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Internet à La Réunion : 10 fois moins rapide et 2 fois plus cher qu’en France

Le résultat de la démolition de RAVENAL par la Région et l’UMP au pouvoir

Manuel Marchal / 22 avril 2011

Le projet RAVENAL lancé par l’ancienne équipe de la Région créait les conditions d’une alternative complète à l’entreprise de l’ancien monopole des télécoms. Grâce à la coopération avec Madagascar, La Réunion pouvait être reliée directement aux autoroutes de l’information avec une solution qui ne devait rien à Paris. Cela aurait permis aux Réunionnais d’avoir accès aux mêmes services pour le même prix qu’en France. Mais dès son arrivée à la Région, Didier Robert s’est empressé de démolir RAVENAL afin de rendre service au plus vite au monopole parisien. Tout comme les attaques perpétrées contre Air Austral, le tram-train et l’autonomie énergétique, cette décision s’inscrit dans une politique : combattre les initiatives réunionnaises qui visent à libérer le pays de l’emprise des monopoles. C’est une véritable trahison de l’intérêt général du pays.

La Réunion est une île située dans le Sud de l’océan Indien. Elle se situe à l’écart des grandes routes maritimes reliant les grands centres économiques. Mais la fin du 20e siècle a été marquée par une déclinaison de la révolution technologique : le développement des autoroutes de l’information. Ces autoroutes sont des câbles en fibres optiques qui parcourent le monde. Ils relient notamment les continents en traversant les océans.
L’Europe et l’Asie sont en contact avec des câbles qui suivent la Méditerranée, la Mer Rouge et traversent l’océan Indien. Durant les années 1990 émerge un projet de doublement de cette route. Il s’agit de joindre le futur câble SAT3, qui va du Portugal à l’Afrique du Sud, à l’Inde et la Malaisie en passant par l’océan Indien : c’est le câble SAFE. Ce projet est notamment piloté par France Télécom. Les Mascareignes sont idéalement placées sur la route, et le SAFE peut donc faciliter leur désenclavement. Mais seule une liaison vers Maurice est prévue dans le plan initial, La Réunion est exclue.

Lutte contre des surprofits rapatriés en France

Il a fallu alors l’intervention d’Élie Hoarau, alors député, au ministère des Affaires étrangères, à la présidence de la République et au secrétariat d’État à l’Outre-mer pour que le gouvernement fasse pression sur France Télécom afin que La Réunion soit également connectée au SAFE.
En attendant l’arrivée du SAFE, la Région développe un réseau intérieur à très haut débit, Gazelle. La collectivité ouvre ainsi une brèche dans le monopole bénéficiant jusqu’alors à une entreprise privée héritière des infrastructures payées par les contribuables. Gazelle offre une concurrence, qui permet l’arrivée de nouveaux opérateurs et donc créé les conditions d’une baisse des prix. Toute cette stratégie pourra alors pleinement remplir ses objectifs au moment où ce réseau alternatif pourra être connecté sur le SAFE.
En 2002, le câble arrive à La Réunion. Mais ce progrès technologique n’entraîne pas les avancées espérées en termes de démocratisation de l’accès à Internet. Car France Télécom propose délibérément des tarifs prohibitifs. En effet, la Région et plusieurs opérateurs lésés saisissent l’Autorité de régulation des télécommunications. Cette dernière va obliger France Télécom à baisser le prix d’accès au SAFE de 98% entre 2004 et 2009. Cela donne une idée des surprofits que cette entreprise pouvait tirer des Réunionnais pour les rapatrier en France.
Cette diminution allait favoriser le déploiement de l’Internet à grande vitesse dans le pays puisque ce que le service qui coûtait 140 euros en 2004 ne valait plus que 30 euros cinq ans plus tard, soit une baisse de 80%.
Aussi grand soit-il, ce progrès ne permet pas encore aux Réunionnais d’avoir accès aux mêmes services que les autres habitants de la République. Au bout de 9 ans, le câble SAFE a déjà été "updaté" et plafonne à 320 gbits/s quand d’autres câbles progressivement mis en service au large de l’Afrique de l’Est atteignent des débits cinq fois plus importants en début de vie. Conséquence, la démocratisation de l’accès à Internet reste contrainte par le goulet d’étranglement que constitue désormais le SAFE.

À qui profite la démolition ?

Les comparaisons publiées ci-dessous montrent combien La Réunion reste engluée dans un sous-développement bien loin de ce qui est la norme en France.
Le projet lancé par la Région en coopération avec Madagascar visait à donner les moyens à La Réunion d’être présente sur le créneau de l’économie numérique. Le câble RAVENAL avait en effet pour objectif de relier La Réunion au câble EASSY, qui aborde le Sud de Madagascar. Infrastructure de nouvelle génération, EASSY est beaucoup plus puissant que SAFE, et il fait la liaison avec les importants câbles allant de l’Europe à l’Inde, deux puissances économiques de rang mondial.
Mais à son arrivée à la Région, Didier Robert a décidé de démolir le projet RAVENAL. Dans un communiqué diffusé mercredi, la Préfecture a confirmé cette orientation. Les communications sortantes et entrantes à La Réunion sont entre les mains d’un monopole qui détient le SAFE et LION. Pour satisfaire les intérêts de ce monopole, Didier Robert et l’UMP condamnent les Réunionnais à payer deux fois plus cher pour un service 10 fois moins performant que celui auquel ils auraient pu prétendre avec la mise en service de RAVENAL.

Manuel Marchal


Comparaison des offres de l’ancien monopole

En France pour 40 euros par mois

- Débit Internet : 20 Mbits/s
- Téléphone gratuit
vers les postes fixes des pays suivants :
Açores, Allemagne, Andorre, Angleterre, Autriche, Baléares, Belgique, Bulgarie, Canaries, Chypre, Crète, Croatie, Danemark, Écosse, Espagne, Estonie, Finlande, France métropolitaine, Gibraltar, Grèce, Guernesey, Hongrie, île d’Aland, Irlande, Irlande du Nord, Islande, Italie, Jersey, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Madère, Malte, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Pays de Galles, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Saint-Marin, Sardaigne, Sicile, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Vatican.
Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, La Réunion, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon.
Alaska, Argentine, Bahamas, Bermudes, Brésil, Canada, Chili, Colombie, États-Unis, Hawaï, île de Pâques, Iles vierges américaines, Mexique, Panama, Pérou, Porto Rico, République dominicaine, Venezuela.
Bahreïn, Bangladesh, Chine, Corée du Sud, Hong Kong, Inde, Japon, Macao, Malaisie, Singapour, Taïwan, Thaïlande.
Afrique du Sud, Australie, Brunei, Guam, Ile Christmas, Israël, Jordanie, Maroc, Nouvelle-Zélande, Russie, Saipan, Tasmanie.
Plus les mobiles du Canada et des États-Unis.
- 130 chaînes de télévision
À La Réunion
pour 70 euros par mois
(75% plus cher)

- Débit Internet : 2 Mbits/s (90% plus faible qu’en France)
- Téléphone gratuit
vers La Réunion+ 3 numéros en France, dans un autre pays européen, dans un autre DOM, aux USA ou au Canada (uniquement les postes fixes)
- 19 chaînes de télévision


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