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GERRI : beaucoup de bruit… pour une manipulation ?

Un article du "JIR" annonce la fin d’un projet du gouvernement

Geoffroy Géraud-Legros / 10 juillet 2010

C’est une bien curieuse impression que procure la lecture de l’article que consacre le "JIR" d’hier aux destinées du Groupe d’intérêt public (GIP) GERRI, ambitieux programme qui prétendait faire de notre île un exemple de développement durable à l’échelle du monde. A en croire notre confrère, GERRI, c’est fini. C’est ce qu’aurait annoncé avant-hier Yolaine Coste, remplaçante au pied levé de Didier Robert, absent cette fois encore lors des débats. Ainsi, la vice-présidente annonce la suppression d’un trait de plume d’un dispositif qui a fait tant couler d’encre et provoqué tant de déclarations emphatiques.

Une déclaration qui ne peut qu’étonner. Car une simple visite sur le site internet (toujours en ligne) de GERRI suffit pour comprendre le message qu’a voulu faire passer la communication autour du projet : GERRI, c’est du sérieux. GERRI, c’est du "lourd". Et c’est rien moins que le Président de la République qui est mis en avant par la vitrine officielle du GIP, via deux photographies où l’on voit un Nicolas Sarkozy d’allure volontaire discourir et visiter une centrale photoélectrique. La promotion du GIP affiche l’ambition non dissimulée de « faire de La Réunion le premier territoire au monde, d’ici 2030, d’intégration dans une société de toutes les innovations environnementales intéressant la mobilité, l’énergie et ses usages, l’urbanisme, la construction et le tourisme ». La création de GERRI affiche un objectif qui vise donc à faire de La Réunion une terre d’excellence au niveau mondial… Cela grâce à un vaste partenariat entre l’Etat, la Région et le Département, ainsi que des acteurs privés.

Ambitions affichées

La communication a d’ailleurs été à la mesure de l’importance que l’on voulait donner à l’évènement : la brochure de "GERRI" a bénéficié d’une conception moderniste : Pierre-Henry Maccioni, alors Préfet de La Réunion, y posait en haute couture, dans un environnement lounge, entouré des soins de stylistes et de photographes les plus en vogue dans notre pays. On comprend donc mal que ce projet d’une ampleur inégalée puisse être aujourd’hui annulé par seulement quelques phrases de la 8ème Vice-présidente de la Région, en l’absence même du Président nouvellement élu de l’institution. Ou alors doit-on conclure que GERRI n’a été finalement que "communication"… et poudre aux yeux ?

Prise en main de l’Etat…

Ce qui est certain, c’est que l’annonce rapportée par notre confrère ravive les débats qui avaient eu lieu lors du lancement du GIP. On se souvient qu’à cette époque, plusieurs observateurs s’interrogeaient sur le rôle et les motivations véritables de GERRI.
Et il est vrai que l’apparition de GERRI portait à s’interroger : en effet, le projet était intimement lié à l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy et du lancement à grand fracas du "Grenelle de l’Environnement". A la recherche de bases concrètes, les regards de l’Elysée se tournèrent naturellement vers la Région Réunion, qui avait développé un programme avant-gardiste de développement durable. Orienté vers l’objectif de l’autonomie énergétique à l’horizon 2025, celui-ci donnait à notre île une longueur d’avance : n’y avait-il pas en 2007 plus de 50.000 chauffe-eau solaires, soit plus que sur l’ensemble du territoire de la République ?
Parallèlement, les Réunionnais élevaient des éoliennes, lançaient des centrales productrices d’électricité et des programmes destinés à tirer de l’énergie de l’océan.

… ou récupération politicienne ?

Le Conseil régional était le grand maître d’œuvre de cette politique. Pourtant, l’Etat ne choisit pas la voie du partenariat et de l’accompagnement, mais celle de la prise en main de la dynamique : GERRI était né, et "encadrait" la politique régionale déjà engagée.
Pour justifier son intervention, l’Etat faisait valoir sa capacité à rassembler plus d’investissements autour du projet. Pour ce faire, les autorités centrales entendaient "placer" un patron du CAC 40 à la Direction du GIP. Thierry Desmarets, de Total, avait été d’abord pressenti ; le choix définitif finit par se porter sur Jacques de Chateauvieux, acteur réunionnais du CAC 40. Le dispositif était au point : GERRI n’attendait plus qu’une volonté politique pour démarrer.
L’information rapportée par le "JIR" d’hier laisse entendre que tout cet édifice pourrait disparaître d’un seul coup, au profit d’une vague « cellule gérée par la Région ». Une décision qui, le note justement notre confrère, permettrait à l’Etat de se désengager, au travers d’« une dépense en moins ». Voilà qui amène de l’eau au moulin de celles et ceux qui craignaient à l’époque que, derrière les frais de communication, GERRI n’ait été finalement qu’une entreprise de récupération politique d’un travail accompli par la Région Réunion, en vue de légitimer l’action de l’UMP… et les visées électoralistes de ses représentants à La Réunion.

Geoffroy Géraud-Legros


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