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Empêcher que l’on trompe les Réunionnais

Paul Vergès et son départ de la conférence économique et sociale

Manuel Marchal / 30 octobre 2012

Hier matin, Paul Vergès était le seul des 11 parlementaires de La Réunion présents hier matin à la Chambre des métiers à Saint-Denis pour l’installation de la conférence économique et sociale. Il a décidé de faire une déclaration, de se lever et de partir. Hier après midi en conférence de presse, il a expliqué pourquoi.

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Quelques heures après son départ de la conférence économique et sociale, Paul Vergès a expliqué les enjeux de ce rendez-vous.

Le sénateur est tout d’abord revenu sur le contexte. Après une conférence sociale en France au mois de juillet, le PCR avait demandé la tenue d’une conférence sociale, économique et environnementale à La Réunion. Pour sa part, le gouvernement a pris la décision de convoquer dans chaque région d’outre-mer une conférence sociale et économique. Aux Antilles, les principaux syndicats ont refusé d’y participer.

À La Réunion se pose le problème du contenu de la rencontre préparatoire au 14 qui doit déboucher sur des propositions qui seront ensuite validées par le gouvernement.

Le huis clos tombe à l’eau

Pour Paul Vergès, la conférence est l’occasion inespérée de poser dès le début du mandat tous les problèmes des Réunionnais : développement économique et création de valeur ; dialogue social ; emploi ; quelle gouvernance pour quelle stratégie ? Ce sont des sujets dont les thèmes nous conviennent.

Au-delà des thèmes se pose le problème de la discussion. Sur 133 personnes invitées, la plus grande partie sont des représentants de l’État, chefs de service notamment. Les élus et les syndicats sont extrêmement minoritaires alors que ce sont des représentants que les Réunionnais se sont choisis.

Paul Vergès dit qu’ « il n’est pas possible que des problèmes aussi importants soient débattus par une centaine de personnes en quelques heures » .

Cela s’est reflété hier à la Chambre des métiers où le huis clos organisé par l’État autour de cette conférence n’a pas tenu bien longtemps.

À l’ouverture des débats, des syndicats ont lu une déclaration montrant leur désapprobation sur la méthode. Paul Vergès est intervenu pour rappeler de nombreuses objections avant de quitter la salle. À ce moment, les médias se sont engouffrés dans la brèche pour mettre le débat sur la place publique.

Paul Vergès a alors rappelé quelques-unes des objections, celle de la cohésion sociale.

Tout d’abord l’absence dans l’ordre du jour du bilan de 66 ans d’intégration de La Réunion à la France, et celui de la politique des revenus. En décidant de ne pas tenir compte du coût de la vie pour les allocataires du SMIC et des minima sociaux, et en intégrant une prime de vie chère dans le salaire des agents de l’État, les gouvernements successifs ont créé les conditions de l’inégalité. Ils ont aussi créé une manne financière qui a empêché un développement de La Réunion. Car il est « évident que l’activité agricole et industrielle n’apporte pas autant que les services et la fonction publique » . Des secteurs du privé se calquent sur ce modèle et l’inscrivent dans des conventions sociales validées par l’État : sécurité sociale, banques, assurances…

« Propositions pour la stratégie et l’urgence sociale »

Pour avancer, Paul Vergès propose de « tirer les leçons du bilan et faire les propositions qui concilient urgence sociale et développement » .

Dans 5 ans, La Réunion aura 55.000 habitants de plus, et en 2022 à 950.000 habitants. De grandes puissances économiques seront dans le voisinage de La Réunion, plus proche que la France (Inde et Chine notamment), Madagascar aura 30 millions d’habitants : « tout cet environnement va changer dans les 10 ans à venir, nous disons débattons de cela » .

Sur la question de l’urgence sociale, Paul Vergès a demandé aux organisateurs s’ils comptent faire du clientélisme avec 2014 en perspective, ou s’ils veulent assurer le développement d’emplois pérennes.

D’autres questions sont sans réponse, en particulier qui va faire le choix des propositions à faire au gouvernement ?

Et quel contenu ? « Si c’est pour prendre acte et faire des propositions qui ne seront pas analysées, nous aurons raté un rendez-vous décisif, c’est une tentative de tromper les Réunionnais. On fait une mise en scène, cela aboutit à quoi ? »

La décision a été donc prise de quitter la salle, car : « nous avons dit : devant l’incertitude, nous refusons de participer à une opération qui va tromper l’opinion » .

