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Engraisser les riches, fliquer les pauvres

Geoffroy Géraud-Legros / 17 août 2010

Affaires Joyandet, Blanc, Woerth-Béttencourt : ces scandales à répétition ont révélé aux citoyens un monde de collusion entre l’argent et le pouvoir, où règnent les passe-droit, la prébende et les privilèges. Fragilisé par les scandales au moment même où il s’apprête à lancer l’offensive contre les droits sociaux, le gouvernement cherche à diviser les Français... par le racisme, mais aussi par les préjugés sociaux.

Le pouvoir s’est engagé sur la voie d’une destruction sans précédent de l’État social. Attaques contre le pouvoir d’achat, allongement de la durée de cotisations, hausses d’impôts et “rabotages” annoncés dans tous les secteurs… tout cela aux dépens des classes moyennes et des pauvres. Une offensive dont le gouvernement tente de détourner l’attention en divisant les citoyens. Selon les origines ethniques, tout d’abord, en engageant des débats nauséabonds sur le terrain de “l’identité nationale” et en s’en prenant aux populations nomades (Roms, Tziganes), boucs émissaires de longue date des pouvoirs politiques occidentaux. En fonction des origines sociales, en jetant la suspicion sur les classes populaires et opposant les “bons” et les “mauvais” pauvres.

L’aide à la rentrée dans le collimateur

Ce n’est dès lors pas par un hasard que l’on trouve Édouard Courtial, proche de l’ex-ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale Brice Hortefeux, en première ligne des mesures destinées à contrôler l’accès aux lois sociales. Le député de l’Oise avait déjà appuyé avec zèle la proposition de son collègue Éric Ciotti, visant à sanctionner les parents de mineurs qui n’observent pas certaines obligations judiciaires. Aujourd’hui, il préconise à son tour de remplacer le versement de l’ARS (Allocation de rentrée scolaire) par une distribution de « bons ». Motif avancé par le parlementaire : la conviction selon laquelle l’aide est « dévoyée » par « certaines familles ».
Édouard Courtial n’en est pas à son coup d’essai en la matière : en 2008, il avait présenté une proposition à peu près identique, clamant comme aujourd’hui que l’aide à la rentrée ne devait pas « servir à acheter un écran plat ». Sur quoi l’élu UMP se fonde-t-il pour montrer du doigt les parents des presque 5 millions d’enfants bénéficiaires de l’ARS ? Sur des rumeurs, des ladi-lafé, des propos de café du commerce.


Suspicion sur la population…

Un préjugé démenti de surcroît par l’expertise : selon un rapport de la Caisse nationales des allocations familiales (CNAF), « neuf allocataires sur dix utilisent l’ARS pour deux postes de dépenses principaux : l’achat de matériel scolaire, l’achat de vêtements pour la rentrée. (…) le paiement des frais de cantine, de transport ou d’assurance scolaire, l’achat d’articles de loisirs ou de sport pour l’enfant ». Et le rapport de qualifier de “caricature” l’image du parent achetant écran plat et hi-fi avec l’argent destiné à ses enfants, même s’il note l’existence d’« abus marginaux ». En généralisant la distribution des bons, la réforme proposée par le parlementaire fait pourtant porter le poids de la suspicion sur l’ensemble des bénéficiaires de l’ARS. Où veut donc en venir Éric Courtial ? Son initiative est incontestablement d’ordre idéologique : elle emprunte à l’arsenal classique d’une extrême-droite toujours prête à stigmatiser le “sale pauvre”.

… bienveillance envers les riches

Surtout, comme les débats identitaires dévoyés soulevés à répétition par l’UMP et les diverses mesures répressives contre les “mauvais” parents, la polémique enclenchée par M. Courtial poursuit un but stratégique immédiat. En désignant des usagers “non méritants” de l’aide sociale à la vindicte de l’opinion publique, l’UMP cherche à détourner son regard du sommet de la pyramide, où il n’est question ni de contrôle, ni de moralité. Courbettes à l’appui, le gouvernement a restitué rubis sur l’ongle 30 millions d’euros à Mme Béttencourt. Et cela le plus légalement du monde, au nom du “bouclier fiscal”. Moralité : à l’inverse des pauvres, les riches sont présumés vertueux.

Geoffroy Géraud-Legros



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  • Tout à fait d’accord ! Une proposition pleine de sous-entendus populistes et dont la mise en oeuvre coûterait plus cher qu’elle ne rapporterait tant les abus sont marginaux ! Par ailleurs , ceux qui utilisent l’ ARS pour solder une dette , ou acheter
    de l’alimentation etc...ne prouvent qu’une chose : Une part croissante de la population vit dans une forme de précarité économique , et la flambée de chômage que connait La Réunion , avec l’arrêt brutal des grands travaux sans aucune solution alternative , ne fait qu’empirer une situation déja critique..

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