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Grève des stations service : les décisions du gouvernement renforcent les compagnies pétrolières

Refus de soutenir le train, menace sur 1.500 emplois

Manuel Marchal / 31 janvier 2014

Alors qu’il pouvait réduire la force du monopole des pétroliers, le gouvernement a préféré l’entretenir en refusant de soutenir le projet d’un train électrique, un transport collectif de masse alternatif au tout-automobile. Son projet de décret ne réduira pas la puissance de ce monopole, bien au contraire.

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Le refus de soutenir le tram-train a entrainé une augmentation du parc automobile. Le gouvernement fait le jeu des compagnies pétrolières qui vendent ainsi plus de carburant.

La grève des stations service s’est poursuivie hier. Force est de constater que le gouvernement est en train de récolter ce qu’il a semé, voici pourquoi.
En 2010, les socialistes ont donné la présidence de la Région à Didier Robert en sachant que ce dernier allait casser tous les projets, dont celui du tram-train électrique.

Quelques mois après l’élection de Didier Robert, ce dernier a signé avec François Fillon, Premier ministre, un accord connu sous le nom de "Matignon 2". Ce texte prévoit de transférer tous les crédits prévus pour le tram-train sur la construction d’une route en mer à 6 voies entre Saint-Denis et La Possession. Durant la campagne électorale de la présidentielle, le candidat François Hollande s’était engagé à soutenir la relance du tram-train. Mais après l’alternance en mai 2012, cette déclaration n’a pas été suivie d’effet.

Plus grave encore, Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, s’est déplacé à La Réunion pour dire qu’il allait respecter la continuité des engagements de l’État pour "Matignon 2". En clair, cela signifie qu’il est pour la suppression du tram-train et pour la construction d’une route en mer utilisant les crédits disponibles. Cela ne peut que favoriser les intérêts des compagnies pétrolières.

Le refus de soutenir le train

Cette décision est un cadeau fait aux monopoles qui tirent profit de La Réunion. En effet, avant 2010, la Région Réunion avait lancé un projet qui remettait en cause la domination des compagnies pétrolières : l’autonomie énergétique pour 2025. L’objectif était de produire dans notre île toute l’énergie consommée grâce à des sources renouvelables et non polluantes : soleil, volcan, énergie thermique marine, utilisation de la houle, du vent et des rivières.

Sachant que le transport est responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, la collectivité alors dirigée par Paul Vergès avait lancé deux projets : le tram-train et la couverture de la route des Tamarins par des panneaux photovoltaïques.

Le premier est un train alimenté par l’électricité. Le second est la transformation des 34 kilomètres de route en une centrale électrique produisant l’énergie consommée par les véhicules électriques qui remplaceront les voitures que nous connaissons aujourd’hui.

Paris est l’allié objectif des pétroliers

Plutôt que de soutenir ces deux projets, le gouvernement a décidé d’aller dans le sens du financement d’une route à 6 voies. En conséquence, depuis 2010, plus de 80.000 voitures ont été importées à La Réunion, dont 40.000 depuis 2012, date d’entrée en fonction du gouvernement. Comme ces véhicules fonctionnent avec des carburants importés, la domination des compagnies pétrolières a été renforcée.
C’est ainsi que par ses décisions politiques prises à La Réunion, le gouvernement est l’allié objectif des compagnies pétrolières.

C’est pourquoi la crise actuelle n’est qu’un désaccord tactique entre les deux partenaires. D’ailleurs, le gouvernement ne peut pas ignorer que s’il réduit les marges des compagnies pétrolières, ces dernières se tourneront vers les gérants pour récupérer leur mise, puis les gérants réduiront leurs frais pour garder leurs bénéfices. Au bout de cette chaine, le pompiste n’a personne vers qui se tourner, et c’est la menace qui pèse sur 1.500 de ces travailleurs.

Si le gouvernement voulait vraiment s’attaquer aux monopoles et diminuer les profits des compagnies pétrolières, alors il soutiendrait le projet de train électrique et les transports collectifs, l’alternative au tout-automobile.

Manifestement ce n’est pas le cas, et force est de constater qu’à La Réunion, 6 députés sur 7 sont tombés dans le panneau en appelant Victorin Lurel à faire preuve de fermeté.

 Manuel Marchal 


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