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Firose Gador : « Alon unir a nou, alon renfors a nou pou relève le défi »

Les interventions de l’Assemblée extraordinaire de La Rivière

Témoignages.re / 4 octobre 2012

Firose Gador, membre du Conseil de la Reconstruction, a lu un rapport sur la situation sociale de La Réunion.
Voici le texte de son intervention prononcé dimanche à La Rivière.

Chers amis, chers camarades,
Le modèle économique dominant dans le monde sous la dictature de la finance et des marchés est en crise, provoquant ici et là des guerres, des catastrophes humanitaires (famines, pauvreté, etc.), provoquant aussi des faillites financières de banques, et même des États.
Le chômage et la pauvreté s’accroissent, même dans des pays riches et développés comme en Europe. La France, elle aussi, n’est pas épargnée.

Ce modèle de développement impacte également l’environnement, à tel point que les conséquences sur le climat et la biodiversité sont catastrophiques.

Jamais le système capitaliste n’a autant étalé sa nocivité. Ce qui doit être un encouragement pour les hommes et les femmes de progrès dans le monde à unir leurs forces pour dépasser ce système le plus rapidement possible avant que ses effets ne soient irréparables.
Le PCR doit réaffirmer son attachement à cette solidarité internationale.
La Réunion, quant à elle, est frappée de plein fouet par la crise :

Le chômage

Chez nous, le chômage a atteint des records. Les derniers chiffres du Pôle Emploi font état de plus de 158.000 demandeurs d’emploi et la progression est de plus de 6% par an.

Seuls 44% des Réunionnais ont un emploi. C’est 20 points de moins qu’en France. Le taux d’emploi à La Réunion est le plus faible de tous les départements français. Ce qui n’est pas pour consolider la cohésion sociale de notre territoire.

L’illettrisme

Ajouter à cela, l’illettrisme touche 120.000 personnes ici dans notre pays. Ce qui met en relief, de manière générale, le problème de la dégradation du milieu socio-éducatif des familles et le problème de l’enseignement à La Réunion. Le corps enseignant dans son ensemble n’est pas en cause, mais il faut lui donner les moyens, avec les autres acteurs socio-éducatifs, d’agir à l’éradication de ce fléau.

La pauvreté

Par ailleurs, les chiffres font apparaître une aggravation de la précarité à La Réunion. Un Réunionnais sur 2 est en situation de pauvreté et la raison essentielle est liée au manque d’emplois. Les allocataires des minima sociaux n’ont jamais été aussi nombreux. En 2011, La Réunion comptait près de 150.300 allocataires d’une des prestations du minimum social.

Signalons la responsabilité de l’État dans la persistance d’une Réunion coupée en deux mondes. D’un côté, l’État surpaye ses agents pour faire face au coût de la vie ici, mais d’autre part, il fixe le SMIC, les minima sociaux (RSA), sans tenir compte de ce coût de la vie. Qui est le même pour tous. Il en résulte une société à deux vitesses, un véritable Apartheid social que nous ne pouvons pas accepter. Pas seulement en tant que communistes, mais aussi en tant qu’êtres humains.

Le logement

La situation du logement à La Réunion est aussi indicatrice d’un grave malaise social. Quand on sait que près de 25.000 familles attendent d’avoir un toit et de vivre décemment. Pour répondre à la demande, cela représente près de 6.000 logements sociaux par an à livrer. Or, en 2010, on a livré 1.095 logements sociaux, et en 2011, près de 2000… Alors [chers amis, chers camarades] on est encore loin du compte des 6.000 logements par an.

Telle est la situation dans notre pays aujourd’hui. Elle n’a rien de comparable avec celle de l’Espagne, du Portugal ou de la Grèce.
Là-bas, avec 20% de chômeurs, le pays est en ébullition. Ici, nous en sommes à 30% et celui des jeunes à 60%. Des jeunes souvent formés, diplômés et sans travail. On ne peut pas condamner des jeunes d’un pays à une telle situation de désespérance. Et il est normal qu’ils se rebellent, et au lieu de les comprendre et de leur offrir des perspectives, on les réprime.

