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Inquiétante stagnation des investissements du Département

Séance plénière du Conseil départemental de La Réunion

Manuel Marchal / 25 février 2016

Ce mercredi, le Conseil départemental présentait ses orientations budgétaires pour 2016. Sur un budget de 1,5 milliard, les investissements seront de 110 millions d’euros. Une telle enveloppe ne permet pas la construction d’un collège. Quant à la dette de l’État envers le Conseil départemental, elle approche le milliard d’euros.

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Les conseillers départementaux étaient réunis hier en séance plénière pour débattre des orientations budgétaires. Le contexte reste celui de la politique d’austérité. La dotation versée par l’État à la collectivité continue de diminuer. La perte sera de 11 millions d’euros cette année. De plus, le transfert de la gestion du RSA n’est toujours pas compensé financièrement à l’euro près. En 2016, le Conseil départemental devra prélever 142 millions sur ses fonds propres pour financer RSA, APA et aide aux personnes souffrant de handicap. Depuis que le Département gère ces prestations, la dette de l’État augmente chaque année. Elle approche aujourd’hui le milliard d’euros. La Réunion est touchée par la crise financière subie par tous les Départements.

Et les nouveaux collèges ?

Sur un budget de plus de 1,5 milliard d’euros, l’investissement se limite à 110 millions. Maurice Gironcel est intervenu pour constater que ce montant est insuffisant pour assurer la construction de nouveaux collèges. Or les besoins sont là. Le conseiller départemental de Sainte-Suzanne/Saint-André évoque le projet d’un collège à Bagatelle qui reste dans les cartons.

« Sur la sécurité, il manque un volet important », a-t-il dit. Cela englobe notamment le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). Les casernes sont dans un état déplorable. Les élus du Port avait soulevé ce problème dans leur commune, mais c’est aussi le cas à Sainte-Suzanne. Les pompiers sont établis dans un ancien local technique de la municipalité. Il est souvent inondé ce qui oblige la mairie à mettre à disposition la salle du Conseil municipal pour que les soldats du feu puissent continuer malgré tout à travailler. Maurice Gironcel a déploré également l’absence de référence à la filière canne en danger. Près de 20.000 personnes travaillent dans ce secteur.

Sur les effectifs, le personnel augmente. Mais le Département subit une baisse très importante du nombre d’apprentis.

Globalement, le conseiller départemental communiste a noté que ces 110 millions d’investissements pour 2016 représentent 0,9 % d’augmentation.

« Dans les années 80-90 voire 2000, on investissait 2 à 3 fois plus. C’est de l’activité en moins », a-t-il souligné. En effet, les collectivités financent 70 % des carnets de commande du BTP.

Quelle responsabilisation ?

Michèle Caniguy a demandé des éclaircissements sur un un mot qui revient souvent : responsabilisation.

« Ce thème de responsabilisation des familles revient en force dans la politique familiale. Soit on accompagne les parents quand ils construisent leur responsabilité, il est endogène. Soit on assigne un rôle, la responsabilisation devient exogène : injonction ».

Sur les orientations budgétaires, quel est le sens de ce thème de la responsabilisation ? Est-il sous le signe de la contrainte ?

La conseillère départementale de Sainte-Suzanne/Saint-André a dit également que ces orientations décrivent la désagrégation du modèle de famille réunionnaise, et insistent sur le rôle du père. « Faut-il revenir à une société phallocrate où le père redevient le chef de famille. Veut-on culpabiliser à outrance et nous déresponsabiliser ? »

Si l’élue a apprécié que l’accent soit mis sur le développement des Hauts, elle a rappelé que l’Est souffre d’un manque de développement.

André Thien Ah Koon a estimé que sur le budget, il est normal d’être inquiet. C’est un budget quasi-négatif dans des conditions difficiles. « On fait des miracles dans cette assemblée ».

La question des APE

Il a mis en exergue la préoccupation de la population sur le coût de la vie. Pour faire baisser les prix, il plaide pour une prise en charge intégrale de la continuité territoriale par l’Europe pour les marchandises et les voyageurs. Il demande donc de porter le fer à Bruxelles pour faire entendre cette revendication. « La nomination d’Ericka Bareigts au gouvernement est une opportunité de lui confier cette mission. L’égalité réelle c’est l’égalité du pouvoir d’achat. Il en va de la fierté des élus réunionnais ».

L’élu du Tampon a aussi évoqué les APE, que l’UE se permet de signer avec les pays de l’Afrique orientale et australe et la COI. En 2022, nous serions obligé d’accepter tous les produits des pays voisins sans taxe ni quota. « Ces importations vont tuer la production globale. À la Plaine des Cafres, on a détruit des choux. Demain ce seront les tomates, carottes, et pommes de terre ».

Cela va continuer dans la main d’oeuvre. « Il sera plus facile d’importer des blocs de parpaing de Maurice que de les fabriquer ici ».

André Thien Ah Koon a indiqué que la compétence agricole du Conseil départemental doit prendre en compte cette problématique. Il propose de confier une partie de cette mission à la secrétaire d’État à l’égalité réelle.

Il conclut en soutenant la demande de la majorité de transformer le Parc national en Parc régional. Cela permettra aux Réunionnais d’avoir un plus grand pouvoir de décision, a-t-il dit en substance.


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