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Grands projets ou grandes filières structurants pour assurer les conditions d’un développement durable et solidaire

Propositions du Parti communiste réunionnais pour les États généraux de l’Outre-mer — 3 —

Témoignages.re / 22 juillet 2009

Dans l’atelier 3 des États-généraux de l’Outre-mer, intitulé "Grands projets structurants et conditions du développement durable", le Parti communiste réunionnais décline sa contribution autour de deux grands axes : les filières du développement durable et l’aménagement du territoire. Il s’agit de construire une stratégie de développement adaptée à nos spécificités, à partir de nos atouts.

« Rappelons que nous vivons dans :

• Une île tropicale vulnérable, exposée au changement climatique, mais riche aussi de ses atouts naturels et humains ;
• Une île héritière d’une histoire violente, mais qui n’a pas empêché la création et la transmission de valeurs de solidarité et de respect de la diversité ;
• Une île qui doit faire face à la fin de la transition démographique, marquée à la fois par le vieillissement de la population et une forte augmentation de la population active dans la décennie à venir.

Les grands projets et grandes filières structurants doivent prendre en compte ces aspects, transformant au besoin les contraintes en atouts suivant deux grands axes :
Les grandes filières du développement durable
L’aménagement du territoire

Reformulons le titre ainsi :

Quels grands projets ou grandes filières structurants pour assurer les conditions d’un développement durable et solidaire ?

Il nous semble nécessaire de rappeler le contenu de la notion de « développement durable », souvent utilisée sans être toujours bien définie.
On propose que le développement durable s’appuie sur quatre piliers : économique, social, environnemental et culturel.

• Pilier économique
Que produit-on ? À partir de quelles matières premières, locales ou importées ? Pour quelle valeur ajoutée ? En vue de la consommation interne ou de l’exportation ?

• Pilier social
– Quel mode d’organisation sociale de la production ? Toutes les composantes de la population trouvent-elles à s’intégrer dans le processus de production et à quelle place ? Bénéficient-elles équitablement des fruits du travail ?

• Pilier environnemental
– Comment utiliser les ressources naturelles pour les besoins actuels et, en même temps, les préserver pour satisfaire les besoins des générations futures (tel est le sens du terme « durable ») ? Concrètement, faut-il continuer à épuiser les énergies fossiles, polluantes, ou valoriser les énergies renouvelables et propres ? Comment aménager notre habitat et l’insérer dans notre environnement ?

• Pilier culturel
– Souvent négligé dans la référence au développement durable. Or, c’est la culture qui fait lien par la langue, la transmission de valeurs collectives, plus ou moins partagées, par la construction, à travers les générations successives, d’un vivre ensemble spécifique. De même qu’il s’agit de transmettre un environnement habitable aux générations futures, nous avons à nous poser la question du modèle de société à leur laisser en héritage.


I– Les grandes filières du Développement Durable
Deux approches sont nécessaires dans le cadre de ces grandes filières. Tout d’abord, comment les dynamiser, les conforter et ensuite que proposons-nous d’innovant pour atteindre nos objectifs de développement durable ?

A] Dynamiser/conforter
Des filières existantes montrent déjà un certain dynamisme, mais il faut les structurer et les conforter.

1) Tourisme
• C’est un axe fort du développement de La Réunion, petite île au milieu de l’océan Indien, avec une sécurité sanitaire et stabilité politique qui doit permettre de développer son potentiel intra-régional en augmentant son quota de chambres. Le tourisme qui se tourne vers l’extérieur doit viser une clientèle haute et moyenne gamme afin de parfaire et de contribuer à l’image positive de l’île. De plus, un développement du tourisme local au travers d’espaces de camping et de caravaning va permettre aux différentes populations des quatre coins de l’île de se mouvoir plus facilement en profitant de sites majestueux sur des abris sécurisés et aménagés. Ces sites vont aussi attirés les touristes affinitaires.

2) Santé
• En matière de santé, il faut promouvoir la création d’un Centre hospitalier universitaire afin de permettre la formation des médecins de La Réunion et de la zone. La création d’un pôle universitaire hospitalier contribuera à former du personnel public, privé, et ce sont plus de 1.000 emplois permanents qui sont à prévoir pour les besoins en fonctionnement.

3) Éducation et Formation
• Compte tenu de notre croissance démographique avec une jeunesse forte mais surtout le nombre de départs en retraite dans les organismes de formation et de l’Éducation nationale ; ce secteur est donc un gisement d’emplois à privilégier, notamment par la création d’un pôle d’excellence en créant un Institut Régional Administratif (IRA). De plus, il devient urgent de titulariser les contractuels dans toutes les fonctions publiques afin de pérenniser les emplois et de permettre un service public de qualité.
L’instruction, la connaissance, la formation pour nos jeunes sont des atouts indispensables pour un développement endogène de notre île. Des milliers d’emplois d’ingénieur, de médecin, de technicien, etc… seront nécessaires et devront trouver leur réponse au sein de cette jeunesse qualifiée et volontaire.

