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Enseignants en lutte : Didier Robert joue double jeu

Geoffroy Géraud-Legros / 20 mai 2010

En lutte pour une mobilité plus juste, les lauréats des concours de l’enseignement secondaire ont campé plusieurs jours à l’intérieur de la Région. Didier Robert a fini par négocier leur départ en échange d’une rencontre avec Marie-Luce Penchard. Dès le début du mouvement, le président de la Région a affiché une solidarité de façade envers cette mobilisation qui pose une fois de plus le problème d’une mobilité enfin adaptée à la situation des fonctionnaires ultramarins. Un problème que Didier Robert a pourtant eu l’opportunité historique de traiter au plus haut niveau. Ce qu’il s’est bien gardé de faire, en bon serviteur de la politique de Nicolas Sarkozy.

Longtemps tabou, la question d’une réforme de la mobilité de la fonction publique compatible avec les spécificités des DOM a émergé dans le sillage de la crise qui a secoué l’Outremer français au mois de mars 2009. Confronté à une révolte sans précédent, l’Élysée lançait la grande consultation des États-généraux de l’Outremer (EGOM), débouchant quelques mois plus tard sur le premier Conseil interministériel de l’Outremer (CIOM). Les orientations décidées par ce dernier furent présentées sous les décorations républicaines par Nicolas Sarkozy, qui énuméra en personne les mesures destinées à transformer la situation de l’Outremer.

Une opportunité de changer la donne…

Confronté à la crise qui avait agité les DOM, le président de la République dut faire écho aux revendications exprimées par les populations ultramarines. Au nombre de celles-ci figurait évidemment la demande d’un aménagement de la mobilité en fonction des spécificités des Antillais, Guyanais et Réunionnais. Reprenant à son compte les arguments de bon sens des citoyens d’Outremer, Nicolas Sarkozy ne pouvait guère faire autrement que de constater l’absurdité d’une règle qui, appliquée Outremer, envoie les enseignants à des milliers de kilomètres de chez eux après l’obtention des concours. Le chef de l’État alla même jusqu’à qualifier de quasi-“caricature” la sous-représentation des ultramarins dans leur pays d’origine.

... complètement ignorée par Didier Robert

S’il avait été aussi déterminé qu’il veut le faire croire dans la défense des enseignants réunionnais, Didier Robert, membre de la majorité UMP, aurait fort bien pu invoquer l’exposé présidentiel du 6 novembre dernier et les mesures arrêtées à l’issue du CIOM, afin de mettre le pouvoir face à ses orientations déclarées. Il n’a néanmoins pris aucune initiative de ce genre, malgré les multiples opportunités offertes par un agenda politique riche en déplacements de dignitaires UMP dans notre pays. Bien qu’il ait encadré de près chacune de ces visites, Didier Robert n’a évoqué le problème ni auprès de Luc Chatel, pourtant premier membre du Gouvernement à se rendre à La Réunion deux semaines après le discours présidentiel, ni de Marie-luce Penchard, quelques jours seulement plus tard. Il n’a pas plus mis à profit le déplacement de Nicolas Sarkozy lors de son déplacement dans notre île, au mois de janvier dernier, pour demander l’application d’une réforme de la mobilité conforme aux engagements du Gouvernement.

Didier Robert, député pour rien

Il ne semble pas être venu à l’idée du parlementaire Didier Robert, député de la 3ème circonscription de La Réunion, de prendre appui sur les déclarations du CIOM pour déposer une proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée nationale. La seule voix réunionnaise à résonner dans l’hémicycle fut celle d’Huguette Bello, députée PCR, qui a interpellé le Gouvernement sur le problème des néotitulaires le 6 avril dernier. Deux jours plus tard, la sénatrice PCR Gélita Hoarau plaidait à son tour pour un règlement du problème devant la Chambre haute. Cette intervention donna d’ailleurs lieu à une passe d’armes avec le ministre de l’Éducation nationale. En affirmant sans appel le caractère “national” des concours, Luc Châtel a montré le peu de cas qu’il fait aujourd’hui des orientations du CIOM.

Double jeu

Finalement, les seules actions visibles du député-président de Région Didier Robert dans ce dossier auront consisté à se faire photographier auprès des jeunes enseignants lors de l’occupation du hall de la Région, et à tenter d’amadouer les protestataires par quelques tasses de café et un accès à internet. Une attitude au demeurant peu surprenante : derrière le paravent d’une communication qui cherche à faire oublier son appartenance à l’UMP, Didier Robert, membre dirigeant du parti présidentiel — il a été nommé au Conseil national —, met tout en œuvre pour permettre à l’État de ne pas appliquer les réformes concédées sous la pression d’un mouvement social inégalé dans les Outremers. Cette situation n’est pas nouvelle pour les Réunionnais, qui depuis l’abolition du statut colonial le 19 Mars 1946, ont toujours dû se battre pour que les droits arrachés sous forme de lois et de déclaration soient appliqués dans les faits... et ont toujours dû faire face au double jeu du pouvoir central, et de ses serviteurs à La Réunion.

Geoffroy Géraud-Legros
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