Et Paul Vergès de conclure : « nous serons prêts le 14 novembre à faire des propositions pour la stratégie et l’urgence sociale, et faire la liaison entre les 2 pour la manifestation d’une prise de responsabilité » .

M.M.

Où est le bilan de 66 ans d’intégration ?

« Quand on veut parler du travail, de création de valeurs, la première chose est le bilan de 65 ans d’intégration de La Réunion à la métropole française et à l’Europe » , a expliqué Paul Vergès, « nous avons les éléments de ce bilan. Il n’y a pas que les aspects positifs. Il faut porter une vision globale dans la cohésion sociale notamment » , ajoute le sénateur.

L’intégration a fait évoluer le pays d’une société de plantation et de production avec une classe ouvrière nombreuse dans les chemins de fer, les docks, les usines sucrières et les domaines agricoles, à une société où le secteur des services crée l’essentiel de la richesse. Ramener l’agriculture en dessous de 10% du PIB et l’industrie (BTP compris) à 12%, était-ce l’objectif recherché par l’intégration ?

Avec la structure de l’économie, un élément essentiel de la cohésion sociale est la politique des revenus. « Quel est le type de société que l’on veut mettre en place ? quel lien social ? »
Quelle politique des revenus ?

Paul Vergès a rappelé qu’à La Réunion, le gouvernement fixe les revenus d’une grande partie de la population, mais personne ne le dit. Suite au 19 mars 1946, l’abolition du statut colonial prévoyait que le 1er janvier 1947 l’ensemble de la fonction publique de La Réunion soit intégrée à celle de France. Le gouvernement de l’époque décida d’aligner le traitement des fonctionnaires dépendant du cadre local sur celui du cadre métropolitain.

C’est le bouleversement, car jusqu’en 1946, le cadre métropolitain était réservé à très peu de fonctionnaires : les professeurs du seul lycée de l’île, les chefs de service. Le cadre métropolitain garantissait aux bénéficiaires un traitement deux fois supérieur à celui qu’ils avaient en France pour le même grade, avec des primes d’installation, un congé en France tous les 3 ans payé, et le système de retraite : 3 ans de séjour compte pour 4 annuités de retraite.

Les fonctionnaires du cadre local étaient très mal payés, ils touchaient moins qu’en France. L’intégration des fonctionnaires prit fin en 1953, et multiplia les salaires. Mais cela créa d’autres exclusions. Quand il a fallu appliquer à La Réunion l’intégration à la fonction publique territoriale, la majorité n’a pas été titularisée.

La hausse soudaine des transferts publics a créé une manne qui a créé un marché. Ce sont les grandes surfaces et leur monopole. C’est l’arrivée massive d’automobiles favorisée par la suppression du chemin de fer.

Par conséquent, l’unité de la fonction publique, un des fondements de l’unité de la République, est bafouée à La Réunion. Pour réussir l’égalité de traitement, Paul Vergès rappelle une proposition : pas de remise en cause sans concertation des situations individuelles et mise en place d’une épargne abondée à partir de la surémunération. Quelles sont les autres propositions ?
Le problème de la représentation

Au-delà des thèmes, Paul Vergès a posé hier le problème de la représentation. 133 personnes sont invitées à débattre : les responsables des grands services de l’État, les représentants des secteurs économiques et sociaux et les élus.

Pour les élus, ce sont les présidences des collectivités, le représentant de l’association des maires, celui de l’intercommunalités et les parlementaires : 7 députés et 4 sénateurs.

« C’est une proportion écrasante des chefs de service de l’État, qui vont débattre en quelques heures », précise Paul Vergès.
Où sont les élus absents ?

Voici la liste des thèmes proposés par la conférence économique et sociale :

- développement économique et création de valeur

- dialogue social

- emploi

- quelle gouvernance pour quelle stratégie ?

Un seul parlementaire sur onze était présent hier à l’ouverture des débats. Est-ce à dire que les 10 autres n’ont rien à dire sur ces sujets ? Cette interrogation vaut-elle aussi pour les présidents de la Région et du Conseil général, eux aussi absents hier matin.


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