4) Agro-nutrition
• La création de la Zone franche d’activité globale va permettre à cette filière d’être plus ambitieuse, à créer au moins 10.000 emplois grâce au soutien des pouvoirs publics et surtout à la création d’établissement de formation supérieure et l’installation de plusieurs centres de recherche.

5) Artisanat
• Secteur en mutation qui doit s’adapter aux nouvelles règles économiques de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et des APE (Accord Partenariat Economique). Le savoir-faire réunionnais, au travers de l’artisanat d’Art et des Métiers, doit permettre une formation de ses dirigeants et un encadrement des évènementiels thématiques afin de créer de milliers d’emplois.

6) Industrie
• Secteur qui, jusqu’à maintenant, était en forte croissance, soit le double du taux métropolitain, l’industrie devra aussi redéfinir ses stratégies, d’une part, compte tenu de la crise et des subventions qui s’amenuisent, d’autre part, du fait de la concurrence des pays de la zone et de l’Europe. Néanmoins, des atouts existent et devront être mis en lien avec les distributeurs mondiaux et financiers pour des produits à forte valeur ajoutée favorisant ainsi la croissance et un développement durable de l’île.

7) Nouvelle technologie de l’Informatique et de la Communication
• C’est un enjeu majeur où le monopole doit être brisé sous l’impulsion de la demande des usagers et de la politique ambitieuse que mène la Région Réunion. La fracture numérique doit devenir un souvenir pour tous les Réunionnais, et la NTIC un gisement d’emplois de plus de 6.000 dans ce secteur. Là encore, une ouverture vers l’extérieur, notamment l’Afrique avec le Mozambique et la grande île Madagascar par le biais d’un projet d’antenne satellitaire et de câblage, va permettre un positionnement stratégique de l’île dans la zone et surtout la création d’emplois pérennes.


B] Innover/Inventer
Des filières sont à créer, à promouvoir dans une dimension sociale, environnementale, économique et culturelle. Du moins quand elles existent, elles doivent prendre une autre dimension.

1) La lutte contre l’illettrisme : le chantier de la décennie
• La lutte contre l’illettrisme doit être le défi de la décennie à venir. L’objectif visé est d’éradiquer ce fléau social avant 2020, en mettant l’Homme réunionnais plus que jamais au cœur des apprentissages. Pour cela, il semble nécessaire de :
– Réformer les programmes d’apprentissages dans la formation initiale en prenant en compte les spécificités langagières des enfants créolophones.
Revoir le recrutement des enseignants : les enseignants qui prennent en charge le jeune public d’enfants créolophones doit être lui-même apte à comprendre le créole.
– Renforcer les filières de formations d’adultes à la lecture, en créant des postes d’agents de lutte contre l’illettrisme (avec parrainage possible d’enseignant à la retraite). On peut exploiter l’exemple d’alphabétisation de Cuba qui a été reconnu par l’UNESCO.
– Développer la connaissance de la littérature, de la culture et de l’art indigène.

2) Aide à la personne
• Des constats s’imposent. Tout d’abord, un nombre de personnes âgées en augmentation, un taux de natalité toujours fort, des besoins nouveaux donc qui apparaissent et qui ne trouvent pas de réponses aux différentes problématiques de garde, garderie, d’accompagnement divers et variés : portage de repas, repassage…
Cette filière, grâce au mode de paiement CESU (Chèque Emploi Service Universel) des travaux de ménages, de jardinage mais aussi de garde de personnes (âgées, enfants), est créatrice d’emplois pérennes, et ce, avec peu de contraintes administratives pour les multi-employeurs.
De même, cette approche de « petits boulots » diminuera le travail « clandestin » et permettra d’avoir ainsi de l’expérience pour un travail mieux rémunéré et surtout reconnu et utile.

3) Environnement
• Autre grande filière dans le développement durable qui, de par son spectre large de possibilités (lutte anti-vectorielle, traitement des déchets, tri sélectif éclaté sur le territoire, assainissement multi-forme, etc…), doit permettre la création de milliers d’emplois.
Par comparaison, aujourd’hui, une tonne des traitements de déchets coûte plus cher qu’une tonne de cannes à sucre. Il y a donc là matière à promouvoir le tri sélectif afin de diminuer le tonnage des déchets ultimes pour les éliminer et de créer ainsi de l’emploi dans les différents modes de tri.

