par les adhérents du PCR, des hautes personnalités outrées des décisions de justice. « Cet acte de résistance a concerné tous les Réunionnais et pas seulement le PCR », a noté Élie Hoarau. Ce dernier a également indiqué « qu’en dehors des camarades et des certains alliés, aucun journal à La Réunion n’a protesté, ni manifesté de solidarité envers Paul Vergès, le PCR et “Témoignages” ».

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Camille Dieudonné et Élie Hoarau sont aussi des témoins des événements. Camille était présente à Gillot quand des milliers de personnes ont forcé les barrières au moment où Paul Vergès a embarqué dans l’avion qui l’amenait comparaitre devant la Cour de sûreté de l’État. Élie était étudiant à Paris. Membre de l’UNEF, il était solidaire de la lutte du peuple algérien.

Politique politicienne des autorités françaises

Une autre affaire se greffe à celle-ci a indiqué le secrétaire général du PCR, « quand le préfet a décidé de saisir “Témoignages”, une plainte avait été porté contre le préfet pour abus de pouvoir, le préfet a été débouté. Il ne pouvait supprimer la publication de “Témoignages”. Le préfet a alors riposté et a saisi le Conseil d’État pour accuser Paul Vergès et “Témoignages” d’atteinte à l’intégrité du territoire », car ces derniers menaient campagne pour l’autonomie de La Réunion. En pleine clandestinité, Paul Vergès n’a pas comparu devant la Cour de sureté de l’État. Il a profité par la suite d’une amnistie des peines de moins de trois mois pour pouvoir sortir de sa clandestinité.

Cette affaire aura mis en exergue la politique politicienne des autorités françaises qui, ridiculisées par la clandestinité de Paul Vergès, ont échangé avec les avocats du directeur de “Témoignages”, afin qu’il comparaisse libre. De plus, le ministre de l’Outre-mer de l’époque, le général Billot, connaissait le parcours militaire de Paul et Jacques Vergès. « D’autant que ces derniers s’étaient battus pour la France Libre », a expliqué Élie Hoarau. Arrivé à la Cour de sureté de l’État, Paul Vergès ressort libre.

La reconnaissance par l’État français

La clandestinité et les poursuites contre Paul Vergès et “Témoignages” font suite à la publication de deux articles en signe de solidarité avec le FLN, qui était en guerre contre la France pour son indépendance.

Comme l’a souligné Roland Robert, si les évènements avaient été autrement, alors l’Histoire de La Réunion aurait été tout autre. Cependant, 51 ans après, l’État français reconnaît les crimes commis lors de cette manifestation.

En effet, le 17 octobre 2012, le président de la République française, François Hollande, a reconnu officiellement pour la première fois la « sanglante répression » des « Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ». « La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes », a-t-il indiqué dans un communiqué de presse.

« L’histoire d’un peuple est faite de pages glorieuses et sombres »

Cette déclaration est saluée par le Parti Communiste Réunionnais, qui a indiqué que « le rôle du PCR dans la solidarité envers le peuple Algérien est une constante de notre parti. La solidarité avec les peuples en lutte et les batailles menées pour la liberté de la presse, la liberté des élections, les libertés culturelle et cultuelle, ont toujours été au cœur du PCR », a indiqué Élie Hoarau.

Ce dernier a ajouté que «  La PCR a inscrit de belles pages dans l’Histoire de La Réunion pour les conquêtes des droits fondamentaux. 51 ans après, c’est le retour de l’Histoire avec la reconnaissance de François Hollande  ». De son côté, Roland Robert a indiqué qu’au-delà de la réhabilitation de Paul Vergès, « il mérite un peu plus de respect pour les luttes qu’il a menées, notamment pour le peuple Algérien ».

Pour conclure, le secrétaire général du PCR a indiqué que cette reconnaissance honorait François Hollande, car «  l’histoire d’un peuple est faite de pages glorieuses et sombres, mais la grandeur du peuple d’assumer toute l’Histoire quel que soit les aspects de l’Histoire ». « Je vois que les Réunionnais, à travers “Témoignages” et le PCR, ont été au rendez-vous de l’Histoire, notamment dans la bataille du peuple Algérien pour la liberté », a terminé Élie Hoarau.

Céline Tabou


Kanalreunion.com