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Grève à Air Austral : énième tentative de récupération

Geoffroy Géraud-Legros / 28 mai 2010

Saisie au vol par Didier Robert, la grève en cours à Air Austral est mise à profit pour une nouvelle opération mêlant communication et manœuvre politiciennes. Une pratique utilisée à de nombreuses reprises par le passé, qui ne fait que dégrader les conditions du dialogue social.

Il est de notoriété publique que l’UMP de Didier Robert mise plus sur la communication – la "com’" - que sur les programmes et les projets. Ses membres ont régulièrement reçu le renfort de conseillers dépêchés par l’Élysée pour progresser dans ce domaine. L’une des techniques privilégiées par cette manière superficielle de faire de la politique consiste à récupérer systématiquement les mouvements sociaux qui ont lieu dans notre pays.
De quoi faire oublier que le nouveau président de Région est un membre éminent du Conseil national de l’UMP, et qu’à ce titre, il participe activement à la politique anti-sociale menée pendant trois années de pouvoir sarkozyste.

Les promesses ne coûtent rien

Didier Robert n’a pas été avare de déclarations de "solidarité" envers les mobilisations sociales : il y a un an, il prenait fait et cause pour les assistants d’éducation. À la fin de l’année dernière, il envoyait Valérie Bénard auprès des salariés de l’ARAST. Récemment, les enseignants néotitulaires du secondaire ont eu droit à leur tour à leur lot de promesses d’engagement.

La grève d’Air Austral saisie au vol

Aujourd’hui, le président de la Région s’est invité dans le conflit qui oppose environ 80 des 900 salariés d’Air Austral à la direction de la compagnie. L’occasion était sans doute trop tentante : la grève débutait au moment précis où la ministre de l’Outre-mer venait parler continuité territoriale, alors que le dirigeant d’Air Austral se trouvait dans l’Hexagone pour des négociations avec Airbus.
Coïncidence ? RFO ouvrait de son côté d’intéressantes perspectives de communication à Didier Robert, en apportant une couverture exceptionnelle à une grève qui sortait pourtant peu de l’ordinaire, les salariés concernés réclamant en substance de pouvoir travailler plus pour gagner plus.

De la médiatisation à la médiation

Le déclenchement de ce qui devait être une "grève surprise" eut lieu en direct, devant les caméras de la télévision publique. Un comportement exceptionnel de la part d’un média intimement lié au pouvoir en place, pas vraiment connu pour porter un intérêt poussé aux mouvements sociaux des Réunionnais.
Quelques jours plus tard, le président de la Région entrait en scène, tirant la couverture à lui, promettant sa "médiation" au personnels grévistes et à la direction de l’entreprise.

Un engagement de façade…

Nul n’ignore qu’en morale sarkozyste, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. De fait, tous les destinataires de la "solidarité" du président de la Région en ont été pour leurs frais.
Les assistants d’éducation ont été jetés à la rue, sans que le député Didier Robert ne demande à ses amis du Gouvernement l’application de la loi permettant leur intégration.
Les travailleuses de l’ARAST continuent d’être maillées dans la koljak par Valérie Bénard, vice-présidente UMP de la Région, devenue pour ainsi dire la porte-parole de Didier Robert.
De leur côté, les enseignants néotitulaires ont pu camper un moment dans le hall de la Région, bénéficiant de la très médiatique bienveillance du maître des lieux… jusqu’à la veille de l’arrivée de Marie-Luce Penchard. Ils furent alors priés — avec des sourires supplémentaires — de bien vouloir débarrasser le plancher où ils avaient posé leurs sacs de couchage. À aucun moment leur hôte n’a levé le petit doigt pour régler leur problème.

… qui ruine le dialogue social

« Grand causeur, ti faiseur », a-t-on entendu dire du nouveau président de Région dans les rangs des déçus. Il faudrait ajouter : grand briseur de dialogue social, tant ses interventions de "soutien" ont systématiquement nui aux causes qu’il prétendait défendre. Car il en sera pour la grève d’Air Austral comme il en a été pour les conflits de l’ARAST, des enseignants, des assistants d’éducation : à part des mots, de la confusion, des bâtons dans les roues et des manigances politiques, les partenaires sociaux n’ont rien à espérer de Didier Robert.

Geoffroy Géraud-Legros


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