4) Énergies renouvelables
• Les énergies renouvelables sont des vecteurs de réussite pour favoriser l’île de La Réunion sur la voie d’un développement durable. Le potentiel de l’île est considérable en énergies.

L’énergie solaire
Quelques exemples ci-après montrent que nous pourrions atteindre 2.000 mégawatts de production en électricité.
Tout d’abord, les toits des établissements publics ou des maisons individuelles qui seront recouverts de panneaux photovoltaïques ainsi que les serres agri-énergies.
De plus, la reconversion des décharges saturées de Pierrefonds et Sainte-Suzanne viendra compléter les centrales sur la route des Tamarins pour une production qui favorisera le déplacement propre des véhicules et du Tram-train dès les prochaines années.
Enfin, le taux de couverture des toitures en chauffe-eau solaires progressera, compte tenu de cette obligation pour les constructions de maisons individuelles dès 2010.

L’énergie provenant de l’océan
• Des expériences et des études sont en cours pour l’hydrolienne avec les courants marins et les énergies de la houle ainsi qu’une utilisation du différentiel de température dans la profondeur de l’océan Indien.

La biomasse
• Il faut lutter contre l’énergie fossile, donc diminuer l’importation du charbon. Une des solutions est d’utiliser les déchets verts des centres urbains en profitant aussi de la lutte contre les espèces végétales envahissantes pour fournir du combustible à la centrale bagasse/charbon.

L’énergie éolienne
• Commence à produire ses effets avec des expériences pilotes de Sainte-Suzanne et Sainte-Rose.

L’objectif est d’atteindre l’auto-suffisance énergétique et de créer dans les 20 prochaines années plus de 16.000 emplois nouveaux. Les études et expérimentations laissent entrevoir de grands espoirs !

5) Inventer un co-développement avec les pays de la zone
• Un objectif est de maîtriser les techniques de production énergétique et de les exporter dans les pays voisins de la zone qui ont parfois les mêmes atouts naturels, mais non le savoir-faire.
Un autre objectif est de créer une grande compagnie maritime afin de développer un mode de transport dans la zone (marchandise, touriste) plus efficace, et porteur de développement durable dans les domaines spécifiques, notamment celui de la pêche.
Pour mémoire, 1% des prises de pêches de l’océan Indien correspondent aux prises des marins réunionnais, ce qui engendre 1.000 emplois. Le but est d’atteindre au moins 15 à 20% afin d’augmenter le nombre d’emplois directs et indirects, favorisant dans le même temps la consommation de poissons.
Ce co-développement au niveau de la pêche, en associant l’ensemble des pays de la COI (Communauté de l’Océan Indien), se fera sur un espace maritime supérieur à la superficie de la mer Méditerranée, et permettra donc un gisement de plus de 15.000 emplois dans les 25 prochaines années.

6) Les déplacements propres
• Au-delà du Tram-train qui devra à terme couvrir le 3/4 du littoral réunionnais, il nous faut promouvoir des voitures électriques, et tout autre mode de déplacement n’utilisant plus les « carburants classiques » afin, d’une part, d’économiser les dépenses pour les acheter et, d’autre part, de gagner en produisant des énergies nouvelles et durables. Pour ce faire, il faut donc promouvoir les centres de recherche pour atteindre ces objectifs ambitieux, mais réalistes.
Autre atout pour La Réunion : un déplacement d’éco-tourisme en développant le concept d’une île cyclable.
Les sentiers pédestres (GR, Sentier Littoral…) ainsi que les zones piétonnes contribueront aussi à un mode de déplacement doux et propre !


II– Aménagement du Territoire

Le développement de filière de manière durable ne peut se faire sans un aménagement concerté et équilibré du territoire. Notre île de 2.500 km2 où 2/3 de la surface est inconstructible, compte tenu des montagnes, des lits de rivière, de l’espace volcanique… Il nous faut donc réfléchir et proposer pour le million d’habitants en 2020 un aménagement du territoire en prenant en compte tous ces défis. Par conséquent, la priorité reste la maîtrise du foncier par la puissance publique afin de l’extraire de la spéculation foncière. On pourrait envisager la taxation de la plus-value foncière.

1) Le logement
• C’est la première préoccupation de tous les Réunionnais : avoir un toit ! C’est le socle de la famille. Les opérations de type RHI ont permis au cours de ces années de supprimer la plupart des maisons insalubres, mais si nous n’offrons pas des conditions pour un « mode habité », des constructions sauvages se répandront et s’intensifieront. Dans le domaine privé, les mesures fiscales ont permis un « boum économique » dans le bâtiment, mais entraînant aussi une augmentation du prix du foncier et le coût de la construction. Il conviendra de fortifier l’outil adéquat EPFR afin de pouvoir continuer à acheter et avoir un portefeuille foncier pour les collectivités, sans oublier d’abonder financièrement le FRAFU pour permettre un aménagement de ces fonciers. Et pourquoi pas aussi d’imaginer une taxe de « plus value » à récupérer lors de modification du PLU afin de réinjecter cette somme pour la construction de logements sociaux. Dans ce domaine, les aides de l’État à la pierre : LBU doivent être plus conséquentes et garanties sur une longue période d’au moins 20 ans !

