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Haliba rappelle le retard pris par le chantier du train de La Réunion

Eboulement sur la route du littoral

Manuel Marchal / 10 mars 2015

250 tonnes se sont détachées hier après-midi de la falaise de la route du littoral. Le dispositif de sécurité mis en place sous la mandature de Paul Vergès a permis d’éviter le pire. L’actuelle majorité à la Région tentera-t-elle d’exploiter cet accident pour faire de la com’ sur son projet irréaliste de route en mer ? Rappelons que si le chantier du tram-train n’avait pas été arrêté par cette majorité régionale, les Réunionnais pourraient circuler en toute sécurité toute l’année par tous les temps entre Saint-Denis et La Possession, parce que le train devait passer dans un tunnel sous la montagne.

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Machines à l’arrêt hier sur les travaux préparatoires du chantier de la NRL. À cette heure-ci, celui du tram-train aurait dû être terminé, et les Réunionnais auraient eu droit à une liaison sans risque de chute de pierres ou de houle entre Saint-Denis et La Possession.

Haliba n’était qu’une tempête tropicale modérée. Elle est passée à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes de La Réunion. Elle a pourtant entraîné d’importants dégâts et a eu un impact dans toute l’île. Dimanche, la tempête se rapprochait. Son intensité ne nécessitait pas de la baptiser. Mais les prévisions de Météo France n’incitaient pas à l’optimisme. Le préfet a donc déclenché la vigilance forte pluie renforcée pour le Nord et l’Est, et a décidé la fermeture des toutes les écoles, collèges et lycées situées sur ce territoire. Quelques heures plus tard, l’Universite emboîtait le pas et annonçait la fermeture lundi des sites du Moufia, de Bellepierre et de l’avenue de la Victoire à Saint-Denis.

Devant la dégradation des conditions météo, le préfet a imposé une fermeture totale de tous les établissements scolaires de La Réunion à compter d’hier midi. L’Université a fait de même.

Coma circulatoire à Saint-Louis

Dans le domaine des transports, les Réunionnais durent faire face à de nombreuses perturbations. Les premières causes sont les radiers. Ces chaussées sont conçues pour permettre le franchissement des cours d’eau à sec, ou lorsque le débit est faible. Mais quand arrive la tempête, ils sont submergés, la route est coupée et des usagers peuvent alors être exposés à un danger mortel s’ils tentent de le franchir. C’est malheureusement ce qui s’est passé ce week-end entre Saint-Louis et Saint-Pierre sur le radier du Ouaki. L’intervention des pompiers a permis d’éviter un drame.
Dans la région sud, c’était hier le coma circulatoire à Saint-Louis. La route vers Etang Salé les hauts était inondée à Pont Maturin, les radiers du Gol et du Ouaki étaient infranchissables. Il ne restait plus que le centre-ville et la voie express.

Fort heureusement l’Ouest a échappé à cette catastrophe. La route des Tamarins construite sous la mandature de Paul Vergès a permis d’établir une liaison sécurisée entre l’Ouest et le Sud. L’éboulis du cap La Houssaye et l’inondation de La Saline ont rappelé aux opposants de ce projet ce à quoi ils auraient condamné les Réunionnais si jamais ils avaient pu stopper le chantier de la route des Tamarins.

Mais dans le Sud, le prolongement de la route des Tamarins par les hauts du Sud n’est toujours pas à l’ordre du jour. Elle aurait pourtant permis aux habitants de la Ravine des Cabris, de la Rivière, et de l’Entre-Deux notamment de passer par cette route de moyenne altitude plutôt que de descendre vers les embouteillages du littoral.

La sécurité absolue apportée par le tram-train

C’est dans l’après-midi que la tempête Haliba a laissé sa trace la plus significative. Plusieurs jours de fortes pluies ont fragilisé la falaise surplombant la route du littoral. 250 tonnes de roches se sont détachées de la paroi. Fort heureusement, 100 millions d’euros ont été investis sous la mandature de l’Alliance pour sécuriser la route. Ce grand chantier a permis d’éviter le pire. Les gros blocs sont restés dans le piège à cailloux, ou ont roulé sur la partie de la route fermée à la circulation en cas de fortes pluies. Aucune victime n’est donc à déplorer.

Cet accident rappelle tout le retard pris sous la mandature de Didier Robert pour régler le problème de la sécurisation de la liaison entre Saint-Denis et La Possession.
Son prédécesseur Paul Vergès avait réussi à négocier une enveloppe globale de 2,5 milliards d’euros avec le gouvernement pour mettre les Réunionnais définitivement à l’abri des chutes de pierre et des dangers de la houle. Le tram-train était alors sur les rails, son tracé le faisait passer sous la montagne entre Saint-Denis et La Possession. Les usagers seraient donc protégés à la fois des chutes de pierre et de la houle.
Pour sa part, l’État s’était engagé à construire une nouvelle route du littoral en assurant la plus grande part du financement, car cette question relevait alors de sa compétence en 2007, au moment de la signature du Protocole de Matignon.

Le projet du tram-train suivait la cadence prévue. Il avait même été récompensé par le Prix du Défi relevé lors du salon des PPP. C’est le ministre de l’Industrie de l’époque qui avait remis le trophée à Pierre Vergès.

Tout est stoppé depuis 5 ans

La mise en service du tram-train devait donc régler en premier la sécurisation de la liaison avec une mise en service initialement prévue en 2012, la solution de la route portée par l’État intervenant en complément, et plus tardivement avec une réalisation annoncée pour 2017.

En 2010, le choix de la Fédération du Parti socialiste a tout remis en cause. Elle a maintenu sa liste au second tour des régionales sans avoir la moindre chance de l’emporter. C’est ce qui a fait perdre l’Alliance et gagner l’UMP conduite par Didier Robert. Ce dernier a remis en cause les deux projets négociés par la Région Réunion avec l’État. Il a stoppé le chantier du tram-train et remplacé le projet de l’État pour la route du littoral par une route en mer à six voies. Tout était donc à refaire, en sachant que la route en mer ne permet pas de sécuriser la liaison Nord-Ouest. Le changement climatique fait s’élever le niveau de la mer, et personne ne peut dire de combien il sera monté dans 20 ans. De plus, le réchauffement global favorise l’existence de cyclones plus intenses. Les Philippins frappés par Hayian peuvent en témoigner. Le changement climatique s’accélère, les données changent tout aussi rapidement. Le principe de précaution appelle donc à éviter toute construction sur le littoral. La Région Réunion va alors à contre-courant en cherchant à financer une route en mer qui atteindrait un montant astronomique. Les 1,6 milliard annoncés sont déjà dépassés avant même que les travaux préparatoires au chantier se teminent. Le gouffre financier serait si important qu’il obligerait la Région Réunion à renoncer à d’autres investissements. Elle ne pourrait donc pas contribuer à la construction des 500 infrastructures sécurisées pour franchir les radiers, et porterait donc une lourde responsabilité dans cet immobilisme. Elle priverait aussi définitivement les Réunionnais d’un train.

L’éboulement d’hier rappelle les conséquences des décisions prises par la Région Réunion depuis 2010. Si elle avait continué le chantier du tram-train, les Réunionnais pourraient aujourd’hui aller sans problème de Saint-Denis à La Possession, tout l’année et par tous les temps.


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