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Informer les Réunionnais que « nous sommes à un tournant décisif »

L’importance de 2016-2017

Témoignages.re / 11 mai 2016

Paul Vergès alerte sur l’importance décisive des années 2016 et 2017 et constate que ce n’est pas au centre du débat. « Nous sommes à un tournant décisif. Il faut montrer aux Réunionnais que l’important est de s’unir autour de l’essentiel ».

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2016 et 2017 seront des années aussi importantes que 1945 et 1946, souligne Paul Vergès. Il constate également qu’en 1945-1946, toute l’opinion était tournée vers un seul problème, la fin du régime colonial et la demande d’intégration à la France. Force est de constater qu’aujourd’hui se déroulent des événements au moins aussi importants, que les moyens de communication se sont considérablement développés mais que ce ne sont pas ces thèmes qui sont placés au centre du débat. L’actualité est en effet dominée par la succession des Salons et des Foires, autant de diversions qui éloignent les Réunionnais de leurs véritables préoccupations.

Changement climatique

Paul Vergès rappelle que La Réunion a beau être un caillou au milieu de l’océan Indien, elle est soumise à des phénomènes planétaires qui préparent le monde de demain.

C’est tout d’abord le changement climatique sous le coup des activités humaines, en particulier les carburants fossiles. Les coraux sont malades. « Une zone aussi importante que la forêt amazonienne va mourir », ajoute Paul Vergès faisant référence aux récifs touchés dans le monde. « Nous avons ici des barrières coralliennes. Que deviendront les lagons ? Nous aurons un changement fondamental sur la géographie et l’aménagement de l’île ». Pour La Réunion, le changement climatique s’est traduit par la menace d’un cyclone exceptionnel le mois dernier. Notre île connaîtra à nouveau un cyclone aussi important que ceux de 1932 ou de 1948, ajoute le sénateur, car elle se situe dans une région du monde concernée par ce phénomène.

Or, c’est à ce moment que la Région décide de faire un nouveau port dans la zone de Bois-Rouge. Sera-t-elle encore longtemps une plaine avec la montée du niveau de la mer ? À Cambaie, une ville de 40 000 habitants est annoncée au bord du littoral. Les promoteurs connaissent-ils l’augmentation du niveau de l’océan Indien ? Et de rappeler que 5 îles des Salomon ont déjà disparu, les Marshall ont lancé un appel à l’aide internationale. Dans notre région, une grande partie des Seychelles, des Maldives seront englouties.

Croissance de la population

C’est ensuite la croissance de la population mondiale. De 7 milliards d’habitants en 2011, les projections annoncent 9,5 milliards pour 2050, 11 milliards en 2100. En une génération, ce sera une hausse de 2,5 milliards de personnes, soit la totalité de la population mondiale en 2050. Une situation qualifiée d’exceptionnelle et unique dans le monde. La Réunion est également en pleine croissance démographique. Moins de 250.000 habitants en 1946, 850.000 aujourd’hui alors que nous aurions pu être un million sans le BUMIDOM. Ce million sera atteint dans 15 ans.

Le phénomène d’augmentation de la population joue sur des continents entiers : Afrique Asie et Amérique latine. Les conséquences sont considérables, avec d’importants déplacements de population. Le sénateur cite l’appel du pape à réfléchir à la solidarité dans le problème des migrants, alors que l’Europe leur ferme ses portes. Or des pays d’Europe voient leur population diminuer, l’Afrique atteint un milliard et en aura le double à la fin du siècle. La croissance démographique dans notre région bouleversera les 350 ans d’histoire de La Réunion. Madagascar comptera 55 millions d’habitants en 2050. C’est comme si à 800 kilomètres de la France, il y avait un état de 3,6 milliards de personnes.

Nous allons connaître cela à La Réunion, alors que notre île subit les conséquences économiques et sociales de l’inadaptation de la politique du gouvernement.

Qui s’intéresse à ces problèmes

« Quels sont ceux qui à La Réunion s’intéressent à ces problèmes ? Il faut informer les Réunionnais de ce caractère inévitable ».

L’évolution des forces économique a débouché sur la mondialisation, avec un marché mondial et une organisation de la production à l’échelle planétaire.

La mondialisation, c’est le débat sur le prix de la canne à cause de la mondialisation du marché sucrier.

« C’est cela l’essentiel, et qui marquera profondément La Réunion dans les deux années qui viennent », ajoute le parlementaire. Mais dans l’actualité, le secondaire l’emporte en volume, comment aller vers l’essentiel ?

Egalité réelle

Sur les perspectives, Paul Vergès rappelle que le président de la République avait annoncé voici un an une réforme de tout l’outre-mer pour réaliser l’égalité réelle entre les populations de ces pays et la France. Une Réunionnaise a été nommée secrétaire d’État à l’Egalité réelle. Elle est venue en visite officielle en début de semaine, mais n’a rien dit sur la politique qu’elle compte mener pour atteindre l’objectif fixé par le président de la République alors que c’est sa mission.

Le sénateur constate l’ampleur du défi. La Réunion compte aujourd’hui près de 140000 chômeurs. Pour leur donner un travail, il faudrait créer tous les ans et pendant 25 ans 5 000 emplois pérennes supplémentaires, car il faudra en même temps faire face à l’augmentation de la population active. La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’égalité réelle, c’est sortir 16.000 Réunionnais de la grande pauvreté par an, pendant 25 ans. « Qui peut y croire » ?

L’importance de la francophonie

Au cours de ces 25 ans, La Réunion sera amenée à s’intégrer dans une vaste zone de libre-échange allant du Caire au Cap. Ce sera la conséquence de l’accord de partenariat économique entre l’Union européenne et le bloc économique de l’Afrique orientale et australe. Cela mettra en concurrence la production réunionnaise avec celle de nos voisins. Mais le bilan des 70 ans d’intégration, c’est une situation sociale différente entre La Réunion et les pays de sa région. Il existe malgré tout encore un atout, c’est la francophonie. Si des efforts sont faits pour que le français garde sa place dans notre région, alors elle sera une zone francophone de plus de 50 millions d’habitants en 2050.

Pour le moment, La Réunion dispose d’une avance sur ses voisins dans les domaines de la formation et de la recherche. Cela se vérifie notamment pour la canne à sucre, où l’expertise de La Réunion est reconnue internationalement.

Paul Vergès souligne que les besoins de Madagascar seront immenses, avec une population qui atteindra 100 millions d’habitants à la fin du siècle. La Réunion peut l’aider à développer une production agricole suffisante pour nourrir une telle population, en devenant une terre d’expérimentation dans l’agriculture. C’est une alternative à la fin des quotas sucrier, en réorientant la filière pour la mettre au service du rayonnement de La Réunion dans sa région. Mais si la francophonie décline et se restreint à La Réunion, alors un tel projet sera plus difficile à mener.

D’où cette conclusion : « nous sommes à un tournant décisif. Il faut montrer aux Réunionnais que l’important est de s’unir autour de l’essentiel ».

M.M.


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