2) Les déplacements
• Aménager, c’est pouvoir se déplacer, être mobile, se rendre avec facilité d’un point à un autre. À La Réunion plus qu’ailleurs, il faudra favoriser le transport commun en site propre avec des bus mais surtout, dans l’avenir, le Tram-train.
Il faudra aussi conforter nos réseaux routiers en supprimant les radiers et en endiguant les ravines afin de mettre en sécurité les automobilistes, notamment pour le grand projet d’une nouvelle route du littoral, maillon essentiel pour le bouclage de l’île par une route de quatre voies. En ce sens, il est donc nécessaire et indispensable de poursuivre la route des Tamarins à mi-hauteur jusqu’à Saint-Joseph dans le Sud et dans l’Ouest jusqu’à la Confiance à Saint-Benoît, afin de faire la jonction avec la « voie expresse » de contournement du Tampon reliant Saint-Pierre/Saint-Benoît.

3) Les équipements publics
• L’Aménagement du territoire demande aussi un positionnement, un développement de certains équipements publics.

Par exemple
• Les pôles de santé du CHU devront être éclatés dans les quatre points cardinaux de l’île.
• L’Université doit toujours se développer dans le Sud et le Nord en fonction des filières.
• Les équipements sportifs thématiques : athlétisme, natation, sports de combat… à vocation régionale demandent une répartition concertée aux quatre coins de l’île, de même pour les équipements culturels.

Toutefois, une approche particulière, dans le cadre de l’aménagement du territoire sur l’aspect culturel, est annoncée comme le 4ème pilier du développement durable. En effet, la création d’un office culturel qui mettrait en avant la langue : mémoire historique, la dialectique réunionnaise : unicité/diversité, la géographie et l’histoire… devrait être le socle pour recréer du lien entre tous les Réunionnais et permettre de porter fièrement la création de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.


La Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise
Comme grand projet culturel structurant !

Son intitulé explicite son objectif et son contenu : faire de la diversité des origines du peuple réunionnais la base de son unité.
La rencontre sur une île, au départ inhabitée, d’hommes et de femmes venus de plusieurs îles et continents a créé une langue, un vivre ensemble, un imaginaire, des modes d’expression, des rites enrichis par les apports de chacun. Cette culture réunionnaise, à nulle autre pareille, est un héritage précieux à transmettre.
Le fait que nous soyons tous « des enfants d’immigrés, des enfants d’étrangers » (Paul Vergès) avec une histoire difficile (esclavage, engagiste, colonisation), nous avons favorisé le développement de valeurs telles que le respect de la diversité, la capacité à accueillir la différence, l’ouverture au monde, la solidarité dans les épreuves.
La MCUR est un grand projet structurant qui prend en compte cet héritage, cette création de notre histoire et qui vise à le valoriser pour renforcer notre cohésion sociale.

Si la culture réunionnaise est caractérisée par sa diversité, celle-ci n’a pas toujours été mise en valeur. Au contraire, l’assimilation coloniale a eu tendance à négliger, sinon à réprimer les expressions culturelles non-occidentales. La MCUR affirme l’égalité des cultures et permettra l’approfondissement de la connaissance de toutes les civilisations d’origine des Réunionnais et des Réunionnaises.

S’opposer à la mise en œuvre de ce projet :
• n’est-ce pas refuser l’égalité des cultures ?
• n’est-ce pas s’opposer à ce que toutes les composantes du peuple réunionnais affirment la fierté de leurs origines ?
• n’est-ce pas empêcher en particulier que celles et ceux qui ont souffert le plus de l’exil et de la domination dépassent cet héritage de souffrances ?
• n’est-ce pas vouloir freiner l’unité du peuple réunionnais ?

C’est la culture qui donne sens à notre existence, c’est la culture qui nous ouvre aux autres et nous permet de bâtir une œuvre commune.
La MCUR s’inscrit parfaitement dans un développement durable, solidaire, réunionnais, parce qu’elle nous permettra de transmettre aux générations futures les richesses que les générations passées nous ont léguées à travers leurs souffrances et leurs espoirs. Cette création doit se poursuivre, c’est un devoir, c’est aussi la condition de notre épanouissement humain.


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