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Gilbert Annette persiste, signe, et se trompe

Après la catastrophe des régionales

Geoffroy Géraud-Legros / 24 mars 2010

Placés face à leur responsabilité après la victoire de l’UMP, certains dirigeants socialistes voudraient se défausser sur l’Alliance. Une attitude qui ne convainct personne dans l’opinion, et est de moins en moins entendue au sein du PS.

Gilbert Annette s’est exprimé hier de manière sur les causes de la défaite des forces de progrès le 21 Mars dernier. Argumentation fort peu convaincante : a en croire le maire PS de Saint-Denis, Paul Vergès, tête de liste de l’Alliance, aurait « fait perdre la Gauche ». Difficile d’entendre pareil argument face aux résultats du premier tour des Régionales : l’Alliance arrivait en tête rassemblant plus de 30% des voix, suivie par l’UMP de Didier Robert ; avec un peu moins de 13% des suffrages, le PS n’était qu’en troisième position. La simple logique et la tradition républicaine commandaient que, comme dans le reste de la France, l’union ou le désistement aient lieu en faveur de la liste arrivée en tête dans le camp des forces de progrès, seule en mesure de l’emporter.

Signes avant-coureurs

Comme le fait remarquer notre confrère au cours de l’interview, Martine Aubry, secrétaire nationale du PS, avait pourtant donné des consignes strictes : aucune Région ne devait passer à droite ; l’UMP devait être battue partout. Au cours des régionales, la dirigeante socialiste n’a effectué que deux déplacements : l’un à La Réunion, l’autre… en Alsace, détenue par l’UMP depuis 2004, et seule Région où le parti de Nicolas Sarkozy avait de réelles chances de l’emporter. Les destinations très ciblées de Martine Aubry laissent penser que déjà, celle-ci voyait se profiler le problème dans la fédération socialiste La Réunion. Ces craintes ont été confirmées l’Alsace est restée entre les mains de l’UMP, et à La Réunion, les dirigeants socialistes ont refusé l’union, après une nuit de négociation.

Le choix de la défaite

Quelle est la raison de cette rupture ? Selon Gilbert Annette, « Paul Vergès refusait de prendre en compte la situation actuelle des Réunionnais ». Cette formule qui ne veut rien dire ne peut faire écran aux faits : l’attitude de fermeture des responsables socialistes a été telle qu’ils ont préféré perdre l’élection en perdant des candidats plutôt que de gagner les régionales en accroissant leur représentation au sein de l’Assemblée régionale. En effet, les socialistes se retrouvent aujourd’hui avec seulement 5 sièges, auxquels il faut ajouter celui que détient la MRC Christine Soupramanien ; PS et apparentée totalisent aujourd’hui 6 représentants, contre le double à l’Alliance, et 27 à l’UMP. Or, l’Alliance avait proposé 8 à 9 sièges au Parti socialiste au sein d’une liste mathématiquement certaine de détenir la majorité.

Critique interne

Comment expliquer cette attitude, sinon par l’exclusion de principe de toute Alliance, que Gilbert Annette tente aujourd’hui de passer sous silence ?
La critique vient de l’intérieur du PS réunionnais comme de la direction nationale, où le cas de La Réunion fait l’objet d’analyses opposées ; au plus haut niveau, on pointe semble-t-il les responsabilités des dirigeants réunionnais dans l’échec du second tour. A La Réunion, Mickaël Nativel a soulevé le problème, imputant en des termes très explicites la responsabilité de la rupture à Gilbert Annette…qui tente bien maladroitement de se défausser sur la tête de liste de l’Alliance et même sur le PCR.

Geoffroy Géraud-Legros


PS : casser le PCR à tout prix ?

Selon Gilbert Annette, « il faut reconstruire des relations plus normales avec le PCR ». On ne peut qu’abonder dans ce sens, tant l’hostilité de certains dirigeants socialistes a fait de tort à la progression des forces de changement social…et au Parti socialiste lui-même.
En 2004, les dirigeants socialistes avaient déjà pris le risque de la rupture, face à une droite offensive animée par Jean-Pierre Raffarin. Six années plus tard, cette stratégie a connu un nouvel échec, que paieront cette fois tous les Réunionnais. Le PS y perd beaucoup : il ne recueille la majorité que dans deux communes sur les 5 qu’il détient. Plus particulièrement, il perd pied dans le chef-lieu, où il se retrouve relégué au rang de troisième force, derrière l’UMP et l’Alliance. Pour quelle raison le PS persiste-t-il dans une orientation suicidaire ?
Sans doute la réponse doit-elle être recherchée dans les choix idéologiques de certains dirigeants, pour qui « casser » le PCR passe avant toute autre considération. Choix qui est apparu clairement la semaine dernière, lorsqu’à l’occasion d’une réunion Jean-Claude Fruteau aurait appelé sans ambiguïté ceux qui ne souhaitaient pas voter pour Michel Vergoz à voter pour Didier Robert ! Un type de pratique bien différent de la volonté, revendiquée par Gilbert Annette, de « faire l’union au second tour avec les forces de progrès »…

G G-L


De 13% à 13% : un quart de siècle de PS aux Régionales

Gilbert Annette, Michel Vergoz et quelques autres ont entonné le même couplet. La responsabilité de la défaite de la gauche revient à l’Alliance, au PCR, et à Paul Vergès. Discours fort peu crédible aux yeux d’une opinion qui a vu le Parti socialiste imposer une triangulaire avec à peine 13% des voix à l’issue du premier tour. Mise en perspective historique, la contre-performance du PS fait apparaître un Parti qui, en termes de pourcentages, fait du sur-place depuis la création du Conseil régional en 1983. A l’issue de la première élection régionale, le PS avait alors réalisé un score exactement identique à celui du 14 mars dernier : 13%. Il avait pourtant reçu en 2010, dès le premier tour l’appui de formations à l’influence non négligeables, telles que le MRC et le PSR.

G G-L


Le PS dernier à Saint-Denis : la faute à "Témoignages" selon Gilbert Annette ?

Dans "le Quotidien" d’hier, Gilbert Annette dit que le PS était « la cible de "Témoignages" », ce qui a été une des raisons qui explique pourquoi avec 13% au premier tour, le PS a décidé de se maintenir au deuxième tour et de faire gagner l’UMP.
Une fois de plus, le premier secrétaire de la Fédération PS de La Réunion cherche n’importe quel prétexte pour justifier la décision des dirigeants socialistes de refuser l’union. S’il en arrive à utiliser ce type d’argument, c’est qu’il n’en a aucun qui tienne la route.
À Saint-Denis, dans la commune dirigée par Gilbert Annette, le PS est arrivé dernier au deuxième tour, et troisième au premier tour. Va-t-il dire que c’est parce que « nous étions la cible de "Témoignages" » que le PS a fait un si mauvais résultat dans la commune dirigée par le premier secrétaire de la Fédération départementale PS ?


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