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Encore 25 ans de retard sur la France : la faillite d’un modèle

L’intégration appliquée à La Réunion est au bout du rouleau

Manuel Marchal / 27 novembre 2012

La publication d’un rapport de l’Agence Française de Développement comparant les niveaux de développement des Outre-mer avec celui de la France montre un écart important, plus de 66 ans après l’abolition du statut colonial. C’est l’illustration de la faillite d’un modèle d’intégration des Outre-mer. L’Espagne et le Portugal ont proposé d’autres modèles à leurs anciennes colonies, les écarts d’indice de développement humain avec leur ancienne métropole sont 6 fois plus faibles.

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66 ans après l’abolition du statut colonial, l’égalité promise au 1er janvier 1947 dans la loi est encore très loin d’être réalisée sur le plan du développement. L’Agence Française de développement vient de publier un document qui compare le niveau de développement humain des Outre-mer avec celui de l’ancienne métropole. L’outil utilisé est l’indice de développement humain qui tient compte de la santé, de l’éducation, du social et du revenu.

Selon les données divulguées par l’AFD, l’Indice de développement humain (IDH) de La Réunion en 2010 est égal à celui de la France en 1985. Cela fait donc 25 ans de retard. C’est ce qui est obtenu au bout de 64 ans d’un modèle d’intégration français dans l’Outre-mer.

L’égalité refusée retarde le développement

Rappelons que ce modèle a fonctionné sur l’application progressive de l’égalité sociale, contrairement à ce que prévoyait la loi. Le 21 octobre 1945, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche sont élus députés. À l’époque, la majorité de la population est dans une situation pire que la pauvreté, c’est la misère sur tous les plans, notamment sanitaire. Le programme des deux députés est clair, ils ont la mission de changer la société, c’est le seul moyen de faire sauter les blocages qui empêchent à la population d’accéder à des droits élémentaires tels que la Sécurité sociale. Pour cela, ils doivent convaincre l’Assemblée nationale qu’elle doit abolir le statut colonial à La Réunion, et transformer la colonie en département. Cette départementalisation a une base progressiste, car avec le changement de statut, toutes les lois sociales de la France doivent s’appliquer à La Réunion.

Après le vote de l’Assemblée, la loi est adoptée le 19 mars 1946. Elle prévoit l’application des lois sociales le 1er janvier 1947. Une fois cette égalité obtenue, il sera alors le moment de passer à l’étape suivante, le développement.

Mais Paris cherche à gagner du temps. Les opposants à l’égalité s’appuient sur les socialistes, qui estiment que l’égalité immédiate coûte trop cher au contribuable. L’application de la loi est repoussée au 1er juillet 1947, puis le délai n’est pas tenu.

Se met alors en place un modèle qui ne reconnaît l’égalité qu’à une partie de la population, les travailleurs du secteur public, et est refusée aux autres. Les gouvernements qui succèdent à Paris distillent progressivement quelques doses d’égalité à chaque mouvement social. Ce n’est que le 1er janvier 1995 que le SMIC de La Réunion est aligné sur celui de la France, et il faut attendre le 1er janvier 2002 pour que l’égalité sur le RMI.

Le modèle est à bout

Pendant que les luttes se focalisaient légitimement sur l’application de la loi du 19 mars 1946, le développement de La Réunion prenait du retard. L’étude publiée par l’Agence Française de développement permet de situer l’écart. Pour La Réunion, il est de 25 ans.

Compte-tenu de la crise en Europe, le rattrapage de ces 25 années à brève échéance est bien illusoire. C’est bien la faillite d’un modèle. Tout ce qu’il a pu donner, c’est placer La Réunion 25 années derrière la France. Car la France n’aura plus les marges de manœuvre budgétaires à sa disposition à l’époque des Trente Glorieuses. Si elle a été incapable d’organiser le rattrapage d’une île qui comptait moitié moins de population qu’aujourd’hui, comment croire qu’elle puisse y arriver maintenant ?

L’étude de l’AFD permet également de constater que là où d’autres modèles de relation existent, l’écart est plus faible. C’est le cas pour les Outre-mer relevant de l’Espagne ou du Portugal. Pour les Canaries, Madère et les Açores, les écarts avec l’ancienne métropole se sont réduits au cours des 20 dernières années pour paraître aujourd’hui marginaux.

Là où le modèle français d’intégration a failli, d’autres ont obtenu de meilleurs résultats.

Manuel Marchal

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