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Graves menaces sur Air Austral

Une réussite réunionnaise exemplaire dans le collimateur d’un démolisseur ?

Manuel Marchal / 27 décembre 2011

Le 13 janvier prochain, l’assemblée générale d’Air Austral ne comporte qu’un seul point à l’ordre du jour : la révocation du Conseil de surveillance et son remplacement par de nouveaux membres. Paul Vergès a alerté hier sur les graves menaces qui pèsent sur le seul outil réunionnais de désenclavement du pays. Air Austral deviendra-t-elle une nouvelle IRT, où la préoccupation n’est pas de travailler au développement du pays mais de fournir des "emplois" aux amis politiques de Didier Robert ?

Le 2 décembre dernier, les actionnaires d’Air Austral étaient convoqués pour traiter une affaire très importante : accompagner le développement considérable du chiffre d’affaires de la compagnie par une augmentation de capital. Dans le contexte actuel, cette procédure vise à favoriser le développement de la compagnie en augmentant son crédit auprès des banques.
Mais à l’heure dite, la SEMATRA, une société dirigée par des capitaux publics, actionnaire principale n’était pas présente. Son président, Didier Robert, a fait savoir par écrit que cette demande n’était pas encore examinée, alors qu’elle était parvenue de longue date aux actionnaires. Quelques jours plus tard, Didier Robert donnait une réponse de principe favorable à l’augmentation de capital, assortie de plusieurs conditions. Le lendemain, le "Quotidien" titrait sur "Vergès en sursis". Cette "une" a interpellé Paul Vergès, le président du Conseil de surveillance d’Air Austral. Car comment se fait-il qu’une simple augmentation de capital faite par les actionnaires puisse avoir comme conséquence le changement de direction d’une société ? Était-ce un titre provocateur, ou alors "le Quotidien" disposait-il d’informations inconnues par le président du Conseil de surveillance ?

Les difficultés d’Air Austral ? Une opportunité pour Didier Robert

Cette interrogation a connu une première réponse hier. Paul Vergès a reçu une convocation pour une assemblée générale ordinaire qui aura lieu le 13 janvier prochain. Une seule question à l’ordre du jour : la recomposition du Conseil de surveillance par sa révocation en totalité et son remplacement.
Paul Vergès souligne que cet acte particulier a lieu dans un contexte, celui de la crise générale du transport aérien. À la différence d’Air France notamment, Air Austral a mis au point une stratégie qui permettra à la compagnie de passer ce cap difficile sans licenciement, mais à condition que la direction de l’entreprise soit toujours assurée par des personnes compétentes. Or, l’ordre du jour de la convocation pose question. Pourquoi donc demander simplement la révocation du Conseil de surveillance sans au préalable faire un rapport sur son activité ? Paul Vergès rappelle que sa politique à la tête de la compagnie a toujours été approuvée à l’unanimité par les membres du Conseil de surveillance.
Car manifestement, la Région, principal actionnaire de la SEMATRA, profite du fait qu’elle peut décider de la survie de la compagnie pour imposer la révocation du Conseil de surveillance. Dans la situation actuelle, Air Austral a en effet besoin de cette augmentation de capital. Didier Robert profite donc de la situation pour tenter de passer en force.

Vers des recrutements sans compétence ?

Les pratiques de ce dernier et de ses amis dans les instances sous leurs responsabilités font craindre le pire pour la compagnie, déplore Paul Vergès. Les plus inquiets sont les salariés d’Air Austral car avec Didier Robert, la compétence n’est pas le critère. Il n’y a qu’à voir ce que sont devenus la Région, l’IRT ou l’ARER. L’IRT s’est faite notamment remarquée par une explosion de ses effectifs. Il n’y a guère de doute, si Didier Robert s’empare du trésor réunionnais que constitue Air Austral, la séparation entre le Conseil de surveillance, qui fixe la stratégie, et le Directoire, qui gère les aspects techniques et commerciaux, va voler en éclat. C’est la porte ouverte à la démolition de l’entreprise, à la perte d’un outil qui fait la fierté des Réunionnais.
Paul Vergès rappelle que le président du Directoire d’Air Austral a d’ailleurs tenu à souligner que jamais il n’a eu à faire face à une démarche du président Pierre Lagourgue, ou de son successeur Paul Vergès, pour recruter une personne, modifier les attributions d’un salarié, ou licencier un employé de la société. Mais avec Didier Robert, ce sont d’autres méthodes. Les salariés peuvent être inquiets car ce n’est plus la compétence qui va compter, mais la politique politicienne à la mode des années 60.

Dans moins d’un an, la fin de la Région

Paul Vergès rappelle que si le président de la Région arrive à imposer ses vues le 13 janvier prochain, son mandat sera de courte durée. Dans moins d’un an, la Région et le Conseil général n’existeront plus, emportés par la réforme des collectivités territoriales voulue par Paris. Les actionnaires publics de la SEMATRA vont donc disparaître, remplacés par de nouvelles institutions issues des urnes. Les prochains dirigeants de la SEMATRA pousseront-ils jusqu’à adresser aux inspirateurs de la convocation pour le 13 janvier une lettre identique dans moins d’un an, interroge Paul Vergès.
Quoi qu’il en soit, même si Didier Robert devient le chef pendant moins d’un an, quels seront les coups portés contre l’entreprise et la mobilité des Réunionnais ? Que va devenir le projet A380 ? « La direction ne découle pas du nombre d’actions mais d’une attitude et d’une compétence », rappelle Paul Vergès. En utilisant les difficultés d’un outil qui fait la fierté des Réunionnais pour faire de la politique politicienne, Didier Robert donne un aperçu de son attitude, Air Austral est donc clairement menacée.

Manuel Marchal

Dans le Top 10 mondial de la qualité

Selon un classement établi par Air Valid, Air Austral se classe à la 8ème place des meilleures classes économiques des compagnies aériennes. Elle n’est devancée que par trois compagnies du Golfe, la Lufthansa, MEA, Swiss et Turkish Airlines. Les compagnies américaines et les autres compagnies utilisées par les Réunionnais pour se rendre en France par vol direct ou avec escale à Plaisance sont loin derrière.

Une ouverture sans comparaison dans le monde pour un petit pays

La Réunion ne compte que 800.000 habitants, et pourtant elle a une compagnie aérienne qui la relie à toutes les capitales de sa région, à l’Europe, à Bangkok, à l’Australie et à la Nouvelle-Calédonie. Tout est parti d’une demande de l’État, qui souhaitait une liaison entre La Réunion et Mayotte. Ce sont ensuite 25 années d’une réussite réunionnaise avec à la tête de la stratégie, Pierre Lagourgue puis Paul Vergès, et Gérard Éthève à la direction opérationnelle.

La hausse considérable du prix du carburant a mis la compagnie en difficulté au moment où elle se prépare à démocratiser l’usage du transport aérien avec le A380.

Malgré tout, en restructurant ses dessertes, Air Austral parvient à maintenir son activité, sans licencier aucun salarié.

Et l’A380 ?

Que connaît-on de la stratégie de Didier Robert ? Dans le domaine du transport aérien, il a mis en œuvre une mesure clientéliste : se substituer à l’État en distribuant des bons de réduction sur des billets d’avion.

Le projet d’A380 vise pour sa part à faire baisser le prix du billet pour tout le monde, toute l’année et sans subvention. Didier Robert a-t-il intérêt à voir réussir un projet qui se situe à l’opposé du clientélisme ?


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