Actualités

Etonnant concert de louanges du "JIR" en faveur du Préfet

Bilan 2009

Geoffroy Géraud-Legros / 29 décembre 2009

Après une année marquée par les archaïsmes et les conservatismes du représentant de l’Etat, le "JIR" attribue à ce dernier un tableau d’honneur en matière économique.

A en croire le "JIR" de dimanche dernier, il s’en est fallu d’un cheveu pour que 2009 ne soit "l’année Maccioni". Selon l’article publié – il fallait oser - dans la rubrique "Économie", le Préfet aurait géré avec efficacité la plupart des situations les plus difficiles au cours de l’année écoulée, et n’aurait connu d’échecs que sur certains dossiers moins décisifs, dont celui du chariot-type… échecs dans lesquels notre confrère trouve toutefois une raison suffisante pour refuser au représentant de l’Etat le titre d’"homme de l’année", et se contente de lui attribuer un "tableau d’honneur". Etonnante prise de position du "JIR", alors que tous les indicateurs économiques sont au rouge, et que des expertises ont stigmatisé l’attitude du représentant de l’Etat, particulièrement en matière économique…

« A La Réunion, les compagnies pétrolières donnent un prix au Préfet, qui s’exécute »

« A La Réunion, les compagnies pétrolières donnent un prix au Préfet, qui s’exécute » : cette formule-choc résume assez bien le processus de formation des prix du carburant dans notre pays. Elle n’est pas issue d’un document de propagande politique, mais d’un rapport de la très officielle Inspection générale des finances. Dès lors, on comprend mal les compliments adressés par le "JIR" au Préfet, qui se métamorphose sous la plume de notre confrère en une sorte de résistant déterminé à geler les prix face à une « une grosse pression de la part des pétroliers ». Or, il est plus qu’évident que c’est bien plutôt sous la "pression" des mouvements sociaux du mois de mars que le représentant de l’Etat s’est découvert une vocation subite d’opposant aux monopoles pétroliers. Mesure temporaire, le gel des prix loué par le "JIR" s’est achevé à la mi-septembre, sans que le Préfet, présenté aujourd’hui comme un médiateur par le quotidien d’Yves Mont-Rouge, n’ait pris la peine de consulter les partenaires sociaux du COSPAR.
Pour peu qu’on aille plus loin dans la rétrospective de l’année écoulée, l’action du Préfet sur les prix des carburants apparaît en réalité désastreuse : alors que des avancées significatives ont été enregistrées dans ce domaine dans d’autres départements d’Outre-mer, l’action conjuguée du Préfet et de Joel Mongin a abouti à faire payer la facture à la population en mettant à contribution la Région… c’est-à-dire les ressources des Réunionnais.

La caricature a la vie dure

A la suite des grandes mobilisations sociales qui ont eu lieu dans l’Outre-mer français au début de l’année dernière, les autorités parisiennes ont tenté de sortir de la crise par une vaste consultation des populations. Au cours de ce processus, de nombreux constats ont été formulés au plus haut niveau, prenant enfin acte des dysfonctionnements, des décalages et des immenses retards qui entravent le développement des sociétés d’Outremer.
Ainsi, le sénateur UMP Eric Doligé, rapporteur du Sénat avait reconnu que sur plus d’un millier d’emplois créés dans le secteur de l’Education nationale, seuls une centaine étaient occupés par des Réunionnais… Lors de la restitution des conclusions du Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM), le Président de la République a lui-même raillé le caractère « caricatural » de certaines réunions en Préfecture dans l’Outremer où l’on peine à trouver des originaires.
Au cours du même discours, le Chef de l’Etat a souligné a nécessité de mettre fin à l’exclusion des ultramarins des négociations menées dans le cadre de la coopération régionale. On aurait pu attendre du représentant de l’Etat à La Réunion qu’il prenne des mesures pour remédier à cette état de fait à La Réunion. Or, force est de constater que le bilan préfectoral en la matière va au-delà de l’inaction : il est régressif. En effet, bien loin de combattre les archaïsmes qui pèsent sur les relations entre l’Etat et les les élus locaux, le représentant de l’Etat a en a renforcé le caractère unilatéral et non concerté hérité d’un temps révolu .
Dans le domaine précis de la coopération, le préfet a ainsi pris directement le contrepied de l’Elysée en organisant au mois de décembre une « conférence régionale » dont le déroulement a montré que la « caricature » dont faisait état le Chef de l’Etat a la vie dure.
A ces constats de déficience, on pourrait en ajouter d’autres relatifs à l’usage à géométrie variable de la force publique, au manque de diligence en matière sociale… Comment alors expliquer autrement que par une erreur d’appréciation le concert de louanges adressé par le "JIR" au représentant de l’Etat de l’Etat ? Nul doute, en tout cas, que celui-ci doit apprécier ce renfort, à quelques jours de la visite de Nicolas Sarkozy, dont il n’a cessé de contrarier les intentions.

Geoffroy Géraud


Kanalreunion.com