En février, plus 120 jeunes ont été jetés en prison arbitrairement parce qu’ils manifestaient contre le chômage et la vie chère. Ils ont été lourdement condamnés. Beaucoup d’entre eux sont encore en prison. Nous exigeons qu’ils soient remis en liberté et qu’aucune trace ne figure dans leurs casiers judiciaires.

Pour continuer sur ce sujet, abordons le problème de la vie chère.

La vie chère

Ce n’est pas seulement un problème de prix, de fiscalité et de tarifs bancaires, mais aussi cela pose le problème des revenus. Sur le problème de revenus, un atelier a travaillé sur la question et Julie vous rendra compte de ces travaux tout à l’heure.

Le projet de loi Lurel comporte des aspects non négatifs puisqu’ils tendent à limiter la liberté d’action des monopoles et d’assurer la concurrence.

L’un des facteurs de la formation des prix, c’est l’approvisionnement et le coût d’approche. Pour la totalité de nos importations, 64% viennent de France et de l’Union européenne.

Cette importation i supporte un fret de plus de 10.000 km, mais aussi un coût de transport de plus en plus cher. Le prix de la marchandise lé cher et le transport lé cher, [alors là] nou néna toutes les conditions pour qu’au final, les produits soient le plus cher pour les consommateurs.

L’approvisionnement à partir de la Métropole ne change en rien de la période coloniale sous Colbert… Depuis 300 ans. Or, la solution serait de pouvoir importer dans notre zone géographique pour un coût moins cher. Le commerce avec la zone océan Indien, c’est 3,7% [eske lé normal ? Zot i voit bien ke néna in problème puisque 64% i vien de France et d’Europe]. Nou pe faire des échanges avec nout zone géographique. Mais à condition que les accords commerciaux dans la zone lé contrôlé et qui ne renforcent pas encore les marges des monopoles et ne portent pas atteinte à la production réunionnaise.
Pour faciliter ces échanges, alors le PCR i propoz la création d’une compagnie régionale maritime.

Enfin, commercer le plus possible au plus proche de nous améliorerait notre bilan carbone.

Pour nous, le projet de loi Lurel ne va pas au fond des choses, car il ne remet pas en cause le Colbertisme, ce qu’on appelait à l’époque : l’Exclusif colonial, et n’agit pas sur les revenus.

Car la cherté de la vie dépend de la capacité d’achats des ménages, donc c’est aussi un problème des revenus. Mais cela sera développé dans un moment par ma camarade Julie.

Voilà, chers amis, chers camarades, la situation ici dans notre pays. Si déjà aujourd’hui, cette situation est explosive, qu’en sera-t-il demain quand nous compterons 1 million d’habitants ? Nou néna 250.000 marmay à la rentrée scolaire, donc kel avenir pou bana ? Si rien ne change, aujourd’hui 150.000 ! Mais demain nora combien ? Cette question doit interpeller toute La Réunion, mais aussi le gouvernement qui ne semble pas prendre toute la mesure de la gravité de la situation chez nous.

Alors il est urgent de trouver des solutions. Des solutions globales et cohérentes « MAINTENANT » pour reprendre un slogan déjà entendu.

Nous ne disons pas que tout doit et peut être réglé tout de suite, la tâche est immense. Mais nous disons qu’il faut changer de cap, agir sur le long terme, à 5, 10, 15 ans et plus. Et commencer dès maintenant… Et préparer la jeunesse réunionnaise à prendre en main l’avenir de son pays.

Car ce ne sont plus les mesures traditionnelles utilisées jusqu’ici qui vont régler le problème, c’est-à-dire un peu plus de contrats aidés même s’ils sont nécessaires, un peu plus de défiscalisation, etc., et toute chose restant égale par ailleurs.

Ces mesures ont atteint leurs limites, il faut changer radicalement sinon nous allons vers l’impasse.

Nous, au PCR, nous apportons nos propositions aux débats. Et c’est ce que Julie nous exposera maintenant.

Chers amis, chers camarades, ALON UNIR A NOU, ALON RENFORS A NOU POU RELÈVE LE DÉFI... C’est de la responsabilité d’un Parti communiste… d’un Parti communiste réunionnais pou son pèp.

Merci


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