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Inégalités de revenus nettement plus marquées qu’en France

Sénat : « De fortes inégalités entretenues par les compléments de rémunération dans la fonction publique »

Témoignages.re / 1er août 2014

Dans son rapport sur le niveau de vie dans les Outre-mer, le Sénat consacre une large place aux inégalités. Il considère même que la sur-rémunération contribue à entretenir de fortes inégalités, c’est en substance le titre du chapitre de ce rapport que "Témoignages" commence à reproduire à partir d’aujourd’hui. La compréhension de l’argumentation du rapport du Sénat est essentielle, car elle débouche sur une proposition de remise en cause de la sur-rémunération afin que ces 1,2 milliard d’euros versés chaque année par l’Etat à ses agents puisse devenir « un outil vertueux au service des économies ultramarines. Voici la première partie de ce rapport, consacrée aux inégalités de revenu dans tout l’Outre-mer, avec des inter-titres de "Témoignages".

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L’ensemble des outre-mer se caractérise par des inégalités de revenus nettement plus marquées que dans l’hexagone.
De façon générale, les ménages domiens appartenant aux 20% les plus riches disposent en effet d’un revenu plancher par unité de consommation 3,2 fois supérieur au revenu plafond des ménages appartenant aux 20% les plus modestes, tandis que dans l’hexagone ce rapport s’élève à 2,2.
L’INSEE signale un accroissement des inégalités entre 2001 et 2006 dans des proportions plus importantes que dans l’hexagone, alors que ces inégalités avaient eu tendance à se résorber au cours de la période précédente allant de 1995 à 2001.

La Réunion département le plus inégalitaire

La Réunion serait, selon une récente étude Compas, le département français le plus exposé aux inégalités de revenus. L’indice de Gini y atteint 0,53, soit un niveau plus élevé que celui de Paris, qui constitue le département le plus inégalitaire de l’hexagone. Le DOM affichait par ailleurs un rapport inter-décile de 5 en 2013 contre 5,4 en 2008 et 4,4 en 2000, alors que ce rapport est de 3,6 dans l’hexagone en 2010. En 2008, les 20% les plus pauvres se partageaient 7% du total des revenus disponibles tandis que les 20% les plus aisées en captaient près de 47%.
La Guyane se situe à l’autre extrémité de l’échelle des inégalités parmi les DOM. Le rapport inter-décile s’y élevait en effet à 10,7 en 2008.
S’agissant de Mayotte, le rapport inter-décile a été ramené de 12,6 en 1995 à 9,7 en 2005. Les disparités de revenus se sont donc atténuées en l’espace de dix ans mais elles demeurent très élevées. Les revenus des personnes les plus riches y sont encore près de dix fois supérieurs à ceux des plus pauvres. L’écart est trois fois plus important que dans l’hexagone et près de deux fois plus qu’à La Réunion. Ainsi, en 2005, 40% du total des revenus mahorais par unité de consommation étaient perçus par environ 11,5% des personnes les plus aisées. Dans le même temps, la moitié la plus pauvre de la population se partageait un peu plus de 17% du total des revenus distribués.
Le tableau suivant récapitule, pour l’hexagone et pour chacun des DOM, les revenus médians et les rapports inter-déciles pour l’année 2006.

Des inégalités comparables aux pays en développement

Les COM n’échappent pas, loin s’en faut, à cette situation d’exacerbation des inégalités de revenus par rapport à l’hexagone.
En 2008, selon l’ISEE, la moitié des ménages calédoniens les plus fortunés se partageait 79% des ressources, contre 69% dans l’hexagone. Les 20% des ménages détenant les plus hauts revenus captaient près de 47% du total des revenus et percevaient 7 833 euros par mois en moyenne, soit 40% de plus que les 20% des ménages hexagonaux affichant les plus hauts revenus. En Nouvelle-Calédonie en 2008, les plus riches ont eu un niveau de vie 7,9 fois supérieur à celui des plus modestes alors que ce rapport inter-décile s’établit à 3,6 pour l’hexagone.
Le niveau atteint par le coefficient de Gini rapproche davantage la Nouvelle-Calédonie des pays en développement que des pays développés. Il indique en outre un creusement des inégalités au cours des deux dernières décennies. En légère augmentation de 0,41 à 0,42 entre 1991 et 2008, cet indice stagne aujourd’hui à un niveau analogue à celui de pays comme le Burundi ou la Thaïlande. Par comparaison, sa valeur est d’environ 0,33 en France comme en Belgique.
Les inégalités observées en Nouvelle-Calédonie sont comparables à celles qui existent en Polynésie française, bien que celle-ci affiche un PIB inférieur au PIB calédonien. Le cinquième des ménages polynésiens les plus aisés capte en effet près de la moitié (47%) du revenu total des ménages tandis que le cinquième le plus pauvre en perçoit à peine 6%.

(à suivre)

Recommandation n° 3 -
Rénover le dispositif des compléments de rémunération pour en faire un outil vertueux au service des économies ultramarines


Redéfinir le régime des sur-rémunérations sur la base incontournable des trois exigences suivantes :

- une entrée en vigueur progressive pour éviter toute déstabilisation des économies ultramarines, seuls les nouveaux entrants dans la fonction publique devant être concernés ;

- la définition d’un référentiel stable et régulièrement publié mesurant pour chaque territoire le différentiel de coût de la vieafin d’y adosser le niveau des compléments de rémunération ;

- la mise au point d’un dispositif permettant de réinjecter dans les économies ultramarines les sommes dégagées.

Demander au Gouvernement la réalisation d’une étude opérationnelle de mise en oeuvre du nouveau dispositif, identifiant précisément le mécanisme garantissant la réinjection dans les économies ultramarines des montants économisés.


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