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Gélita Hoarau : « je porte les couleurs d’un pays »

Elections sénatoriales

Témoignages.re / 29 août 2017

Gélita Hoarau était invitée hier de l’émission Lundi politique de la radio Réunion Première. Seule sénatrice sortante candidate au scrutin du 24 septembre, l’élue a rappelé les enjeux de cette élection. Après un mois de campagne, Gélita Hoarau a fait part de son optimisme.

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Gélita Hoarau : « Au bout d’un mois et demi de campagne, je suis optimiste (...) sans dévoiler les noms des maires et des soutiens, un accord avec des partis et des individus est possible ».

Gélita Hoarau est tout d’abord revenue sur le rôle d’un sénateur. Après avoir siégé entre 2004 et 2010 au Sénat, elle a de nouveau été appelée à y représenter La Réunion en remplacement de Paul Vergès décédé le 12 novembre 2016. Alors que des interrogations existent sur l’intérêt d’une assemblée qui n’a pas le dernier mot dans le vote des lois, l’élue sortante a précisé que le Sénat s’est rajeuni et féminisé. « Il est possible d’y faire avancer projets et point de vue », a-t-elle précisé. Elle rappelle qu’une mission sénatoriale s’est rendue sur le terrain lors des grandes grèves de 2009. « Nous sommes de vrais relais des collectivités, des maires, des conseillers départementaux, du secteur associatif ». Le Sénat a aussi un rôle d’amendement des textes de loi. Gélita Hoarau considère que la Haute assemblée est également une tribune qui permet de porter la voix de La Réunion. À titre d’exemple, elle cite l’épidémie de chikungunya qui avait touché notre île en 2006. Au Sénat, les interventions de Gélita Hoarau avaient permis une meilleure prise en compte de la situation de La Réunion et de l’importance de mesures adaptées pour relever une économie durement touchée.

Porter un projet

Les sénatoriales sont un scrutin particulier, car il n’est ouvert qu’aux élus et aux délégués des conseillers municipaux. Cela signifie également que les rapports de force issus des dernières élections municipales ont une forte influence. Depuis 2014, le PCR ne dirige plus qu’une commune sur 24. Gélita Hoarau a rappelé que quand le PCR lui a demandé d’être tête de liste, elle a répondu présente. « La réalité est de dire que nous n’avons qu’une commune. J’y vais en portant haut les couleurs non pas d’un parti mais d’un pays ». La campagne électorale est donc tout d’abord pour Gélita Hoarau l’occasion de porter le projet du PCR. « C’est un moment d’échange avec les élus. Ces grands électeurs ont regardé mon travail du premier mandat, la manière dont j’ai été avec eux, comment je peux porter leur projet et cela se passe plutôt bien », a-t-elle ajouté. Elle a demandé une rencontre à tous les maires et responsables de parti. Les réponses positives ont débouché sur des rencontres avec les conseils municipaux. Des entretiens individuels ont également eu lieu. Ces échanges permettent d’expliquer un projet pour La Réunion.

« Au bout d’un mois et demi de campagne, je suis optimiste », a-t-elle indiqué, « sans dévoiler les noms des maires et des soutiens, un accord avec des partis et des individus est possible ».

En effet, lors de ces différentes rencontre, la sénatrice a pu constater la reconnaissance du travail mené depuis des dizaines d’années par le PCR. « Vous portez un vrai projet de développement et c’est pour cela que l’on te suit », est une phrase qui résume la teneur de ces entretiens.

Communisme à La Réunion

La partie suivante de l’entretien a porté sur la définition de communiste. Pour Gélita Hoarau, « c’est défendre un projet, être à côté des plus nécessiteux. C’est également voir au-delà de notre pays ce qui se passe. Comment contribuer à un meilleur être de la population ? Le communisme prend tout son sens avec ce que traverse le pays ».

Au sujet de la perte d’influence électorale du PCR, Gélita Hoarau a noté que « le PCR en voix et en élus représente moins. Mais il reconquiert une base. Avons-nous fait ce que nous devions faire à l’endroit où nous étions ? ». Elle a constaté que l’arrivée du Parti à des positions de pouvoir est une explication au recul observé ces dernières années. Des cadres du PCR sont devenus des gestionnaires de collectivité, et la proximité avec la population n’était plus là. Certains se sont alors déterminés par rapport à cette position et se sont éloignés du PCR. Un phénomène qui touche les autres partis, a-t-elle dit.

Paul Vergès et le peuple réunionnais

Gélita Hoarau a également été interrogée sur Paul Vergès, son prédécesseur au Sénat. Elle lui a succédé à la suite de son décès en novembre dernier. « Paul Vergès a laissé son empreinte dans la société réunionnaise. S’il y a un peuple réunionnais, c’est le travail de Paul Vergès. Il a été une histoire », a-t-elle dit. C’est dans cette histoire qu’a baigné Gélita Hoarau dès sa jeunesse. « J’ai connu la misère et maman était avec le Dr Vergès. Elle me disait comment il aidait les plus pauvres, et comment il a voulu aider le plus grand nombre avec la loi du 19 mars. J’étais nourrie de cela ».

« J’avais besoin de comprendre mon identité. Paul Vergès parlait de la langue créole, de l’identité réunionnaise et du peuplement », a-t-elle poursuivi, « au lycée, j’ai commencé à militer dans le FJAR. J’ai ensuite pris ma carte au PCR. Paul Vergès représente énormément pour moi ». Elle a salué le combat d’un Réunionnais qui a lutté jusqu’au bout, car il voulait participer au débat sur une loi portant sur La Réunion.

Les questions sur l’actualité ont d’abord porté sur l’environnement. À ce sujet, la sénatrice a souligné qu’il est temps de remettre en cause notre mode de production. « À La Réunion, il est possible de faire sortir de terre des projets de protection de l’environnement ».

Sur les contrats aidés, elle a déclaré qu’il ne faut pas couper du jour au lendemain. Il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir à une alternative. « Les plus pauvres sont les personnes qui ont droit à ces contrats. Le gouvernement n’a pas le droit de couper cela ». La rentrée scolaire a rappelé que l’école fonctionne grâce aux contrats aidés. Or, « l’école est un service public, ce personnel est dans l’Éducation nationale », c’est à l’État de faire face en recrutant un personnel pérenne intégré dans l’Education nationale.

Les décisions doivent se prendre à La Réunion

Sur le projet de nouvelle « Loi travail », Gélita Hoarau a rappelé que des travailleurs ont mis des dizaines d’années à construire un socle de protection sociale. Elle est donc aux côtés de ceux qui luttent pour préserver les droits des travailleurs.

Sur l’emploi des Réunionnais à La Réunion, Gélita Hoarau est avec Gilles Leperlier pour dire qu’il faut un moratoire dans les recrutements. Ceci permettra l’embauche de jeunes Réunionnais à compétence égale pour faire reculer le chômage.

En conclusion, la sénatrice a réaffirmé qu’ « il faut arriver à porter un projet réunionnais partant de la situation réunionnaise. Comment discuter avec le pouvoir pour ce projet réunionnais ? » Gélita Hoarau plaide pour que les décisions se prennent à La Réunion, ainsi que pour un approfondissement de la démocratie : « nous demandons des élections à la proportionnelle intégrale pour qu’il puisse y avoir un véritable débat ».