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Impôts locaux : pas de pitié pour les pauvres

Nouvelle révélation de l’injustice de la fiscalité à La Réunion

Manuel Marchal / 22 septembre 2014

Les grandes villes réunionnaises monopolisent la tête du classement des communes ayant les plus forts taux de pauvreté dans toute la République. Paradoxalement, ce sont aussi les collectivités arrivant en haut du classement des impôts locaux les plus chers : pas de pitié pour les pauvres.

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En 2012, Saint-Denis était la seconde ville la plus pauvre de la République, mais en 2014, elle est la 9e au classement de la taxe foncière la plus chère...

D’après une étude de COMPAS parue dans la Gazette des Communes en 2012, 4 villes réunionnaises étaient dans le Top 6 des grandes villes les plus pauvres de la République.
En tête arrivait Saint-Pierre, avec 46 % de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Le Tampon était 3e avec 43 %, juste devant Saint-Paul 4e avec 39 %. Saint-Denis arrivait en 6e position, avec 36 % d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté.
Lorsque l’on extrait de ce classement uniquement les communes de plus de 100.000 habitants, c’est Saint-Paul qui est en tête, devant Saint-Denis.
Ce n’est malheureusement pas une surprise. A La Réunion, près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est la conséquence d’une crise qui dure depuis plusieurs décennies. Quelles que soient les décisions prises par le gouvernement, le chômage a toujours continué à augmenter et aujourd’hui, plus de 175.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi.

Dans le Top 10 des taxes foncières

Ce qui est une surprise par contre, c’est de retrouver les deux villes réunionnaises de plus de 100.000 habitants dans le palmarès des communes où les impôts locaux sont les plus élevés.
C’est ce que révèle un article paru dans « Le Quotidien » du samedi 20 septembre. Le classement englobe 41 communes.
Saint-Denis et Saint-Paul sont 15e et 16e pour la taxe d’habitation. Pour la taxe foncière, le classement est encore plus inquiétant avec Saint-Denis 9e, et Saint-Paul 10e. Et cela ne date pas d’hier car entre 2013 et 2014, les hausses des impôts ont été en dessous de 1 %, comme dans la plupart des villes apparaissant en haut de ce classement.

Pour quels services ?

Ce qui inquiète encore plus, c’est lorsque l’on compare les services payés par les contribuables de France à ceux des villes réunionnaises. Dans les villes où les impôts sont aussi élevés qu’à Saint-Denis, il existe des transports collectifs modernes comme les tramways, les trains, des bus à fréquence élevée fonctionnant à l’électricité. Ce sont autant de services qui permettent de se passer de l’achat d’une automobile. Les moins riches ne sont donc pas exclus de la mobilité.
Cela amène à se demander à quoi sert tout l’argent collecté à La Réunion, car les services payés par la population sont loin d’être au même niveau que pour des ponctions comparables en France.

Les pauvres obligés de payer

Le plus grave, c’est la nature même de ces impôts. Taxe d’habitation et taxe foncière ne sont pas calculées en fonction du revenu du contribuable. Une personne trop pauvre pour payer l’impôt sur le revenu paie malgré tout la taxe foncière ou la taxe d’habitation. Comme la TVA ou l’octroi de mer, ce sont les impôts payés par les pauvres.
Compte-tenu de la forte proportion de pauvres à La Réunion, la présence en haut du classement de deux communes réunionnaise montre la violence de ce système. La masse des pauvres doit payer pour le faire fonctionner au profit d’une minorité.


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