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Face aux populismes, les médias réunionnais pourront-ils faire émerger un véritable débat ?

Élections régionales

Geoffroy Géraud-Legros / 27 février 2010

La campagne officielle sera ouverte le 1er mars. Au vu du climat qui a pesé jusqu’ici sur la pré-campagne, il y a fort à parier que les deux dernières semaines qui précéderont le scrutin verront redoubler les assauts de démagogie et de populisme. Le rôle des médias sera décisif, pour informer les électeurs des enjeux de cette élection.

Notre confrère du "JIR" l’a constaté avant-hier : de « Lutte ouvrière » à la droite « dure » des Robert et Virapoullé, en passant par les indépendantistes, Vincent Défaud et Éric Magamootoo, tirer sur l’Alliance et sur sa tête de liste tient lieu de discours politique. Dans ce contexte, les coups se multiplient pour se faire voir : siège d’Antenne Réunion, déclarations à l’emporte-pièce, injures pour les plus pauvres d’idées. Quel sera le comportement des médias dans cette atmosphère pourrie par les déclamations démagogiques et les diversions populistes ? Permettront-ils que les Réunionnais se rendent aux urnes dans l’approximation, sans que ceux dont le devoir est de les informer aient pu les renseigner sur ce qui se jouera à partir du 14 mars ? "Témoignages" évoquait hier les dangers que faisaient courir à la démocratie d’opinion réunionnaise les manœuvres de certains candidats, qui divertissent l’attention du public des enjeux du scrutin.

Quatre années décisives

Combien de Réunionnais connaîssent-ils vraiment les défis que devra affronter l’Assemblée régionale qui sortira des urnes à la suite du scrutin ? Malheureusement, aucun débat véritable n’a traité jusqu’ici sur des problèmes qui surgissent devant la société réunionnaise. À quand, par exemple, une explication franche et claire des candidats en lice sur les accords de partenariat économique (APE), l’avenir de l’Octroi de mer, la fin du règlement sucrier ?

Parlera-t-on des APE, et de l’avenir du planteur ?

Les APE, ce n’est rien d’autre que la déferlante de la mondialisation à nos portes à l’horizon 2014 : à l’issue de la mandature de la Région, ces traités ouvriront donc le marché réunionnais aux produits et aux services des pays de la zone océan indien. En clair, les travailleurs et employés de La Réunion subiront une compétition intenable. Comment résister ? Quelle solution construire, à La Réunion et dans l’océan Indien, pour affronter cette menace ? C’est dans l’indifférence la plus complète du monde politique réunionnais qu’à plusieurs reprises, Élie Hoarau a tenté d’alerter l’opinion depuis la conclusion des Accords le 29 août dernier. Ce silence perdurera-t-il jusqu’à la fin de la campagne ? La question se pose dans des termes exactement identiques à l’égard de l’avenir des planteurs. À l’exception du Port, toutes les communes de l’île sont recouvertes de canne ; la plupart des listes comportent des représentants des planteurs. Dès lors, comment pourrait-on imaginer que les politiques se défilent devant l’immense problème de l’arrêt des subventions, qui se profile pour 2014 ? La tonne de canne produite à La Réunion est aujourd’hui subventionnée pour plus de moitié. Or, ce régime de subvention sera renégocié dans quatre ans. Signe des menaces qui pèsent sur l’avenir de la filière, les sucriers ont d’ores et déjà vendu les deux dernières usines qui demeuraient en service à La Réunion. Auraient-ils déserté cette activité séculaire, si dans le sucre, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Quel avenir pour les ressources ?

Ce déficit de débat frappe aussi un point essentiel : celui des ressources des collectivités. Celles-ci, on le sait, ont connu un effondrement dramatique au cours de la dernière année, dû en particulier à la baisse des recettes de l’Octroi de mer. Or, de graves menaces pèsent sur cet impot qui est à la fois une source de revenus capitale pour les communes de La Réunion, mais encore une protection essentielle du marché de notre pays. D’autre part, tout porte à croire que des coupes sombres vont être opérées dans les ressources allouées à l’Outre-mer. En effet, sous l’effet de la crise, la France a outre passé la limite de 3% assignée par l’Europe au déficit national. Devant faire face a un déficit de 8%, le gouvernement français subit les pressions de l’Europe, et s’est engagé à retourner à 3% dans les trois années qui viennent. Comment peut-on imaginer que ces décisions d’austerité n’auront aucun impact sur l’ensemble des projets et des réalisations entrepris par les collectivités réunionnaises ?
Face à cette vague de problèmes économiques, notre île dispose d’un atout : celui d’avoir pu faire ratifier avant la crise le protocole de Matignon, qui dote les grands projets réunionnais du Tram-train et de la Route du littoral d’une enveloppe assurée de 2.200.000.000 euros. Laissera-t-on pérorer ceux qui prétendent le mettre à la poubelle, sans leur demander comment ils entendent concrètement obtenir mieux, plus et plus vite, alors que souffle le vent de la crise, et que les finances publiques sont en bernes ? L’émergence d’une campagne véritable qui aborde enfin ces problèmes pose aux piliers de la démocratie réunionnaise un véritable défi : pourront-ils se dégager de l’emprise des manipulations et de sensationnalismes politiciens, pour enfin offrir un véritable forum démocratique aux citoyens de notre île ?

Geoffroy Géraud-Legros


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