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Intolérables inégalités à La Réunion

Poursuivre sur la même voie est suicidaire

Manuel Marchal / 14 mai 2016

Pendant que des actionnaires tentent par la fraude d’augmenter des profits déjà considérables, la majorité des Réunionnais vit en dessous ou au bord du seuil de pauvreté.

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Près de la moitié des Réunionnais est sous le seuil de pauvreté. (Photo Toniox)

Plusieurs informations viennent de confirmer les insoutenables inégalités qui persistent à La Réunion 70 ans après l’abolition du statut colonial. Un syndicat d’agriculteur a de nouveau dénoncé l’injustice subie par de nombreux travailleurs. Au terme d’une vie de labeur, ces derniers ne bénéficient que de quelques centaines d’euros par mois comme retraite. Cette situation les place sous le seuil de pauvreté. Il existe un dispositif qui permet d’augmenter cette maigre allocation au titre du minimum vieillesse. Mais ce complément de revenu n’est pas un acte de solidarité de l’État, c’est une avance sur succession. Au décès du bénéficiaire, l’État peut obtenir le recouvrement des sommes versées en le prélevant sur l’héritage devant revenir aux enfants. C’est pourquoi de nombreux vieux travailleurs préfèrent y renoncer et vivre dans la misère, plutôt que se voir déposséder du patrimoine qu’ils veulent léguer à leurs descendants.

Les sanctions de l’Autorité de la concurrence

Jeudi, l’Autorité de la concurrence a décidé de sanctionner lourdement plusieurs entreprises du BTP coupables d’entente illicite. Par ce procédé, elles ont réussi à gonfler le prix des chantiers. Cette information permet notamment d’apprécier sous un jour nouveau la différence entre le coût initial et le coût final de la route des Tamarins. Ces manœuvres illicites ont touché tous les chantiers. Elles ont été payées par les contribuables et ont lésé les collectivités concernées. Les sommes empochées par ces entreprises auraient en effet pu être investies dans d’autres actions créatrices d’emploi. Au lieu de cela, elles ont enrichi une minorité d’actionnaires.

D’autres secteurs ont été la cible des sanctions de l’Autorité de la concurrence. Il faut se rappeler de la lourde amende infligée par ce régulateur à des compagnies pétrolières implantées à La Réunion, pour avoir artificiellement gonflé le prix des carburants fournis aux avions d’Air France en escale dans notre île. Du côté des télécommunications, Orange avait lui aussi été rappelé à l’ordre pour avoir mis en œuvre des procédés qui ont freiné le déploiement d’une concurrence qui aurait pu faire baisser les prix. Encore récemment, c’est SFR qui a écopé d’une lourde pénalité financière pour avoir triché lors de la mise en vente d’une de ses filiales réunionnaises. À chaque fois, le montant de l’amende est de plusieurs dizaines de millions d’euros. Cela montre la hauteur du préjudice subi. C’est le consommateur réunionnais qui en est la victime. Ce sont donc autant de richesses qui ont été détournées pour atterrir dans quelques mains.

Un système permet les inégalités

Nous avons donc d’un côté une majorité de Réunionnais qui vit en dessous ou au bord du seuil de pauvreté, et de l’autre des sociétés qui fraudent pour augmenter encore les profits déjà considérables qu’elles réalisent sur le dos de la population. Cela montre que La Réunion a des richesses, mais qu’elles sont bien mal réparties. Cette situation perdure depuis l’abolition du statut colonial, et montre que le mal est profond.

Pour en changer, d’importantes réformes sont nécessaires et elles doivent aller bien au-delà des propositions contenues dans le projet d’égalité réelle soutenu par le gouvernement. Les corrections à la marge ne seront pas suffisantes. Elles ne permettront pas d’empêcher les inégalités de se développer, alors que la population de La Réunion va continuer à augmenter pour passer de 850.000 personnes aujourd’hui à un million dans 15 ans. Le système mis en place depuis 70 ans n’a pas réussi à régler le problème des injustices. La rupture est donc nécessaire, sous peine de voir la société réunionnaise se décomposer sous le coup des inégalités.

M.M.



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  • Il faudrait se pencher aussi sur le cas de l’octroi de mer qui en soi n’est pas inutile pour favoriser l’emploi local, mais qui a l’inconvénient majeur de renchérir le coût des produits pour une population déjà précarisée. Ne serait il pas plus juste de redistribuer la recette de cette "TVA" aux plus nécessiteux et de compenser la perte pour les communes qui en bénéficiait par une TVA sur les produits de luxe et les gros patrimoines ?

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