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« Faisons de notre combat communiste la réalité de demain sur la base de nos rêves d’aujourd’hui »

Paul Vergès

Manuel Marchal / 6 décembre 2010

C’est un discours d’un des fondateurs du Parti communiste réunionnais qui a conclu son 7ème Congrès. Paul Vergès a rappelé combien les luttes de demain se construisent sur les combats de nos ancêtres. La réalité de notre époque appelle à de nouvelles solutions, qui ne sont pas celles qui sont mises en œuvre depuis 50 ans.

Intervenant en clôture du 7ème Congrès du Parti communiste réunionnais, Paul Vergès a tout d’abord rappelé l’ampleur de la crise. La Réunion connaît aujourd’hui « un degré de chômage jamais vu à La Réunion » avec plus de 110.000, plus de 30.000 demandes de logement, des problèmes de santé, 110.000 illettrés.
Les victimes de la crise ne seront pas seulement les couches les plus vulnérables. La fonction publique est actuellement touchée par les suppressions de postes, elle pourrait l’être demain dans ses revenus.
Paul Vergès constate également l’atteinte au patrimoine accumulé par le travail des Réunionnais. C’est notamment la prise de contrôle des deux dernières usines sucrières par un groupe extérieur, ce sont les difficultés du Groupe Caillé, et le rachat possible de Foucques par une compagnie française.
« Cette crise structurelle est exceptionnelle dans sa gravité et son ampleur », note Paul Vergès, « et elle va s’aggraver encore », car notre île est confrontée à des rendez-vous certains.
Elle comptera 200.000 habitants de plus d’ici 15 ans, soit 100.000 travailleurs de plus dans la population active. S’ajoute le gel des crédits versés par l’État aux collectivités, c’est un « appauvrissement annoncé ».
D’ici 2014 sera décidé l’avenir de la canne. L’application des Accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les pays de la région nous mettra « face à un regroupement de plusieurs centaines millions de personnes ».
Face à cette aggravation de la situation, des décisions irresponsables sont prises à La Réunion avec l’arrêt des chantiers.

Des défis considérables

« Tenter de faire croire aux Réunionnais qu’il existe des solutions comme celles d’il y a 50 ans, c’est mentir aux Réunionnais », dit en substance Paul Vergès, « l’assimilation ne peut plus offrir de solutions nouvelles ».
Les défis sont considérables : « comment empêcher une ruine annoncée et organisée ? Comment aider les plus pauvres ? Comment sauver les jeunes de La Réunion qui arrivent dans la vie active ? ».
Paul Vergès rappelle ensuite plusieurs projets qui pourraient être mis en œuvre pour créer des emplois dans le pays, par exemple le lagunage pour traiter la question de l’assainissement des eaux usées.
Le fondateur du PCR appelle à placer ces solutions qui donneront du travail aux Réunionnais dans les débats des élections. Des projets qui s’inscrivent dans la lutte continuelle d’un peuple pour sa liberté.
Car notre île est encore marquée par l’idéologie post-coloniale. « Il faut réfléchir à l’accumulation de tout ce qu’on a mis dans la tête des Réunionnais, l’assistance et le manque de confiance en soi ».

« Notre fierté »

Dans la dernière partie de son discours, Paul Vergès revient sur les luttes menées par le Parti qui s’inscrit dans l’Histoire de ces 64 dernières années qui ont marqué La Réunion comme jamais aucune autre époque.
L’abolition du statut colonial en 1946, « c’est la première victoire obtenue par les Réunionnais eux-mêmes. C’est le premier renversement de responsabilité », car c’est une initiative partie des Réunionnais qui ont élu deux députés qui ont ensuite porté cette revendication à l’Assemblée nationale.
Paul Vergès rappelle ensuite la répression qui a frappé le Parti et son journal "Témoignages", saisi 43 fois, et dont le directeur a été inculpé d’atteinte à l’intégrité du territoire en vue d’être traduit devant la Cour de sûreté de l’État.
Paul Vergès rend hommage aux victimes de la répression, des Réunionnais tués, emprisonnés ou déportés parce qu’ils portaient les mots d’ordre du Parti communiste réunionnais. Il propose que la prochaine campagne d’adhésion porte les noms de tous ces combattants de la liberté.
Le PCR, c’est aussi 50 ans de luttes pour imposer l’égalité.
« Notre fierté est d’avoir un Parti communiste qui joue un rôle central à La Réunion ». Un parti qui a réussi à rassembler à l’image du CRADS fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour arracher l’abolition du statut colonial.
« En cette fin de la période post-coloniale, nous devons imaginer un plan de développement durable », souligne Paul Vergès, « le parti a un rendez-vous avec l’Histoire ».
Il appelle à « ouvrir l’ère de la responsabilité enfin conquise, fidèles aux sacrifices de nos ancêtres ». Et de conclure : « faisons de notre combat communiste la réalité de demain sur base de nos rêves d’aujourd’hui ».

Manuel Marchal


Faisons face aux insultes racistes

Paul Vergès est revenu sur la série d’insultes racistes qui a visé le peuple réunionnais. Après le professeur qui a déclaré que les Réunionnais sont des brutes et les Réunionnaises des prostituées, il y eut la députée nouvellement nommée qui considère le créole comme une langue KK.
Et Paul Vergès de souligner que nous devons répondre aux insulteurs, rappelant cette phrase d’Aimé Césaire : « Nègre je suis, nègre je resterai ».


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