Actualités

Incapacité des animateurs des succursales des partis parisiens à diriger la Région Réunion

Paris appelé à intervenir dans le débat d’une élection régionale

Manuel Marchal / 4 mars 2010

Alors que les conclusions des États généraux et les propositions qui en sont issues vont à la rencontre de la revendication de responsabilisation exprimée depuis 50 ans à l’île de La Réunion, des animateurs de succursales des partis parisiens ne changent pas. Leur manque de maturité politique les conduit à demander à des responsables parisiens d’intervenir dans le débat réunionnais. Cela démontre leur incapacité à diriger la Région Réunion.

L’an dernier, la crise sociale a montré un modèle à bout de souffle dans l’Outre-mer. Cela a débouché sur le lancement des États généraux de l’Outre-mer par le gouvernement, et par la création d’une commission d’études sur les DOM par le Parti socialiste. Ces deux événements expriment la volonté de rompre avec le modèle actuel. Pour avoir une idée du modèle futur souhaité par les personnes concernées, les conclusions des États généraux de l’Outre-mer peuvent être une appréciation. Ces conclusions vont dans le sens d’une responsabilisation des citoyens des Départements d’Outre-mer. Paris est allé à la rencontre de ses conclusions, puisque le gouvernement a pris appui sur cette demande pour proposer une évolution vers la responsabilisation aux Antilles.

50 ans de luttes pour la responsabilisation

Cette démarche rejoint celle des Réunionnais qui, depuis 1959, font avancer le projet réunionnais et la responsabilisation du Réunionnais. Face à eux se sont dressés des opposants qui ont tout fait pour freiner ce mouvement.
Aujourd’hui, c’est un consensus pour reconnaître la nécessité de la responsabilisation. Cela veut dire que La Réunion a perdu 50 ans, avec les conséquences que nous connaissons aujourd’hui : chômage massif, pénurie de logements, illettrisme, vie chère notamment.
Le chef de l’État vient même au devant de la proposition d’un moratoire des recrutements de fonctionnaires venant de France à La Réunion lorsqu’il impose l’avis favorable du Ministère de l’Outre-mer pour toute nomination d’un cadre A dans la fonction publique d’État, ou quand il affirme qu’il est nécessaire de favoriser, à compétences égales, la promotion des originaires d’un territoire dans l’accès à la fonction publique chargée d’administrer ce territoire.
Au plus haut sommet de l’État, c’est donc un modèle de gouvernance allant à la rencontre de revendications formulées depuis 50 ans à La Réunion qui est proposé. Ce modèle met en avant la responsabilisation.

Face à cette réalité, force est de constater qu’en 2010, pour une élection régionale, des candidats réunionnais, par ailleurs animateurs d’une des succursales d’un parti parisien, n’hésitent pas à faire venir à La Réunion des responsables parisiens afin que ces derniers s’immiscent dans le débat politique à La Réunion. Le dernier exemple est la venue de Jean-Marc Brûlé, marquée par des déclarations à l’emporte-pièce reflétant manifestement une méconnaissance totale de la réalité locale.
Or, a-t-on déjà vu un responsable politique réunionnais intervenir dans une élection régionale en France ? Que penseraient les électeurs d’Île de France si tel était le cas ?

Téléphoner à Paris pour chaque décision ?

Cette attitude de responsables réunionnais de succursales politiques parisiennes montre un manque de maturité. Ces personnes ne sont pas prêtes à diriger la Région Réunion. En position de responsabilité, ces personnes vont-elles appeler Paris pour prendre la moindre décision ?
Ce manque de maturité se traduit également dans la référence à des clivages politiques qui se sont construits en fonction d’une réalité qui n’a rien à voir avec La Réunion. En France, les partis politiques de l’alternance sont le résultat d’une Histoire différente, dans un contexte différent. Cela explique pourquoi ceux qui tentent d’importer à l’île de La Réunion les clivages politiques parisiens sont totalement déstabilisés par la signature du Protocole de Matignon. Leur manque de maturité se traduit par leur incompréhension quand ils voient le président de la Région Réunion signer un accord avec un Premier ministre qui n’est pas du même bord politique.
C’est cette même incompréhension qui surgit lorsqu’ils constatent que les candidats à la Présidentielle intègrent à leur programme les propositions de la plate-forme de l’Alliance. C’est pourtant l’illustration de la manière réunionnaise de faire de la politique. Cette pratique réunionnaise, cela signifie sortir des clivages parisiens importés par l’époque coloniale et faire passer en priorité les échéances inscrites dans le calendrier réunionnais, c’est-à-dire réussir d’ici 15 ans le développement durable d’un pays d’un million d’habitants.

M.M.


Kanalreunion.com