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Grève des stations-service : le gouvernement met 1.500 emplois en danger

Après la suppression du RSTA et de sa participation à la prime COSPAR

Manuel Marchal / 30 janvier 2014

Le décret du gouvernement se fixe pour but de baisser de quelques centimes le prix à la pompe. Il met en danger 1.500 emplois tout en préservant monopoles qui sont responsables de la crise du pouvoir d’achat des Réunionnais.

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Hier matin, des dizaines de milliers d’automobilistes coincés dans leur voiture pour espérer acheter quelques litres d’essence. Ce matin doit débuter la grève illimitée des stations services.

Depuis l’annonce d’une grève des stations-service à compter du 31 janvier, toutes les stations services sont prises d’assaut à La Réunion. Mardi soir, le syndicat des gérants a annoncé la grève pour jeudi, aussitôt d’importantes files se sont formées devant les stations encore ouvertes. A 22 heures à Saint-Denis, il fallait déjà attendre une bonne heure avant d’atteindre une pompe dans une station ouverte la nuit.

Hier, le mouvement s’est amplifié. Dès leur ouverture, les stations-service tournaient à plein régime. Faute d’un réapprovisionnement suffisamment rapide, elles ont commencé à être en rupture les unes après les autres.

Hier, peu avant 16 heures, l’AFP affirmait qu’ « environ 60 à 70% des stations service de La Réunion étaient déjà à sec mercredi prises d’assaut par les automobilistes après l’annonce d’une grève illimitée des gérants à compter de jeudi », selon Goulamraza Akbaraly, secrétaire du Syndicat réunionnais des exploitants des stations service (SRESS).

Quel avenir pour les pompistes ?

Ce mouvement est le résultat de la volonté du gouvernement d’imposer un décret de son ministre des Outre-mer, Victorin Lurel. Ce document prévoit de diminuer les marges de quelques centimes, espérant que cela sera répercuté sur le prix à la pompe. Mais s’il est appliqué en l’état, les compagnies pétrolières se tourneront vers les gérants pour qu’ils soient contraints de baisser leur marge. C’est précisément la marge des gérants qui permet de payer les pompistes, ils sont 1.500 à La Réunion. Leurs emplois sont menacés en cas de passage au self-service, plus rentable financièrement. C’est cette option qui a été envisagée si malgré tout le gouvernement persiste. Ainsi les compagnies pétrolières ne perdraient rien, et la facture serait reportée sur le dos des 1.500 Réunionnais menacés dans leur emploi.

30% de plus pour le chariot-type

La grève annoncée des stations-service est un nouvel échec pour le gouvernement. Ce dernier avait dit qu’une de ses priorités était la lutte pour le pouvoir d’achat. En matière de baisse des prix, le ministre Lurel a négocié avec la grande distribution un bouclier qualité prix sans remettre en cause la domination des ces groupes extérieurs sur le commerce à La Réunion. Rappelons que si les prix des produits du panier Lurel sont suivis de près, ceux du chariot-type ont vu leur prix moyen s’envoler de près de 30% en un an. C’est ce qui attend le "panier Lurel" quand son promoteur ne sera plus ministre. Car avec le système actuel, tôt ou tard la grande distribution reprend ses profits.

Une réalité : 150 euros enlevés aux travailleurs

Sur la question des carburants, le décret Lurel fait l’unanimité contre lui. Au lieu de remettre en cause la structure qui fait arriver le carburant aussi cher à La Réunion, le gouvernement tente de régler le problème à la marge.

Et il ne remet pas en cause les monopoles qui règnent sur le marché de l’énergie : EDF, Séchilienne SIDEC, Total et les trois autres compagnies pétrolières Shell, Tamoil et Engen.

Ensemble, ces sociétés extérieures à La Réunion contrôlent un secteur stratégique et imposent leurs décisions au détriment des intérêts du pays.

A ces échecs dans la grande distribution et le carburant, le gouvernement peut aussi ajouter sa décision de supprimer le RSTA et sa participation à la prime COSPAR. Pour des milliers de travailleurs, cela entraine une baisse du salaire de 150 euros. C’est énorme, et cela ruine d’avance les quelques centimes que pourraient permettre de glaner le panier Lurel et le décret Lurel sur les carburants.

Manuel Marchal 


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